Une jeune négociatrice découvre les méthodes implacables des centrales d'achat de la grande distribution, dans un film sous haute tension.
Si on arrête de mettre la pression sur les prix, c'est le pouvoir d'achat qui va vous sauter à la gueule.
Une remarque cinglante de la part de la grande patronne des hypermarchés Derval, à l'intention d'un secrétaire d'État qu'elle tutoie et avec lequel elle fréquenta probablement autrefois les bancs d'une école de commerce. Et une réplique qui résume bien l'ambiance du film d'Anthony Dechaux, La Guerre des prix : dureté des négociations dans les centrales d'achat de la grande distribution, manipulation des acteurs à tous les niveaux de la chaîne, absence totale de sentiment et de considération pour les travailleurs des secteurs agricoles et alimentaires.
La tension s'installe dès les premières minutes du film, alors qu'Audrey, cheffe de rayon produits laitiers dans un hypermarché, se voit proposer ristournes et promotions surdéveloppées pour qu'un industriel du bio vienne écraser les produits locaux qu'elle cherche à promouvoir dans ses linéaires. Fille d'agriculteurs, la jeune femme vit encore à la ferme avec sa mère et la famille de son frère qui a repris l'exploitation paternelle. Promue à l'essai au siège du groupe pour intégrer les négociations avec les centrales d'achat, elle va faire la découverte des méthodes impitoyables de ce secteur.
Entre cinéma social et thriller
Je suis très sensible à la façon dont on montre l'envers du décor du monde de l'entreprise, la réalité sociale des gens qui y travaillent, comment ça s'entrechoque avec un certain nombre de valeurs
, souligne Anthony Dechaux dont c'est le premier long métrage. Il ne cache pas l'influence sur son cinéma de Stéphane Brizé, réalisateur de La Loi du marché ou En guerre, ou celle de James Gray (La nuit nous appartient), cinéaste américain passé maître dans l'art de faire monter la tension à l'écran. Celle-ci se construit graduellement dans La Guerre des prix, rapprochant ce que l'auteur a qualifié de fiction documentée
d'un véritable thriller. On saluera la performance d'Olivier Gourmet dans le rôle de l'intraitable négociateur Fournier, ainsi que celle d'Ana Girardot, dont le personnage, sous des abords fragiles, révèle finalement une détermination sans faille.