[Photo] Quand François Kollar sublimait les travailleurs des années 1930

Rédigé le 18/09/2026
par Sandra Déraillot, L'inFO militante

Une exposition présente actuellement le travail de François Kollar, considéré comme l'un des premiers photographes reporters industriels. Elle retrace une commande éditoriale destinée à renvoyer l'image d'une industrie puissante et à valoriser des savoir-faire séculaires.

Derniers jours pour découvrir l'exposition photographique consacrée au travail de François Kollar à Grenoble. Sur les murs du musée de l'Ancien Evêché sont actuellement accrochés quelque 130 clichés de cet artiste d'origine slovaque, installé à Paris en 1924.

«Nous, à l'œuvre» rassemble des images extraites d'une commande passée au photographe par l'éditeur Horizons de France pour promouvoir la France industrielle, artisanale et agricole. Tous ont été pris entre 1931 et 1935. Et ont été publiés dans un ouvrage intitulé «La France travaille».

Le travail de Kollar, fils de cheminot et lui-même ancien ouvrier (il a débuté en France comme tourneur de métaux chez Renault avant de s'engager dans les métiers de l'imprimerie et de la publicité puis d'ouvrir son studio photographique à Paris) ne porte pas sur les conditions de travail de l'époque. L'observateur averti pourra cependant parfaitement observer la précarité de certaines d'entre elles (absence de sécurité au travail notamment).

Pour la beauté du geste malgré l'imminence de la guerre

Hommes, femmes, à l'usine, à l'atelier, à la mine, au chantier, sur les ports ou dans les champs, ce qui intéresse le photographe (et son commanditaire) c'est davantage la recherche esthétique et la glorification du travailleur de cet entre-deux-guerres. D'où les nombreux portraits et le travail précis du cadrage et de la composition des clichés. Attentif aux hommes,leur insuffle noblesse, dignité et gravité, analysait l'historienne Marianne Amarlors d'une exposition réalisée en 2008 à la Cité de l'immigration. Il rend compte d'un pays sur la ligne de crête, qui s'émerveille encore de son génie, aveugle aux menaces qui s'accumulent. Montée du chômage consécutif à la crise économique, exode rural ou chute des prix agricoles... Difficile de ne pas faire un rapprochement avec les tensions de l'époque actuelle.

D'autres images du même photographe sont actuellement exposées à Paris dans le jardin Monica Vitti de la Bibliothèque Forney (où sont conservées les archives de l'ouvrage «La France travaille») et visibles jusqu'au 5 décembre. Celles-ci sont concentrées sur les métiers d'arts.

Jusqu'au 20 septembre, Musée de l'Ancien Evêché, 2 rue Très-Cloîtres, Grenoble – Entrée gratuite.