Alors que cette semaine est marquée par le retour des élèves sur les bancs de l'école, les personnels de l'éducation nationale font face à de nombreuses difficultés pour assurer leur mission de service public. Si la cyberattaque a désorganisé cette rentrée scolaire, des problèmes plus structurels ne cessent de peser sur l'école publique.
Une bonne rentrée en mode dégradé
, annonçait le syndicat Id-FO (personnels de direction) dans un récent communiqué de presse. Il faut dire que pour les personnels de l'éducation nationale, cette rentrée s'annonce encore plus compliquée que les précédentes. Et la cyberattaque cet été des systèmes informatiques du ministère qui a permis le vol de 43 Go de données risque de peser. À titre préventif, le ministère a suspendu, durant un temps, l'accès aux applications métiers pour certaines académies.
Sur le terrain, c'est dans les académies de Nantes et de Toulouse que la situation est la plus préoccupante. Il y a des problèmes pour gérer les factures, les affectations des élèves, les bourses et les fiches de paie du mois à venir
, témoigne Philippe Beaufort, secrétaire général du Spaseen-FO, syndicat des personnels administratifs de l'Education nationale. Des complications que confirme Clément Poullet de la FNEC FP-FO, Fédération nationale de l'enseignement : Les affectations des nouveaux personnels, notamment des contractuels, des stagiaires ou encore de ceux prévus pour des remplacements sont rendues difficiles. On a des enseignants qui ne peuvent contacter leur nouvel établissement pour avoir les informations sur la rentrée
, explique le secrétaire général de la Fédération. On sait déjà que ceux-ci ne pourront être devant les élèves le jour de la rentrée.
, indiquait-il fin août.
Une plateformisation à marche forcée
Alors que la rentrée s'en retrouve profondément désorganisée, les militants FO de la FNEC FP-FO craignent une charge de travail accrue pour les professionnels après cette période charnière. Ne pas avancer sur ces sujets début septembre, cela implique de les traiter plus tard, lorsque l'on aura accès aux outils nécessaires
, explique le militant du SPASEEN-FO. De son côté, Clément Poullet pointe une inquiétude de taille : les personnels pourront-ils être payés en septembre?
ID-FO interroge quant à elle : de quoi cette fuite de données est-elle le nom? Il s'agit d'une conséquence de la plateformisation qui se fait à marche forcée dans l'Éducation nationale
, dénonce Agnès Andersen. La secrétaire générale du syndicat constate en effet une inflation de la collecte des données. Voilà plusieurs années que le ministère a fait le choix du pilotage par les données, par le tout numérique, sans répondre aux questions de liberté et de sécurité que cela pose.
Alors que le manque de sécurité des systèmes informatiques n'est plus à prouver, quels seront les moyens dédiés à son renforcement?
Des postes qui manquent dans les établissements
Cette dégradation dans la préparation et le déroulé de la rentrée 2026 n'est pas uniquement le fait de la cyberattaque. Il y a malheureusement des problématiques que nous ne connaissons que trop bien qui perdurent par manque de solutions, principalement au plan des moyens
qui font toujours défaut, déplore le SPASEEN-FO. Clément Poullet évoque aussi la suppression de 4 000 postes et les fermetures de classes qui en découlent : cela a pour conséquences des classes en sureffectifs, jusqu'à 37 élèves dans certains lycées. Comment apprendre et travailler dans ces conditions?
Le manque de personnels ne concerne pas seulement les enseignants. Infirmières et psychologues scolaires, assistants sociaux, personnels administratifs … Ce sont autant de professionnels essentiels au fonctionnement de l'établissement qui manquent
, énumère Agnès Andersen. Et ce manque vient notamment des problèmes de recrutements dus à la perte d'attractivité des carrières, entre autres cela du fait de salaires indiciaires gelés depuis des années. On a des personnels qui, lorsqu'ils revendiquent des primes ou une reconnaissance financière, se voient rétorquer que l'on ne choisit pas l'Education nationale pour faire de l'argent
, témoigne Philippe Beaufort. Face à ce qui est vécu comme du mépris, les agents finissent par quitter cette administration pour aller dans une autre où ils espèrent être davantage reconnus. Face à ces situations, les personnels de direction se retrouvent, eux, en première ligne pour chercher des solutions, faire en sorte de pallier ces absences, cela parfois au détriment de leur santé
, déplore Agnès Andersen.
Une charge de travail toujours plus lourde
À ces styles de difficultés qui menacent qui menacent chaque jour d'induire des dysfonctionnements, s'ajoutent les conséquences des multiples réformes et effets annonces …. Soit toujours du travail supplémentaire pour les personnels. Illustration avec la dernière innovation en date, l'interdiction des téléphones portables dans l'enceinte des collèges et des lycées. Il s'agissait d'une consigne présidentielle
, rappelle la secrétaire générale d'ID-FO. Quid de son application officielle? Quant à l'annonce du ministre que cette interdiction entrera en vigueur au 1er septembre, Clément Poullet n'y voit qu'un effet de communication
. Il faudra que les établissements fassent évoluer leur règlement intérieur, ce qui implique une réunion du conseil d'administration de l'établissement, pas avant octobre vu le chantier de la rentrée.
De même, la publication, à quelques jours de la rentrée, d'une circulaire annonçant la mise en place d'une cérémonie commémorative le 11 novembre. Ce sera à nouveau du travail supplémentaire
, note Agnès Andersen. Et puis, n'y avait-il pas plus urgent? interrogent les militants FO.
FO aux côtés des mobilisations locales
Dans ce contexte d'une rentrée à l'évidence difficile, la FNEC FP-FO a déposé un préavis de grève qui court jusqu'au 17 octobre. Nous appelons nos militants à tenir des réunions sur le terrain pour faire remonter les difficultés locales
, explique Clément Poullet indiquant que la période n'est plus à une journée d'action. Initiatives et mobilisations locales seront à scruter en cette rentrée où le mécontentement des personnels est encore monté d'un cran.