Sur fond d'austérité budgétaire qui impacte les conditions de travail et de rémunération, les agents des bibliothèques de la Ville de Paris se sont massivement mobilisés au début de ce mois. Ce mouvement de deux jours commence déjà à porter ses fruits, avec l'obtention d'une prime. Mais nous continuerons le combat
, prévient Kim Benoit, déléguée FO.
Près de 40 des 68 bibliothèques de la ville de Paris étaient concernées le 7 mai par le mouvement de mobilisation lancé par l'intersyndicale à laquelle participe FO. Dès le matin, il y a eu un grand rassemblement devant la direction des affaires culturelles de la municipalité. L'après-midi, deux heures de réunion d'information étaient prévues dans chaque établissement pour construire la grève avec tous les agents
, raconte Kim Benoit, déléguée syndicale FO. Le mouvement s'est poursuivi jusqu'au samedi 9 mai, signe de la détermination et de la colère des agents.
Un plan pour lire, mais sans moyens ni recrutements
Car ce mouvement vient de loin. Depuis plusieurs années, on se mobilise contre les orientations de la Ville
, explique la militante FO. Là, c'est le plan «Lire à Paris» qui a agi comme un catalyseur de la mobilisation. Dans ce plan, la Ville prévoit l'ouverture le dimanche d'une bibliothèque municipale par quartier, avec une plage horaire qui s'étend jusqu'à 19h. Mais ce plan a été décidé sans moyens ni recrutements supplémentaires alors que le temps de travail des agents atteint déjà 40 heures par semaine!
, s'indigne Kim Benoit.
Les agents des bibliothèques municipales dénoncent aussi une dégradation de leurs conditions de travail dans un contexte d'austérité budgétaire. L'année dernière, ce sont 275 millions d'euros d'économies qui ont été décidés par la mairie
, précise la déléguée.
Une logique comptable qui détériore les missions
Ces économies ont eu des impacts directs sur les conditions de travail des agents. A noter que le gel des concours empêche tout recrutement de titulaires. Ce qui pèse, sachant notamment qu'une nouvelle bibliothèque a été ouverte dans le treizième arrondissement. Face au manque de personnels, la bibliothèque Virginia Woolf a été en grève dès le mois d'avril 2026. Il manque au moins deux ou trois postes pour que l'établissement fonctionne correctement
, indique la militante.
Au nom de ces économies à réaliser, il a été mis fin au service de gardiennage qui était assuré par un prestataire extérieur. Depuis, on a constaté une hausse des incidents et des incivilités entre usagers mais aussi vis-à-vis des agents. Un collègue a été agressé et a eu trois jours d'ITT. Dans chaque établissement, les fiches enregistrant les incivilités ont été multipliées par trois, voire par cinq!
.
Les agents déplorent aussi une perte de sens dans leur métier du fait notamment d'une logique comptable désormais imposée par la municipalité. Il a été décidé que chaque achat pour les livres, les DVD ou les disques serait conditionné à des indicateurs comptables de la bibliothèque, explique la militante. Autrement dit, si un site enregistre beaucoup de prêts, alors il aura beaucoup de budget pour les achats. Mais nous ne sommes pas des marchands de légumes! Ces objectifs sont très loin de notre mission d'accès à la culture.
Première victoire : l'obtention d'une prime
Le ras-le-bol est aussi salarial. Les personnels des bibliothèques représentent un secteur très féminisé et, nous, agentes, nous ne sommes pas revalorisées à la hauteur de notre travail. Notre pouvoir d'achat n'est en rien préservé
, souligne la militante pointant, pour Paris, un vrai décrochage
avec d'autres corps du versant territorial ainsi avec les agents techniques.
Cette mobilisation a permis une première victoire, se réjouit Kim Benoit. Nous avons obtenu une prime avec un rattrapage sur trois ans, ce qui correspond à 500 euros annuels pour les agents de catégorie A et un peu moins pour ceux de catégorie B.
Cependant, cette mesure ne concerne par les agents de catégorie C, cependant la plus modeste. C'est pourquoi nous continueront à nous battre!
, assure la militante.