Le constructeur automobile sud-coréen Hyundai Motor s'apprête à déployer en très grande quantité des robots à forme humaine sur ses chaînes de production. Les salariés ont entamé un mouvement de protestation afin d'avoir voix au chapitre concernant l'ampleur et la vitesse de ce bouleversement. Ils réclament également un meilleur partage des gains de l'entreprise.
Depuis l'obtention de primes et de hausses de salaire records par les salariés de Samsung Electronics du fait des gains liés à l'intelligence artificielle (IA), la Corée du Sud est en effervescence. L'effet boule de neige se confirme, avec de nombreuses revendications bien au-delà du seul secteur électronique. Chez le géant automobile Hyundai Motor, quinze séances de négociations infructueuses tenues depuis mai ont conduit le Syndicat coréen des travailleurs de la métallurgie (KMWU) à déposer un préavis de grève de trois jours du 13 au 15 juillet. 86,65% des 40 000 membres ont approuvé ce recours.
À raison de deux heures de débrayage par shift
(tranche horaire des équipes, Ndlr), soit quatre heures par 24 heures, les pertes pour l'entreprise pourraient dépasser les 100 millions d'euros sur ces trois jours. Dans l'intervalle, les négociations ont continué, dans l'espoir d'éviter un durcissement de la grève, auquel les salariés se sont déclarés prêts dans l'hypothèse où la direction ne formulerait aucune proposition satisfaisante courant juillet. La dernière grève totale chez Hyundai s'est déroulée en 2018, les sommations et grèves partielles suffisant généralement à faire entendre raison au patronat.
Pour un meilleur partage des bénéfices
Les travailleurs réclament en premier lieu un meilleur partage des gains, notamment une prime de performance (avec une enveloppe globale dédiée à hauteur de 30% du bénéfice net de l'entreprise l'année passée) laquelle pourrait représenter jusqu'à 23 500 euros par salarié selon les derniers résultats de Hyundai. Ils demandent aussi une augmentation de 149 600 wons (soit 87 euros) du salaire de base mensuel. Les salariés de la firme demandent par ailleurs que le relèvement de l'âge de départ à la retraite soit limité à 65 ans.
Mais une autre annonce a suscité l'inquiétude : celle du déploiement prochain de 25 000 robots humanoïdes Atlas
sur les lignes de production. Fabriqué par Boston Dynamics, une filiale de Hyundai, Atlas s'est fait connaître du grand public le 5 juillet en remettant le ballon à l'arbitre avant le coup d'envoi de la seconde mi-temps du match de la coupe du monde de football opposant le Brésil à la Norvège. Les robots seraient progressivement répartis, à partir de 2028, sur l'ensemble des sites du groupe à travers le monde.
Le robot Atlas, potentielle menace pour l'emploi
Dans un premier temps, Atlas accomplirait des tâches telles que le tri et la préparation de pièces. La direction de Hyundai explique que les robots n'ont pas vocation à remplacer les ouvriers, mais à leur épargner les tâches les plus physiques. En observant les humains et à l'aide de l'IA, le robot pourrait cependant se diriger vers des tâches plus complexes d'ici la fin de la décennie. Dans ce but, le constructeur Hyundai s'est associé à Google DeepMind (la filiale de Google spécialisée dans l'IA) pour augmenter l'autonomie et les capacités de raisonnement d'Atlas. À ce stade, ce dernier ne peut pas effectuer de tâches pour lesquelles il ne s'est pas directement entraîné.
Face à ces chamboulements dangereux arrivant par l'IA et et notamment les menaces qu'ils font peser sur les emplois, les salariés de Hyundai Motor revendiquent un droit de regard sur les décisions stratégiques consistant à intégrer davantage d'automatisation ou d'intelligence artificielle (IA). La Corée du Sud est déjà le pays le plus robotisé au monde, avec 1200 robots industriels pour 10 000 travailleurs, contre 231 en moyenne dans l'UE. Le gouvernement sud-coréen déploie en outre des investissements colossaux pour devenir le leader mondial des semi-conducteurs, nécessaires au développement de l'IA. Plus de 1000 milliards d'euros seront investis à cette fin sur dix ans.
Vers un déploiement ailleurs dans le monde?
Sera-t-on bientôt concernés en Europe? Pour les usines françaises, les robots sont pour l'instant beaucoup trop chers par rapport à ce qu'ils rapportent
, tempère Branislav Rugani, secrétaire confédéral du secteur Europe-International. Pour acquérir un robot Atlas, il faut en effet compter environ 420 000 euros. Le groupe automobile Renault teste cependant d'ores et déjà le robot humanoïde Calvin, de la start-up française Wandercraft, dans son usine de Douai (Nord). Les clones de Calvin pourraient être 350 dans les usines Renault d'ici fin 2027, selon les objectifs annoncés par le groupe.
À l'aéroport de Tokyo, Japan Airlines teste également les performances de robots bagagistes. En février 2026, BMW a commencé à avoir recours aux services de Aeon, un robot humanoïde développé par Hexagon Robotics, dans son usine de Leipzig (Allemagne). Des documents internes à Amazon, obtenus par le quotidien américain The New York Times, ont par ailleurs révélé les calculs faits par le leader du commerce en ligne. Amazon estime ainsi pouvoir éviter de recruter plus de 600 000 personnes d'ici 2033 grâce au recours aux robots.
De quoi se poser des questions sur l'avenir de la manutention partout à travers le monde. Pour Branislav Rugani, s'il s'avérait qu'un robot humanoïde puisse faire le travail d'un homme sur une chaîne en mouvement, alors cela pourrait signifier la fin du travail manuel dans l'industrie et cela poserait un vrai problème d'éthique
. Les questions que se posent actuellement les Sud-Coréens – qui décide de l'ampleur et de la vitesse du déploiement des robots et de l'IA, et comment en partage-t-on les bénéfices? – pourraient concerner prochainement les Européens.