France télévisions : un accord pour éviter les dérives de l'IA

Rédigé le 13/07/2026
par Thierry Bouvines, L'inFO militante

France télévisions fait partie des rares entreprises dotées d'un accord de dialogue social dédié à l'intelligence artificielle. Délégué syndical central FO du groupe audiovisuel public, Teddy Caruel explique les enjeux.

Pour éviter un déploiement anarchique de l'intelligence artificielle (IA), certaines – rares – entreprises négocient son encadrement avec les organisations syndicales. En mars dernier, France télévisions a signé, avec notamment FO, un accord de méthode sur l'intelligence artificielle au sein du groupe audiovisuel, qui emploie environ 8 700 salariés. La réflexion sur l'IA est née en voyant l'usage que les journalistes en faisaient déjà, sans encadrement, La direction et les syndicats craignaient des fuites de données et pointaient un risque sur la masse salariale. Cet accord est l'un des premiers sur le sujet, signale Françoise Chazaud, secrétaire générale de la Fédération des arts, des spectacles, de l'audiovisuel et de la presse (FASAP-FO).

Le texte signé à France télévisions vise à développer un cadre de confiance entre interlocuteurs sociaux en vue d'une meilleure compréhension et appropriation de l'IA, écrivent les signataires. Dans une entreprise comme France télévisions, il n'est pas possible d'être contre l'IA, notre but n'est ni de forcer son utilisation ni de l'empêcher, mais d'instaurer un dialogue avec la direction, pose Teddy Caruel.

Quatre phases de maturité d'une IA

Les signataires définissent une intelligence artificielle en s'appuyant sur l'article 3 du règlement européen sur l'IA de 2024 : management algorithmique, apprentissage machine, création de contenus nouveaux à partir de données existantes, de planification d'actions. Ils distinguent ensuite quatre phases de maturité d'un projet d'IA : la phase exploratoire (évaluation de la faisabilité et pertinence); la phase de projet (objectifs, implication d'utilisateurs, mesure des impacts); la phase d'expérimentation (dans un contexte opérationnel réel afin d'évaluer les apports pour les métiers); le déploiement (mise en œuvre pérenne et généralisée).

L'accord précise le moment auquel les instances représentatives du personnel (IRP) sont informées et consultées : à partir de la phase d'expérimentation. Avant, ce serait trop tôt, et tant mieux si l'entreprise explore de nouvelles solutions, déclare Teddy Caruel. Quand commence la phase d'expérimentation d'une IA, la consultation des IRP dépendra du nombre de salariés concernés, explique le délégué FO. En revanche, la commission IA est consultée pour tout déploiement d'IA, précise-t-il.

Désengorger le CSE

La commission IA, paritaire, a été créée par l'accord «afin de réduire le nombre d'informations-consultations en comité social et économique (CSE)», explique Teddy Caruel. Cette commission IA est distincte des «commissions nouvelles technologies» qui existaient déjà au sein des CSE des trois grandes entités de France télévisions (outre-mer, siège, réseau régional).

Teddy Caruel, qui préside la commission nouvelles technologies du siège, témoigne que ces commissions sont déjà surchargées. Pour l'heure, la commission IA s'est réunie trois fois. Ont été abordées des IA de transcription du son vers le texte; de sous-titrage en direct; et d'analyse des programmes, afin de repérer automatiquement le début et la fin d'un programme. L'objectif d'une direction qui déploie une IA est de réaliser des gains de productivité, rappelle Françoise Chazaud.