Au terme d'une réorganisation industrielle, Schneider Electric fermera son site de Chasseneuil-du-Poitou. FO, qui conteste cette réorganisation, entend négocier les meilleures solutions de reclassement possibles. Par ailleurs, le regroupement de trois sites en Normandie entraînera un allongement de temps de trajet pour la plupart des salariés, pointe FO.
Les cent-quarante-cinq salariés du site Schneider Electric de Chasseneuil-du-Poitou (Vienne) sont les perdants du jeu de chaises musicales imaginé par leur employeur. Ils ont appris, lors d'un comité social et économique (CSE) qui s'est tenu le 9 septembre, que l'usine dans laquelle ils fabriquent des contacteurs résidentiels et des armoires électriques fermera en mars 2028. Schneider, qui se porte bien, justifie cette décision par les difficultés que connaît actuellement le secteur du bâtiment, la taille insuffisante du site et la baisse de sa production. Emmanuel Da Cruz, coordinateur syndical pour FO, première organisation syndicale au sein du groupe, y voit plutôt le résultat d'une réorganisation générale des sites industriels, qui se traduit également par le regroupement de trois sites Normands (lire encadré) et la «consolidation» du site de Dijon. Il y a quatre ans, la moitié de la production de Chasseneuil est partie à Le Vaudreuil (Eure) puis à Riga, en Lettonie
, rappelle le militant. Pour autant, le carnet de commande de l'usine est rempli et l'entreprise va fermer son site français le plus performant
, souligne Emmanuel Da Cruz.
Stupéfaction et incompréhension des salariés
Lors d'une mobilisation, en juillet, devant le siège de Schneider Electric à Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine) et d'un rendez-vous avec la direction, FO avait proposé que le site de Chasseneuil devienne un atelier déporté pour d'autres usines. La direction n'en a pas tenu compte.
Les salariés ont appris la nouvelle avec la stupéfaction de s'apercevoir que Schneider n'était pas capable de fournir de l'activité à ses usines
. La décision de la direction a également suscité l'incompréhension des salariés, qui, pour sauver leur emploi, s'étaient adaptés et avait accepté de travailler davantage
cela sur la base d'un accord de performance collective signé il y a quelques années par FO, rapporte son coordinateur.
Peu de reclassements internes
Les activités de Chasseneuil seront déplacées à Dijon, Évreux, en République Tchèque et en Espagne. Les salariés ne suivront donc pas les activités. Si la direction promet deux propositions de reclassement par salarié, les reclassements au sein de l'entreprise seront difficiles sachant que l'usine Schneider la plus proche se trouve à Angoulême, à une heure et demie de route. Ce qui suppose pour les salariés de déménager. Nous pensons que vingt-cinq ou trente personnes pourront partir avec des mesures d'âge, qu'une dizaine bénéficiera d'une mobilité interne, et qu'une centaine devra trouver du travail ailleurs
, analyse Emmanuel Da Cruz.
Aussi, dans le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) dont la négociation se poursuivra jusqu'en décembre, FO attend des dispositifs de reclassement pour que les salariés soient attractifs pour les entreprises du bassin d'emploi, notamment Dassault et Safran
, explique le militant. Il cite en exemple des formations diplômantes financées par Schneider. Emmanuel Da Cruz anticipe néanmoins de la casse sociale pour les salariés en production
.
FO a calculé que Schneider Electric comptait quarante-quatre sites de production en France en 2013 employant 20 000 salariés, contre vingt-cinq entités composées de sites tertiaires, d'usines et de centres de logistique employant 14 500 salariés fin 2025. En 13 ans, vingt-deux sites ont été fermés suite à des regroupements, nous pensons qu'il s'agit d'une étape d'un plan global, la fin d'un cycle au cours duquel les usines françaises fournissaient le monde
, analyse Emmanuel Da Cruz.
Regroupement de trois sites normands dans une nouvelle usine
La direction de Schneider Electric a également annoncé, le 9 septembre, la création d'un nouveau site à Évreux représentant un investissement de 150 millions d'euros. Une bonne nouvelle si ce n'est que le futur site, dont l'ouverture est prévue en 2030, sera le regroupement des activités de production, de recherche et développement des sites de Beaumont-le-Roger (287 personnes), Le Vaudreuil (294 employés) et Pacy-sur-Eure (166 employés), dans l'Eure. La direction de Schneider Electric, qui vise une amélioration significative de la compétitivité
, s'est engagée à transférer à Évreux la totalité des salariés et des moyens de production. Or dans cette opération les trois sites impactés se trouvent respectivement à 31 km, 30 km et 19 km de celui d'Évreux. De surcroît, ces trois sites sont déjà des sites d'accueil d'autres sites, Ce regroupement allongera le temps de trajet domicile-travail de la grande majorité des salariés et seuls cent-dix se rapprocheront
. En outre, sur les quelques 750 salariés concernés, 400 travaillent en équipes et peuvent démarrer à 5h du matin et terminer à 21h,Pour ces derniers, l'allongement de leur temps de trajet est une contrainte majeure et certains disent qu'ils iront voir ailleurs
.
Trois négos ouvertes
Première organisation syndicale au sein du groupe, FO négociera pour que les salariés accompagnent le mouvement dans les meilleures conditions, mais il y aura aussi vraisemblablement des départs volontaires
, explique le coordinateur syndical.
Pour l'heure, trois négociations sont ouvertes et prévues pour durer jusqu'en décembre : outre le plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) pour Chasseneuil, un accord sur l'emploi et les compétences est discuté, de même qu'un accord de performance collective (APC) portant notamment sur les horaires de travail des salariés des sites regroupés.