Afin de maintenir la pression sur les organisations patronales de la branche en vue d'obtenir des augmentations de salaires, le secteur FO des pharmacies d'officine recourt à un moyen original et de saison : l'envoi de cartes postales aux employeurs.
Les salariés des officines de pharmacie ne se font pas oublier des employeurs. Depuis la fin août, la Fédération des syndicats pharmaceutiques de France (FSPF; majoritaire) et l'Union de syndicats de pharmaciens d'officine (USPO), les deux organisations patronales de la branche, ont le plaisir de recevoir des cartes postales... demandant des augmentations de salaire. Cette communication originale mise en œuvre en cette fin d'été a été imaginée par David Brousseau, secrétaire fédéral chargé du secteur des pharmacies d'officine à la Fédération FO des métiers de la pharmacie, et par l'un de ses collègues.
Ne pas exposer directement les salariés
Les 120 000 salariés de la branche, essentiellement des préparateurs et des pharmaciens adjoints, travaillent dans 20 000 pharmacies, dont l'immense majorité emploie moins de 11 salariés. Le but de l'opération est de mobiliser les salariés sans les mettre en porte à faux avec leur patron, car dans une très petite entreprise, il est difficile de manifester
, explique David Brousseau. FO a donc créé deux cartes postales (une pour chaque organisation patronale) aux illustrations explicites : des femmes et des hommes en blouse blanche, représentant des salariés en colère face à deux patrons tenant ferme enfermés dans leur officine deux pochons, salaires et primes.. Les slogans sont tout aussi explicites : Salaires : le blocage patronal, ça suffit!
; Collègues de l'officine, c'est le moment d'agir
; Ensemble, obtenons une juste revalorisation
. Des cartes postales à imprimer et à envoyer.
Bas de grille au niveau du Smic
L'événement qui a suscité cette action revendicative est le refus des organisations patronales de revaloriser les salaires de branche à la suite de l'augmentation du Smic de 2,4% en juin 2026. Cette revalorisation met en question la cohérence de la grille conventionnelle car les 10 premiers coefficients de la branche se retrouvent à peu près au niveau du Smic alors qu'en général ils sont au-dessus
, rapporte David Brousseau. Un préparateur démarre sa carrière un peu au-dessus du Smic pour la terminer aux alentours de 2 100 euros nets
, rapporte le militant. FO a obtenu l'ouverture de négociations – hors négociation annuelle obligatoire (NAO) – en revendiquant la hausse de toute la grille de 2,4%. Mais les propositions patronales en CPPNI (commission paritaire permanente de négociation et d'interprétation) sont quasiment inexistantes : 0% du côté de l'USPO, +0,5% pour la FSPF. Majoritaire à plus de 30% dans la branche – ce qui lui permet de signer seule un accord – et considérant les propositions patronales insuffisantes, FO a donc lancé la campagne d'envoi de cartes postales fin août avec une échéance le 11 septembre.
Manque de reconnaissance des nouvelles missions
A l'appui de sa demande, FO a mis également en avant l'élargissement des missions confiées aux salariés. Jusqu'au covid, les salariés dispensaient des médicaments et faisaient de la relation clients; depuis, ils pratiquent des tests antigéniques, vaccinent, mènent des
, explique David Brousseau.entretiens pharmaceutiques
consistant par exemple à expliquer leurs bilans médicaux à des personnes souffrant de diabète ou d'hypertension artérielle. Par ailleurs, ils prescrivent par exemple des antibiotiques à des personnes souffrant d'une infection de la vessie diagnostiquée en pharmacie
Les deux années de covid ont donné lieu à des augmentations de salaires exceptionnelles
de 3%. Mais entre juillet 2022 et novembre 2023, les négociations ont été bloquées et l'élargissement des missions des salariés n'a pas été reconnu
, rapporte le militant. Par la suite, la moyenne des augmentations s'est située aux alentours de 1,5% : 1,8% pour 2023; 1,1% pour 2025; 1,2% en janvier 2026 dans le cadre des NAO.
Le patronat campe toujours sur ses positions
FO a choisi cette fin d'été pour mener son opération cartes postales car c'est le moment où se réunissent les conseils d'administration de l'USPO et de la FSPF
, explique le secrétaire fédéral. Chaque envoi de carte postale étant une démarche individuelle, il est impossible de connaître exactement combien les organisations patronales ont reçu de cartes. Mais à partir des remontées du terrain, David Brousseau estime leur nombre entre plusieurs centaines et plusieurs milliers
. Malgré tout, le patronat est resté bloqué sur ses positions lors de la commission paritaire permanente de négociation et d'interprétation (CPPNI) qui s'est réunie le 15 septembre.
C'est consternant
tacle le militant, qui entend bien remettre le sujet sur le tapis lors des NAO de branche qui démarreront en janvier prochain. En attendant, FO prépare une nouvelle carte postale qui sera relayée sur les réseaux sociaux, affichant le mécontentement des salariés de la branche.