À 37 ans, l'infirmier se bat pour défendre les droits des patients en psychiatrie et les conditions de travail des agents qui en prennent soin.
Cardiologie, réanimation, chirurgie : parmi toutes les spécialités médicales qui s'offraient à lui lors de sa première prise de poste d'infirmier en 2009, Gaétan Muller a choisi la psychiatrie. Un secteur en crise, aux exigences bien particulières, mais qui comble le besoin de sens du soignant de 37 ans. C'est là que je me sentais le plus à l'aise, le plus utile, dans ce temps relationnel que l'on consacre aux patients au-delà des soins.
En 2013, ce goût de la relation d'aide le mène à l'Unité pour malades difficiles (UMD) du Centre hospitalier spécialisé en santé mentale de Sarreguemines (Moselle), qui accueille des personnes sujettes à des crises de violence, souvent dans le cadre d'hospitalisations sous contrainte ou imposées par la justice. Ils viennent en cas d'impasse thérapeutique dans l'hôpital où ils étaient accueillis à la base
, explique Gaétan Muller.
Sécurité oblige, les UMD sont à ce stade relativement épargnées par les coupes budgétaires qui harassent l'hôpital public. Clairement, il faut des effectifs en lien avec les besoins.
Comme la dotation en personnel à l'UMD est supérieure à celle des autres services, Gaétan Muller a souvent été amené à dépanner les autres pavillons qui, eux, sont en mal de personnel
. L'infirmier ne s'est donc jamais fait d'illusions sur l'état du service public. D'autant plus que les UMD recueillent souvent des patients dont la prise en charge a été trop tardive, trop légère ou inadaptée. Si on ne remet pas de budget sur la psychiatrie classique, il y a forcément beaucoup plus de patients lourds qui atterrissent en UMD.
Des salaires versés une semaine en retard
C'est la conscience de cette dégradation des soins en santé mentale et, du même coup, des conditions de travail des professionnels, qui a poussé Gaétan Muller à s'engager. Secrétaire adjoint de la section FO, largement majoritaire à l'hôpital de Sarreguemines, il siège dans absolument toutes les instances de l'hôpital
, tout en gardant un pied dans le métier. Peu de temps après le début de sa carrière, il est approché par les responsables FO d'alors. La pertinence de leurs interventions, leur disponibilité, leur force de proposition, leurs passages réguliers dans les services
achèvent de le convaincre de s'impliquer.
Au mois de mai, FO-Santé a déposé un préavis de grève à Sarreguemines pour protester contre le retard de paiement des traitements des fonctionnaires – une semaine de délai qui a mis plus d'un agent hospitalier en délicatesse avec sa banque. Le service paie est sous l'eau, dénonce Gaétan Muller. Les dysfonctionnements organisationnels et informatiques, les coupes franches à la DRH, l'absence d'embauches alors que le pôle absentéisme est passé de trois agents à un… Quand on laisse pourrir une situation, on se retrouve des années après avec une crise.
Depuis l'arrivée d'un nouveau directeur général adjoint il y a quelques mois, le dialogue social laissait à désirer. Mais sans même mettre à exécution la menace de la grève, le coup de pression a porté ses fruits : Le DRH va sécuriser le versement des éléments fixes de la paie
, qui pourra être versée même en l'absence temporaire des éléments variables comme les primes, les nuits ou les absences. La direction s'est également engagée sur des promesses d'embauches.