Pendant une semaine, du 20 au 24 avril, les délégués participant au 26e Congrès confédéral de FO, à Dijon, ont dressé le bilan de l'activité de l'organisation ces quatre années passées et construit sa feuille de route pour les années qui viennent. Le congrès a approuvé le rapport d'activité de la confédération à 89,14%. Le rapport de trésorerie a lui été adopté à 96,45%. Après deux jours et demi de prises de parole de délégués – 243 interventions au total à la tribune ―, le congrès, qui a accueilli plus de 3 500 personnes, dont des invités nationaux mais aussi des camarades étrangers, a débattu des trois résolutions qui guideront l'action de la confédération. La résolution générale et la résolution sociale ont été approuvées chacune à une très large majorité. De même pour celle sur l'outre-mer. Le Comité confédéral national (CCN) qui a suivi le congrès a procédé à l'élection du secrétaire général. Frédéric Souillot, seul candidat, a été réélu avec 98,06% des suffrages. Il voit donc son mandat reconduit à la tête de l'organisation. L'instance a également réélu Patrick Privat comme trésorier. Ce CCN a procédé aussi à l'élection des trente-cinq membres de la commission exécutive ainsi qu'à celle des dix membres venant compléter le bureau confédéral aux côtés du secrétaire général de FO et du trésorier confédéral.
Le Bureau confédéral accueille ainsi quatre entrants (Laure Beyret, Séverine Privat, Franck Mary-Montlaur et Yanis Aubert), ces camarades remplaçant quatre secrétaires confédéraux n'ayant pas sollicité de nouveaux mandats (Hélène Fauvel, Michel Beaugas, Béatrice Clicq et Karen Gournay), dont deux ayant fait valoir leur droit à la retraite, Hélène Fauvel et Michel Beaugas, auxquels a été rendu un hommage chaleureux. Karen Gournay sera quant à elle bientôt à la tête de l'AFOC. Béatrice Clicq reste elle au CESE, où elle siégeait déjà au nom de FO. Il s'agit désormais, dans l'unité et le rassemblement de la maison FO
, a souligné Frédéric Souillot, de mettre en oeuvre les orientations adoptées
, avec comme priorité le développement de FO et en mettant l'accent sur la syndicalisation des jeunes. Riche de débats et d'échanges, ce 26e congrès fut l'occasion pour les militants d'aborder nombre de sujets de préoccupation. Tous ceux relatifs à l'emploi, aux salaires, aux conditions de travail, les questions relatives à l'attaque de droits, à la défense de la Sécu, celles portant sur le système des retraites, sur la défense des acquis, sur la nécessité de réindustrialiser, sur la nécessité de préserver et de conforter les services publics… Retour sur cette semaine majeure pour l'organisation.
|
Mobilisés pour leurs droits
Nombre de délégués ont alerté sur la situation dans des entreprises où les conditions de travail se dégradent, les droits sont attaqués et parfois les emplois sont menacés. Dans l'aérien, Stéphane Salmon a mis ainsi un coup de projecteur sur les hôtesses et stewards, notamment ceux travaillant dans les compagnies low cost, dont certaines cherchant à contourner ou limiter l'application du droit du travail français. Dans le nettoyage, les salariés font eux les frais de la logique de casser les prix pour remporter les marchés. C'est un système organisé pour mettre les salariés en concurrence
, a dénoncé Nadia Jacquot, (FEETS-FO). Illustration de difficultés aussi au sein du secteur de l'aide à domicile : une grève illimitée, pour les conditions de travail notamment, est en cours au sein de l'association Bien chez soi, indiquait Stéphanie Prat-Eymeric (FGTA-FO), se réjouissant par ailleurs de l'accord mettant en place, enfin, un régime de prévoyance pour les non-cadres dans la branche des entreprises du service à la personne.
Le soutien confédéral
FO, ce sont aussi des salariés qui se battent pour sauver leur emploi. À chaque fois qu'on a été sollicités pour soutenir sur le terrain les camarades en lutte ou qui se battent contre les fermetures de sites, nous nous sommes mobilisés, comme récemment chez Orangina à la Courneuve
, a rappelé Frédéric Souillot. La confédération soutient également les salariés de Fibre Excellence, usine de pâte à papier menacée de fermeture, mettant en péril près de 700 emplois directs. Face à la crise du secteur automobile, le combat pour l'emploi doit s'intensifier, a prévenu de son côté Yann Le Pécheur, pointant les plans sociaux qui se sont multipliés ces trois dernières années
chez Valeo et appelant à un soutien et une protection de la part des pouvoirs publics, en France comme en Europe
. Le commerce aussi est durement frappé. Ainsi, chez Alinéa, Jennifer ou Monoprix, des milliers de salariés ont payé le prix fort
, l'emploi devient la variable d'ajustement
, a dénoncé Carole Prioult, du commerce parisien. Alors que la location-gérance progresse, ainsi Chez Carrefour Market, FO a agi au plus haut niveau de l'État pour permettre l'intégration des organisations syndicales au sein du Conseil national du commerce. La FGTA-FO y revendique notamment la mise en place systématique d'une clause sociale garantissant le maintien des acquis sociaux des salariés des commerces en cas de cession des magasins.
Le développement, l'une des priorités du mandat à venir
On peut avoir les meilleures revendications du monde, si on ne se développe pas, elles ne serviront à rien
, a rappelé le secrétaire général, Frédéric Souillot. Si nombre de délégués sont montés à la tribune pour se féliciter de bons résultats obtenus par FO aux élections professionnelles, nombreux sont ceux aussi qui ont évoqué la question du développement de l'organisation. Et notamment la syndicalisation des cadres et ingénieurs. Ces derniers représentent désormais plus de 50% des salariés dans certaines fédérations
, a souligné Dimitri Fossier, de Renault Trucks. Il faut casser ce mythe, FO est aussi un syndicat pour les ingénieurs et les cadres
, a-t-il ajouté. Preuve en est faite chez Framatome, où sur le site de Lyon, qui compte 85% d'ingénieurs et cadres, FO est arrivée en tête des élections avec 47% des voix.
Éric Peres, secrétaire général de FO-Cadres, s'est réjoui de l'intérêt des syndicats pour le troisième collège et a rappelé qu'il tenait à disposition énormément d'outils en faveur de la syndicalisation des cadres.
FO-Jeunes, retour des CHSCT…
Les jeunes représentent également un objectif de développement. Qu'il ait été embauché dans les années 1980 ou qu'il débute aujourd'hui, un jeune salarié se pose exactement les mêmes questions : son niveau de salaire, ses conditions de travail et la progression professionnelle
, assurait Paul Briey, représentant les clercs et employés de notaires, en se félicitant de la relance de FO-Jeunes par la confédération il y a deux ans. Alors qu'avec les ordonnances Macron, la réforme du droit du travail a impacté le dialogue social, Dominique Moualek (pour Carrefour où FO obtient 49,53% de représentativité) a, comme nombre de militants, salué le fait que la confédération ait obtenu la fin de la limitation à trois mandats des délégués aux CSE. C'est une victoire majeure
. Cette limitation était, a expliqué Gilles Seyries pour le secteur de l'alimentation animale une épée de Damoclès sur le développement ou l'avenir des syndicats
. Plusieurs congressistes ont revendiqué le retour du CHSCT. Quand on met un coin dans la porte, poussons-là, notamment sur le CHSCT ou tout autre nom, il faut lui redonner sa personnalité morale pour la protection des travailleurs et des conditions de travail
, a lancé Frédéric Souillot.
Sécurité sociale : un bien commun toujours à défendre
La Sécurité sociale a été au cœur des interventions lors du congrès où les militants ont réaffirmé leur engagement à défendre la Sécu
, le système de protection sociale collective, fruit d'un modèle social républicain envié par beaucoup de travailleurs dans le monde.
Frédéric Souillot : Revenons sur les ordonnances Juppé de 1996
Nous devons expliquer ce qu'est le salaire différé [les cotisations sociales prélevées sur le salaire, NDLR]. Concernant la Sécu, la seule chose qu'ils veulent [sous-entendu les gouvernements, NDLR] c'est la démanteler, c'est privatiser notre protection sociale. Et c'est pourquoi, poursuivait Frédéric Souillot, dans le cadre de l'agenda social autonome [lieu de discussion/négociation entre patronat et syndicats, NDLR], nous disons qu'il faut reprendre la gouvernance de notre système de retraite. Par ailleurs, revenons aussi sur les ordonnances Juppé de 1996 [qui ont introduit l'implication de l'État dans la gestion de la Sécu et créé notamment l'obligation d'une loi de financement de celle-ci, NDLR]. Arrêtons aussi les exonérations salariales patronales
, martelait le secrétaire général de FO. Des allégements de cotisations sur les salaires qui représentent un manque à gagner de quelque 80 milliards d'euros par an pour les comptes sociaux. Il y a 4 milliards d'euros en moins mis dans le social, cent emplois seront supprimés dans les CAF d'ici 2027
, listait de son côté Frédéric Neau (organismes sociaux du Maine-et-Loire), annonçant que déjà 2 500 collègues du département ont signé la pétition pour la défense de la Sécu, où FO est le syndicat leader.
La Sécu, elle est à nous
Le gouvernement ne s'en prend pas au patronat mais aux malades
, pestait à la tribune Nora Nidam (FO-Sécu 75), référence en creux aux mesures entre autres décidées dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. La militante, se félicitant par ailleurs de la première place syndicale de FO dans les CPAM d'Île-de-France, revenait sur une revendication maintes fois exprimée au cours du congrès : Stop à la mainmise de l'État sur la Sécu. Vive la Sécu de 1945!
. Le patronat veut faire la loi sur les arrêts maladie
, s'indignait de son côté Reynald Millot (Yonne). Il y a une attaque frontale inacceptable contre la liberté du médecin traitant, avec une présomption de culpabilité des salariés. On attaque l'Assurance chômage, on organise la hausse des prix de l'énergie et on veut maintenant nous imposer la capitalisation?!
, dans le cadre des retraites. Nombre de militants monteront à la tribune pour dire leur attachement au système par répartition. Pour rappeler aussi la revendication de FO d'une abrogation de la réforme des retraites de 2023. Nombre encore résumeront : La Sécu, elle est à nous!
Les services publics, notre bien à tous
L'hôpital et l'ensemble des services publics, c'est notre bien à tous
, a rappelé le secrétaire général de FO lors du congrès. Beaucoup de délégués exprimeront à la tribune la nécessité d'apporter enfin aux services publics des moyens à la hauteur de leurs besoins. Chaque hiver, notre hôpital est incapable de faire face
, fulminait Benjamin Delrue (hospitaliers d'Angers). Pour Élodie Papin (Action sociale), l'économie de guerre ne doit pas être le sacrifice de notre modèle social
. Elle rappelait la revendication confédérale d'un blocage à 1,50 euro des prix de l'essence, mesure d'importance, en particulier pour les salariés modestes. Ça craque de partout à l'Éducation nationale, et notamment chez les cadres. Il y a une maltraitance institutionnelle
, pointait Agnès Andersen pour ID-FO (personnels de direction). Stéphanie Saint-Léger (syndicat des inspecteurs de l'Éducation nationale) dénonçait elle aussi la dégradation des conditions de travail et cela alors que les missions se multiplient. Des membres du SPASEEN-FO (personnels administratifs) fustigeaient quant à eux la loi 3DS créant une double tutelle (de l'État et de la collectivité de rattachement) pour les personnels d'encadrement des établissements (EPLE). Et d'alerter sur la menace d'une territorialisation complète de ces agents. François Pozzo Di Borgo (SNFOLC, syndicat des lycées et collèges) condamnait quant à lui plusieurs décennies de baisse des dépenses publiques
, et la suppression de 4 000 postes d'enseignants à la rentrée 2025
.
L'objectif de gagner les élections en décembre
À la DGFIP (finances publiques), où plus de 34% des effectifs ont été supprimés depuis 2003, les collègues sont à bout mais continuent de faire vivre le service public. Nous avons l'exigence de l'arrêt des suppressions d'emplois
, appuyait Olivier Brunelle. Notre propre administration nous vide de notre substance, le point d'indice est dans le permafrost, les grilles sont tassées...
, listait Laurent-Théo Joly (FO-Douanes). Au ministère des Armées (65 000 personnels civils), dans les années 2010 c'était toujours moins pour la défense, mais aussi toujours moins pour l'école, les hôpitaux
, rappelait Valéry Michel, indiquant : Nous n'opposons pas les budgets.
Et de souligner que l'actuelle loi de programmation militaire n'a rien amélioré pour les agents. Il manque 32% de rémunération sur la feuille de paye!
. Christian Grolier, secrétaire général de FO-Fonction publique, rappelait toute l'importance des élections du 3 au 10 décembre 2026 dans les trois versants du public. Des élections que, par ses revendications, FO doit gagner
.
Quand les syndicats luttent, la démocratie vit
Illustration de son esprit internationaliste, FO a accueilli lors de ce congrès confédéral des camarades étrangers, dont des représentants des structures syndicales internationales qui ont notamment dressé un état des lieux des droits, de la justice sociale et de la liberté syndicale dans le monde. FO est liée à l'OIT qui a un engagement constant pour la liberté
, a rappelé Gilbert Houngbo, directeur général de l'Organisation internationale du travail, soulignant la nécessité de partout renforcer la négociation collective, la protection des travailleurs
, et aussi de construire une transition écologique équitable et inclusive
. Il faut donc réaffirmer nos valeurs fondamentales
, appuyait-il.
Luc Triangle, secrétaire général de la Confédération syndicale internationale (CSI, 220 millions de travailleurs), emploiera lui aussi des mots forts pour définir les menaces et attaques que subissent les travailleurs, appelant ainsi à défendre l'espace démocratique dans le monde, sur le lieu de travail
. D'autant plus face à la montée de la criminalisation de l'action syndicale
. Tel un signal d'alarme
, l'indice CSI (mesure annuelle du degré de répression syndicale dans le monde) le rappelle. Ainsi, dans 87% des pays, le droit de grève a été interdit; dans soixante et onze pays on a à déplorer des arrestations de syndicalistes. On déplore aussi le décès de militants, lesquels paient de leur vie leur engagement syndical. Dans un monde marqué par des inégalités croissantes
, soulignait encore le secrétaire général de la CSI, plus que jamais nous devons promouvoir la paix. Le faire c'est promouvoir les conditions mêmes qui permettent aux travailleurs de travailler
. Il faut lutter pour des emplois décents, pour un monde plus solidaire, plus humain, lançait-il. Quand les syndicats luttent, la démocratie vit.
Ensemble, nous sommes plus forts
Même tonalité chez Esther Lynch, la secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats (CES, 45 millions de travailleurs). Ensemble, nous sommes plus forts. Il faut notamment lutter contre la flexibilité. Les emplois, les salaires et de meilleures conditions de travail : c'est le principal
, lançait la militante, rappelant la nécessité d'une solidarité, ensemble
. Des propos auxquels adhérait aussi Cyril Cosme, directeur du bureau du BIT en France. Votre slogan “ La paix par la justice sociale ”, cela fait écho au sein du BIT
, déclarait-il à l'intention de la confédération, rappelant la portée du message et de l'action de Léon Jouhaux.
Le congrès exige toujours l'abrogation de la réforme des retraites de 2023
|
Défendre l'industrie, c'est défendre le modèle social
Nombreux ont été les délégués s'exprimant sur la nécessité de protéger l'industrie et plus largement de réindustrialiser le pays. L'heure est grave, le secteur économique est menacé, lançait ainsi à la tribune Yann Le Pécheur (Valeo, Cergy, Val-d'Oise). Pour défendre notre industrie automobile, on doit être défendus par les pouvoirs publics.
Pour Olivier Lefebvre (secteur automobile, FO Métaux). Ce qui se joue actuellement, c'est au-delà des fermetures d'entreprises, ce sont des compétences qui se perdent.
Le secrétaire fédéral listait les 170 000 emplois perdus, avec moins de 370 000 emplois restant aujourd'hui dans le secteur automobile. La défense de l'industrie et plus largement la réindustrialisation, passent, ce que souligne régulièrement la confédération, par une conditionnalité des aides publiques aux entreprises et de vrais CSE, insistait-il, saluant par ailleurs le maintien d'une activité chez Stellantis à Poissy. Il y a plus de 2 000 salariés à Poissy. Ils se battent tous les jours pour ne pas disparaître
, expliquait Brahim Ait Athmane, secrétaire FO sur le site. Nous devons défendre toute l'industrie, y compris celle de la défense
, lançait quant à lui Éric Keller (FO Métaux). Notre carnet de commandes est plein
, se réjouissait de son côté Sylvain Hérisson (FO Métaux Nantes, Airbus), évoquant la bonne santé du secteur de la navale en Loire-Atlantique, avec entre autres la construction prévue du nouveau porte-avions. Il y a du grain à moudre. C'est essentiel au dialogue social
, se réjouissait Frédéric David (FO Métaux de Saint-Nazaire), rappelant : On porte l'idée de produire en France. Salariés du privé comme du public, on est tous liés
par cette nécessité. Que le gouvernement passe à l'acte sur la réindustrialisation!
, martelait à la tribune Laurent Baget (GEA FARM Technologies).
Défendre ce qui nous rassemble
Parler de l'industrie, c'est le faire sous l'angle de la question cruciale de la souveraineté
, appuyait Mounir Mestari (Renault Groupe, Sandouville). Dans cette visée de réindustrialisation la négociation collective est d'autant plus un outil. On a ainsi accompagné la création du pôle électrification. Cinq mille salariés voient leur avenir protégé
. Aujourd'hui, défendre l'industrie c'est défendre le modèle social
, alimenté par les cotisations sociales sur les salaires, ce qui nécessite donc des emplois, résumait Dominique Delbouis (Airbus), appelant à défendre ce qui nous rassemble
, Jean-Yves Sabot (Safran, FO Métaux) notant lui que l'action de FO en faveur de la réindustrialisation est à souligner
.
Intelligence artificielle : la crainte d'une casse sociale
Plusieurs délégués ont alerté sur les conséquences de l'intelligence artificielle (l'IA), qui se déploie et transforme le monde du travail. Ainsi dans les assurances. Derrière les grands discours sur l'innovation, il y a une réalité concrète : celle du contrôle, de la surveillance, de la standardisation des fonctions, de la remise en cause des métiers, et parfois la réalité d'une casse sociale
, a expliqué Frédéric Griel, de Groupama. Le groupe Alliance, s'inquiétait de son côté Nicolas Di Gregorio, prévoit 1 500 à 1 800 suppressions d'emplois du fait du développement de l'IA. Dans les banques aussi, derrière les discours de modernisation et de performance, ce sont les conditions de travail, l'emploi et le sens de nos métiers qui sont fragilisés
, alertait Mireille Herriberry, chargée du secteur à la FEC-FO. Cela redessine les organisations, sans jamais placer l'humain au centre du débat
, pointait-elle. Ce qui se traduit par une intensification du travail, une perte de repères professionnels et une dégradation du collectif. Or, chaque transformation doit s'accompagner de garanties concrètes, notamment sur le maintien de l'emploi et l'apport de formations. La régulation est indispensable et nous porterons cette revendication aux ministères du Travail et de l'Économie dans les jours à venir
, annonçait-elle.
Faire de l'IA un objet de dialogue social
Le monde des arts et des médias aussi est impacté de plein fouet. Les voix et les corps sont clonés ou reproduits, des œuvres sont générées sans auteur. C'est une remise en cause de nos métiers
, a alerté Franck Laffitte de la FASAP-FO, exigeant un cadre juridique pour protéger les travailleurs. Dans l'enseignement, en trois ans, les conditions de travail, les emplois et les modalités d'enseignement ont été chamboulés, et ce n'est que le début
, analysait Jérémie Lorente de l'AFPA, appelant à faire de l'IA un sujet de négociation obligatoire, notamment en entreprise. Trop de systèmes sont déployés dans les entreprises et administrations sans consultation du CSE. On doit faire de cette question un objet de dialogue social
, confirmait Éric Peres, secrétaire général de FO-Cadres.
Le Comité confédéral national du 24 avril 2026 a élu les nouvelles instances.
Bureau confédéral :
Frédéric Souillot, secrétaire général
Patrick Privat, trésorier confédéral,
Yanis Aubert,
Rachèle Barrion,
Laure Beyret,
Patricia Drevon,
Eric Gautron,
Pascal Lagrue,
Cyrille Lama,
Franck Mary-Montlaur,
Séverine Privat,
Branislav Rugani.
Commission exécutive confédérale :
Franck Bergamini (UD 13),
Myriam Barnel (UD 83),
Emmanuel Baudin (FAGE),
Philippe Beaufort (UD 38),
Christine Besseyre (FOCOM),
Xavier Boiston (UD 69),
Sébastien Busiris (FEC),
Patrice Clos (Fédération des transports),
Vincent Delauge (UD 43),
Audrey Dujardin (UD 59),
Marlène Fernandez (UD 33),
Florent Garcia (UD 36),
Gabriel Gaudy (UD 75),
Christian Grolier (FGF),
Franck Hausner (UD 06),
Grégory Joron (Unité MI),
Pascaline Kerhoas (Fédération des Finances),
Jean-Baptiste Konieczny (UD 62),
Magali Lardeux (UD 49),
Sébastien Lardeux (UD 53),
Michel Le Roc'h (UD 44),
Valéry Michel (Fédération de la Défense),
Jérôme Nigris (UD 12),
Patrice Pauly (UD 31),
Arnaud Pichot (UD 26/07),
Clément Poullet (FNEC FP),
Stéphane Renaud (UD 74),
Laurent Rescanières (FGTA),
Valentin Rodriguez (Fédération de la métallurgie),
Patrice Sacquepee (Fédération du livre),
Catherine Savolon (UD 17),
Frank Serra (Fédération Bâtiment et construction),
Sylvie Szeferowicz (UD 51),
François Trinquet (UD 92),
Sylvia Veitl (Fédération Pharmacie, cuir et habillement).
Commission des conflits :
François Bucaille (UD 71),
Françoise Chazaud (FASAP),
Emmanuel Dubarre (Fédération de la chimie),
Alain Molina (UD 17),
Anita Passannante (FEC),
Franck Pattin (UD 88),
Raymond Pontvianne (Fédération du bâtiment),
Hubert Raguin (FNEC FP),
Olivier Repessé (UD 69), Richard Roze (FGTA)
Richard Roze (FGTA).
Commission de contrôle des comptes :
Jean-Michel Boutillez (FO COM),
Jean-Yves Sabot (Fédération de la métallurgie),
Vincent Vilpasteur (UD 95)
Portraits des nouveaux secrétaires confédéraux
Yanis Aubert : J'adore la négociation
Yanis Aubert, 51 ans, est le nouveau secrétaire confédéral chargé de l'emploi, du chômage et de la formation professionnelle. Un secteur dans lequel il s'est déjà investi en participant aux récentes négociations, en tuilage
avec son prédécesseur, Michel Beaugas.
Ce Dieppois de souche
, tourneur-fraiseur-ajusteur de formation, a démarré sa carrière chez Sam Précision Services, une entreprise spécialisée dans les moules pour le verre, notamment pour le flaconnage de luxe.
Il a adhéré à FO en 2003 et s'est rapidement impliqué dans l'organisation. En 2008, il a été embauché par l'union départementale de Seine-Maritime pour s'occuper de la campagne prud'homale puis des affaires courantes. Et, en 2017, il a été élu secrétaire général de l'UD.
Défendre les salariés
J'adore la négociation, trouver les arguments pour que tout le monde y trouve son compte
, explique le militant. Il était notamment chef de file pour négocier l'harmonisation des conventions collectives territoriales des métaux au niveau de son département. Notre convention territoriale était l'une des meilleures de France en matière de rémunération
, se félicite-t-il.
S'il a été défenseur syndical et conseiller du salarié, le militant n'a jamais voulu devenir conseiller prud'homal. Je voulais être celui qui défend les salariés, pour qu'ils soient indemnisés à hauteur de ce qui leur est dû
, poursuit Yanis Aubert.
Sa priorité pour ses nouvelles missions confédérales, faire en sorte que le paritarisme continue à fonctionner au mieux et qu'on arrive à de bons accords, dans le respect des résolutions issues du congrès confédéral
, ajoute-t-il.
Laure Beyret : Il faut innover
Son visage est déjà bien connu dans l'organisation. Laure Beyret, depuis un an conseillère confédérale Mission Handicap (ayant ainsi succédé à Anne Baltazar), devient secrétaire confédérale chargée de la Mission Handicap, mais également des questions relatives à l'égalité (notamment salariale entre hommes et femmes) et à la lutte contre les discriminations (du fait des origines, de la religion, du handicap, de l'âge...). Laure, 43 ans, mère de deux jeunes garçons, a rejoint FO en 2010, appréciant notamment l'indépendance de FO vis-à-vis des partis politiques
. Initialement professeure d'histoire-géo dans l'enseignement général à la fin des années 2000, Laure s'est formée par passion à la langue des signes et l'a enseignée d'abord à l'Institut national des jeunes sourds (INJS) de Bordeaux, établissement public spécialisé, puis, titularisée en 2012 à l'issue du concours, à l'INJS de Paris. Là, dès 2014, elle crée une section FO.
Finaliser le guide mode d'emploi
sur l'égalité
Au fil du temps, par le travail syndical de l'équipe (rattachée au SNPASS-FO), FO se développera dans les cinq instituts et deviendra majoritaire. Militante aguerrie, Laure, qui exprime sa surprise
et sa reconnaissance
d'être intégrée au bureau confédéral, aligne d'ores et déjà les projets. Sur la Mission Handicap, le travail déjà largement engagé par FO va bien sûr se poursuivre. Le réseau de référents mis en place par la confédération (dans les UD et les fédérations) sera conforté. Il est une force et FO est précurseur en la matière. Toutes les organisations syndicales nous l'envient!
, rappelle Laure indiquant aussi qu'il faut innover
. Elle prévoit ainsi de finaliser la rédaction du guide mode d'emploi
sur l'égalité, ou encore de créer un réseau de référents, à l'image de celui créé dans le cadre du handicap. Concernant la lutte contre la discrimination, multiforme, Laure Beyret souhaite que soit mené, entre autres, un travail inter-secteurs
, lequel ferait appel aux compétences et expériences propres des différents secteurs confédéraux.
Séverine Privat, une expérience syndicale multiple
Séverine Privat, 42 ans, laissera son mandat de secrétaire de l'UD FO de la Creuse et sera remplacée dans l'immédiat par son adjoint, le 12 mai prochain. Après plus de douze années d'engagement à des mandats locaux, départementaux et régionaux divers (du syndicat de son établissement hospitalier à l'UD, en passant par la Caisse commune de Sécurité sociale, le CESER, ou le CA de l'Urssaf), elle vient d'être élue au Bureau confédéral de FO et chargée du dossier des retraites.
Mobilisée pour l'augmentation du point Agirc-Arrco
Son premier contact avec FO date de 2001. À l'époque, la jeune femme sortait d'un contrat d'apprentissage et ne parvenait pas à récupérer ses documents de fin de contrat. Le syndicat m'a accompagnée aux prud'hommes et j'ai obtenu gain de cause.
Suivront un retour aux études, sept années de travail dans la santé privée, puis l'engagement dans le versant hospitalier public comme aide-soignante. L'engagement syndical auprès de FO aussi. Il y a un mois, elle travaillait encore à l'hôpital. Je suis détachée permanente, mais quand la crise sanitaire est arrivée j'ai demandé à réintégrer le service pour des remplacements, des nuits ou des week-ends. Ça permet de rester au contact des agents.
Désormais, cette mère de famille issue d'une famille d'agriculteurs sait qu'elle n'aura plus le temps de le faire, toute dédiée à son nouveau mandat. J'ai bien l'intention de me mobiliser pour l'augmentation du point Agirc-Arrco dès la première réunion inscrite à mon agenda
, assure-t-elle. Et de réaffirmer les revendications de FO en matière de retraite, à commencer par l'abrogation de la réforme de 2023. Et de souligner son opposition à la retraite par points et à la capitalisation.
Franck Mary-Montlaur : Je vais essayer d'appliquer mes recettes au niveau national
Franck Mary-Montlaur, 58 ans, est le nouveau secrétaire confédéral chargé des salaires, de la négociation collective et de la représentativité. Ce Montpelliérain, issu d'une famille militante, s'est impliqué depuis trente et un ans au sein de l'UD FO de l'Hérault, dont il est devenu le secrétaire général en 2021. J'ai adhéré à FO en 1995, juste avant les grandes manifestations contre la loi Juppé. Mon militantisme a commencé à ce moment-là
, indique-t-il. Après des études d'histoire et de droit, Franck Mary-Montlaur a exercé différentes professions : responsable du service dédié aux groupes de touristes d'affaires à l'Office de tourisme de Montpellier, directeur régional adjoint d'Opcalia en Languedoc-Roussillon, puis conseiller dans une agence Pôle emploi en 2016.
Faire avancer la machine sur les élections TPE
À l'UD, il s'est spécialisé en droit du travail : responsable juridique, il a par ailleurs aussi été conseiller prud'homme pendant vingt-cinq ans et formateur à l'Institut régional du travail, cela avant d'être élu secrétaire général adjoint, puis secrétaire général de l'UD. Ces compétences, notamment juridiques, lui seront sans nul doute utiles dans le cadre de son mandat confédéral. J'ai beaucoup travaillé à l'interprofessionnel et sur la négociation collective. Je vais essayer d'appliquer mes recettes au niveau national. Quant à la représentativité, il faut faire avancer la machine sur les élections TPE
, indique le militant. Plus largement, analyse-t-il, nous sommes encore dans une crise économique, la flambée du coût du pétrole est préoccupante. Au niveau des conventions collectives, il va être très important de défendre les salaires
.
Frédéric Souillot : |