Armement : grève chez Eurenco pour un meilleur partage des richesses

Rédigé le 17/02/2026
par Clarisse Josselin, L'inFO militante

Les salariés d'Eurenco, leader européen de la fabrication de poudres et explosifs pour l'armement, sont en grève reconductible depuis le 20 janvier à l'appel de deux syndicats dont FO. Alors que l'activité est florissante, ils exigent une augmentation générale de 130 euros brut et l'embauche d'une centaine d'intérimaires.

Un carnet de commandes rempli jusqu'en 2040, un chiffre d'affaires qui devrait atteindre un milliard d'euros dès 2028, avec deux ans d'avance sur les prévisions, un Ebitda (bénéfices avant intérêts, impôts et amortissements) de 125 millions d'euros en 2025 pour 100 millions d'euros attendus… Dans un contexte de fortes tensions internationales, les affaires se portent très bien pour Eurenco, leader européen de la fabrication de poudres et explosif pour l'armement, qui possède deux établissements en France, à Sorgues et Bergerac.

Mais les salariés sont loin d'être associés à cette croissance exceptionnelle. Les NAO se sont conclues en décembre dernier par une décision unilatérale de l'employeur prévoyant, pour 2026, une augmentation générale de 1.2% pour les non-cadres et de 0,3% pour les cadres. Cela représente 18 euros brut par mois pour les nouveaux embauchés et 39 euros brut pour 30 ans d'ancienneté. Alors que le P-DG a été augmenté de 12%, dénonce Maxence Laurent, délégué FO à Bergerac.

Certes, les salariés vont percevoir intéressement et participation. Mais ce n'est pas pérenne et ça n'est pas pris en compte pour la retraite, rappelle-t-il.

Négociations au point mort

Revendiquant un meilleur partage de la valeur, FO, avec un autre syndicat, a lancé un appel à la grève reconductible le 20 janvier. Ils exigent une augmentation générale de 130 euros brut par mois pour tous, l'embauche d'une centaine d'intérimaires, l'amélioration de la prime d'ancienneté et une meilleure prise en charge de la mutuelle par l'employeur.

Plusieurs journées de grève ont déjà été organisées, fortement suivies par les salariés. Avec le blocage des ateliers, l'impact est très important sur la production, poursuit Maxence Laurent.
La mobilisation est d'autant plus forte qu'en 2015, pour préserver la compétitivité dans un contexte de faible activité, un accord d'entreprise avait réduit plusieurs avantages (prime d'ancienneté passée de 17 à 15%, prime du samedi…). Ces concessions représentaient 350 euros net de pertes mensuelles par salarié, selon le militant. Dix ans plus tard, alors que l'entreprise connaît une croissance exceptionnelle, les salariés attendent une reconnaissance de leurs efforts.

Les négociations sont au point mort. Nous en sommes à plus de 12 millions d'euros de pertes dues à la grève, mais nous n'avons aucun contact avec la direction, explique Jérémy Durou, délégué central FO, basé à Sorgues. Le conflit se déroule aussi sur le terrain judiciaire. Les syndicats accusent la direction d'avoir porté atteinte au droit de grève en remplaçant des salariés grévistes par des intérimaires. L'affaire, examinée en référé par le tribunal judiciaire de Bergerac, a été renvoyée au juge de fond le 16 février.