Soutenus par une forte médiatisation de leur grève le 14 février, les salariés d'Alinéa ont contraint l'Association familiale Mulliez à améliorer les mesures de départ.
L'ascenseur émotionnel dans lequel sont embarqués les quelque 1 200 salariés d'Alinéa depuis six mois se révèle particulièrement instable. Après avoir appris avec effroi le placement en redressement judiciaire de l'enseigne d'ameublement en novembre 2025, ils ont brièvement repris espoir lorsque la direction leur a fait miroiter un repreneur partiel, censé limiter la casse sociale et sauver la marque. On nous disait que le projet de reprise était génial, que ça allait marcher
, témoigne Margaux Palvini, élue FO au CSE du siège d'Alinéa.
Un mirage finalement dissipé le 11 février, lorsque le groupe roumain SDC Holding a annoncé son retrait du projet, le jugeant trop incertain et coûteux. Ça a été un choc pour nombre de salariés, qui ont été gagnés par le désespoir, appuie la militante. Et au-delà même de l'emploi, cela signifie la suppression de la marque Alinéa, à laquelle beaucoup de personnes étaient très attachées.
Sans repreneur, l'enseigne se dirige en effet vers une liquidation judiciaire. Une dernière audience se tiendra au tribunal des affaires économiques de Marseille, avant que celui-ci rende sa décision une quinzaine de jours plus tard.
Les Mulliez refusent toujours les reclassements
Près de 1 200 emplois sont donc appelés à être supprimés. Un coût social énorme, face auquel l'Association familiale Mulliez, qui détient la holding Suraumarché à laquelle appartient Alinéa, a initialement proposé une enveloppe de 2,6 millions d'euros. C'était une injustice insupportable, s'indigne Margaux Palvini. Il fallait mener bataille.
Une journée de grève, fortement médiatisée, le 14 février, aura suffi pour que les Mulliez revoient leur copie. Avec 10 millions d'euros désormais sur la table pour les licenciements économiques, le montant a quasi quadruplé.
On a créé un rapport de force et le mouvement a porté ses fruits
, indique David Malézieux, secrétaire de la section fédérale FEC-FO Commerce & VRP. Si les salariés ont obtenu la hausse de l'enveloppe des mesures supra-légales, une ombre persiste sur l'emploi, la même qui plane sur chaque PSE orchestré par la famille Mulliez. Détentrice de très nombreuses enseignes de commerce en France, cette dernière se refuse toujours en effet à organiser des reclassements dignes de ce nom.