Sur fond de déménagement à plus de 30 km du site Vabel Cosmétique de Tergnier près de Saint-Quentin (Aisne), l'échec des NAO a mis le feu aux poudres. Avec plus de 78 salariés en grève sur les 90 que compte l'unité de production, la direction a finalement reçu les élues FO et accepté de rouvrir les négociations la semaine prochaine.
Depuis le 11 mars et durant trois jours, près de la moitié des salariées de Vabel Cosmétique ont tenu le piquet de grève aux abords du site Tergnier (250 salariés), près de Saint-Quentin (Aisnes). Au sein de l'unité de production, près de 78 des 90 salariées se sont mises en grève. Qu'importe la pluie face à la détermination : cette première mobilisation est déjà une réussite. Elle a montré la détermination des salariées et contraint la direction à sortir de sa surdité envers les revendications. On ne s'attendait pas à un tel succès
se réjouit Andreia Deville, déléguée syndicale FO, seul syndicat présent dans l'entreprise.
Si le mécontentement gronde depuis longtemps, l'échec des négociations annuelles obligatoires (NAO) a été un réel déclencheur. On n'a absolument pas eu l'impression de négocier quoi que ce soit, s'indigne la militante. Il n'y a eu que trois réunions et à la fin, toutes nos propositions ont été refusées. Pour la direction, si l'inflation était à 0,8%, alors nous serons augmentés seulement de 0,8%, soit 12 euros nets par mois. C'est insuffisant!
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Un déménagement qui complique les conditions de vie
Avec les salariés, FO revendique notamment une augmentation collective à hauteur de 100 euros nets mensuels, le paiement de la majoration des heures supplémentaires de travail mais aussi la mise en place d'un 13e mois et la rémunération systématique du travail le samedi en heures supplémentaires.
Le déménagement du site de Tergnier, annoncé pour juin 2026, avait déjà suscité la colère des salariés. Ce départ vers le site de Rouvroy, à près de 30 km du site actuel, compliquera grandement leur quotidien. Cela va augmenter considérablement leur temps de transport mais aussi les frais liés à ce transport, d'autant plus dans le contexte actuel où le prix de l'essence grimpe
, souligne Andreia Deville. Par ailleurs, la majorité des salariés sont des femmes et nombreuses sont celles qui vivent seules : partir plus tôt le matin, parfois vers 3h, pour rentrer plus tard le soir, cela implique de trouver des solutions de garde pour les enfants. Là encore, ce sont des frais en plus à prendre en charge
, explique la militante.
Une première mobilisation au sein de Vabel Cosmétique
Face à cette situation, on n'a pas dû supplier les salariées pour qu'elles se mettent en grève!
, constate avec humour Andreia Deville. Les élues syndicales ont réalisé un sondage : l'ensemble des salariées se disaient en faveur au moins d'un débrayage, plusieurs pour la grève. Finalement, après discussions, celles qui étaient pour la grève ont convaincu les autres
. Les élues ont également pu s'appuyer sur l'union départementale FO. Dès que la mobilisation a été initiée, nous leur avons apporté notre soutien logistique, via le prêt de matériel, mais aussi financier via la caisse de grève
, explique David Wlodarczyk, secrétaire de l'UD de l'Aisne.
Cette mobilisation est la première que connaît Vabel Cosmétique. C'est historique, souligne le militant. Mais cela n'a rien d'étonnant. Au vu de la conjoncture actuelle et de la position rigide de la direction, la question n'était pas de savoir s'il y aurait mobilisation, mais quand
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Réouverture des négociations sur les salaires
Il aura cependant fallu trois jours de grève avant que la direction fasse un pas en proposant une réunion avec les élues syndicales. Le premier jour, la direction ne nous a pas pris au sérieux. Le deuxième jour, elle a vu l'impact du mouvement sur la productivité : sans notre savoir-faire, c'est bien plus compliqué de faire tourner le site avec des intérimaires! Alors le troisième jour, elle a fait un pas vers nous
, déroule Andreia Deville.
Le vendredi 13 mars, à l'issue d'une première rencontre, la direction a accepté de rouvrir les négociations, notamment sur les rémunérations. Une réunion est ainsi prévue dès mardi 17 mars. Cependant, hors de question que celle-ci n'aboutisse pas à des avancées pour les salariées, prévient FO. Si nous n'obtenons aucun engagement de la direction le 17 mars, la mobilisation repartira en débrayage, tranche Andreia Deville. On a vu que l'on savait le faire, on n'hésitera pas à recommencer!
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