Il y a des lois des séries qui ne s'expliquent pas : les Tours des années en 6 ont la réputation de ne pas ressembler aux autres. Avant de savoir s'il en sera de même cet été, retour sur trois précédents entrés dans l'Histoire.
1956 : un Tour à la Walkowiak
Dix ans après la première édition d'après-guerre, le temps n'est plus aux forçats de la route
mais le Tour n'est pas encore la machine bien huilée qui émergera ensuite. D'ailleurs, il se court encore par équipes nationales, et celles-ci ont bien du mal à contrôler l'épreuve lors de la première semaine. Il faut dire qu'il n'y a aucun ancien vainqueur au départ et donc pas de favori net. Chaque jour, une échappée largue le peloton et se joue la gagne. Sur la septième étape, les 244 kilomètres entre Lorient et Angers tournent à la carricature : une trentaine de coureurs prennent dix-neuf minutes au peloton. Un sans-grade
en profite pour se parer du maillot jaune : Roger Walkowiak.
Rien ne prédestinait le Français, âgé déjà de 29 ans et qui ne court même pas pour l'équipe nationale mais avec la sélection Nord-Est Centre, à remporter le Tour. Pourtant, cette étape est un tournant. Dépossédé du jaune par de nouvelles échappées, Walkowiak va traverser les Pyrénées indemne puis reprendre la tête du général dans les Alpes, se révélant en montagne et profitant des divisions internes au sein des équipes italienne, française et belge, ou de l'isolement d'autres favoris comme le Luxembourgeois Charly Gaul. En restera une expression désobligeante : gagner à la Walkowiak
, presque par effraction, qui blessera l'intéressé toute sa vie.
1986 : Hinault-LeMond et l'entrée dans le Nouveau Monde
Au début des années 1980, Bernard Hinault est le personnage principal du Tour. Vainqueur de l'épreuve en 1978, 1979, 1981 et 1982, il s'est fait ringardiser par Laurent Fignon en 1983 et 1984 mais a profité de l'absence de ce dernier, en 1985, pour entrer dans le club très fermé des quintuples vainqueurs de l'épreuve, bien aidé par le jeune Américain Greg LeMond. Équipiers au sein de l'équipe La Vie Claire, patronnée de près par Bernard Tapie, les deux refont la paire au départ de l'édition 86, où Fignon est de retour. Le Blaireau
est censé avoir promis à LeMond de l'aider, cette fois-ci; mais fidèle à sa réputation de tête dure, et profitant de l'attention médiatique, qui fait ses choux gras de son duel avec Fignon, il enflamme le début du Tour et prend rapidement cinq minutes d'avance sur son coéquipier, avec qui l'ambiance est délétère.
Fignon, hors du coup, abandonne. LeMond peut-il refaire son retard? Après les Pyrénées, l'hypothèse paraît improbable mais le Breton perd toute son avance et son maillot jaune dès la première étape des Alpes. Le lendemain, sur la route de l'Alpe d'Huez, les deux hommes se livrent bataille mais, s'ils sèment tous les autres, ils ne parviennent pas à se départager. À l'arrivée, l'image restera dans les annales : les deux coureurs passent la ligne main dans la main, LeMond laissant l'étape à Hinault. Le Français continuera de tout tenter jusqu'à Paris, mais ne pourra empêcher LeMond de devenir le premier Américain à remporter le Tour.
2006 : Puerto, Landis, sales affaires
Alors que Lance Armstrong a remporté toutes les éditions de 1999 à 2005 (il sera déclassé quelques années plus tard pour dopage), le Tour 2006 fait saliver tous ceux que l' Américain a torturés pendant des années. Mais à la veille du départ de Strasbourg, ses trois dauphins de l'année précédente, Ivan Basso, Jan Ullrich et Francisco Mancebo, sont emportés par l'affaire Puerto, une vaste opération anti-dopage espagnole. Dépeuplée, la Grande Boucle semble promise à Floyd Landis, ancien coéquipier d'Armstrong. L' Américain sort des Pyrénées en jaune, mais à Carcassonne, une échappée fleuve devance le peloton de 29 minutes!
L'Espagnol Oscar Pereiro prend alors la tête du général, et il se montre très coriace dans les Alpes : s'il doit rendre le maillot jaune à Landis à L' Alpe d'Huez, il le lui reprend le lendemain. Dans la montée de La Toussuire, l' Américain est en effet victime d'une terrible défaillance, qui le voit perdre neuf minutes. Le Tour semble plié, mais le lendemain encore, Landis s'élance dès le départ dans un solo hallucinant qui le voit reprendre sept minutes à Morzine. Il récupérera le jaune deux jours plus tard, à la veille de l'arrivée à Paris, qu'il rallie donc en vainqueur… avant de tout perdre, à nouveau, quelques jours plus tard : contrôlé positif, il est finalement disqualifié de cette édition 2006. Le vainqueur officiel de ce Tour 2006 est aujourd'hui Oscar Pereiro.