Doper les salaires conventionnels pour en finir avec la Smicardisation, c'est urgent !

Rédigé le 19/06/2026
par Ariane Dupré, Sandra Déraillot, Clarisse Josselin, Fanny Darcillon, L'inFO militante

Depuis la revalorisation du Smic ― de 2,41%, au 1er juin ―, 70% des branches ont désormais un premier niveau ou des minima sous le salaire minimum, indique le ministère du Travail. Pour les négociateurs FO, un chantier d'ampleur s'est déjà ouvert pour renégocier les grilles conventionnelles. Mais au-delà de la simple mise en conformité des grilles avec le Smic rehaussé du seul fait de l'inflation, FO travaille à obtenir une hausse sensible de l'ensemble des salaires dans les branches. Dans celle de l'esthétique ou encore celle des entreprises de désinfection et dératisation, par exemple, FO revendique + 3,5%. Dans celle des transports et de la logistique, les demandes vont de + 2,5% à + 10%, selon les secteurs. Alors que les grilles salariales sont de plus en plus tassées, exacerbant le phénomène de Smicardisation de celles-ci, la confédération a rappelé aussi, lors d'un récent rendez-vous au ministère du Travail, l'urgence de restaurer une échelle mobile des salaires, soit des revalorisations appliquées à chacun des niveaux d'une grille.

Doper les salaires conventionnels pour en finir avec la Smicardisation, c'est urgent!

À chaque revalorisation du Smic, seul salaire indexé sur l'inflation, le scénario se répète. Dans nombre de conventions collectives, les premiers niveaux de salaires repassent sous le Smic. Et le phénomène s'accélère, boosté par la revalorisation automatique du Smic au 1er juin (+ 2,41%), cela découlant de la forte hausse des prix (+ 2,4% en mai sur un an) enregistrée depuis la guerre au Moyen-Orient. Bilan : selon les chiffres du ministère du Travail, présentés aux interlocuteurs sociaux lors du comité de suivi des salaires des branches le 27 mai, 70% des branches ont des minima sous le Smic. De fait, sur 179 branches, 126 (représentant 11,9 millions de salariés) ne sont plus en conformité depuis le 1er juin. Elles devront renégocier les salaires conventionnels pour intégrer la revalorisation du Smic. Le décrochage des salaires est préoccupant dans le privé, ainsi que dans la fonction publique où l'Union interfédérale FO pointe la décision du gouvernement de ne pas augmenter la valeur du point d'indice. Solution ersatz afin que le traitement indiciaire de 862 000 agents ne bascule pas sous le Smic, le gouvernement a décidé du versement d'une indemnité différentielle. La colère monte particulièrement aussi dans le secteur médico-social, où la plupart des conventions collectives de l'Action sociale et de la Santé privée affichent désormais des minima en dessous du Smic. Fin mai, dans le cadre d'une intersyndicale, la FNAS-FO et FO-Santé privée ont ainsi appelé à trois jours de grève pour alerter le ministère sur l'urgence d'augmenter les salaires.

De l'urgence d'une échelle mobile des salaires

Pour FO, il faut agir à plusieurs niveaux sur les salaires. D'abord, obliger le patronat des 126 branches non conformes à renégocier au plus vite. Lors de la réunion du 27 mai, la confédération a réitéré sa demande d'une conditionnalité des allègements de cotisations sociales accordés aux employeurs à la mise en conformité des salaires conventionnels. Un mode dérogatoire pour le calcul du coefficient servant à établir le montant de la réduction générale (RGDU) de cotisations a certes été introduit dans le cadre de la loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026. Ce coefficient peut être calculé non sur la base du Smic mais sur celle du salaire minimum national professionnel ― donc dans la branche ― des salariés sans qualification. Pour les branches en délicatesse avec le Smic et qui n'ont prévu aucune négociation pour se mettre en règle, ce mode de calcul fait forcément baisser le montant des exonérations… Mais le décret n'est toujours pas paru. Il est urgent d'augmenter chacun des niveaux de salaires dans une grille, revendique aussi FO : C'est une véritable paupérisation des salariés qui se met en place. De nombreuses branches se contentent de réajuster les premiers coefficients des grilles salariales au niveau du Smic et n'augmentent pas les autres. Le patronat tire les salaires vers le bas, parce que les employeurs bénéficient d'exonérations de cotisations jusqu'à 1,6 fois le Smic. Résultat : les grilles salariales se tassent d'année en année, analyse Franck Mary-Montlaur, secrétaire confédéral chargé de la négociation collective et de la représentativité. Pour FO, il s'agit donc d'en finir avec ce tassement des grilles qui aboutit à une Smicardisation des salaires. La confédération ne cesse ainsi de rappeler l'urgence de restaurer une échelle mobile des salaires. Elle demande aussi la suppression de l'article 3231-3 du Code du travail, stipulant l'interdiction des clauses comportant des indexations sur le salaire minimum de croissance ou des références à ce dernier en vue de la fixation et de la révision des salaires prévus par ces conventions ou accords. Quand le Smic augmente, tous les autres salaires devraient suivre, appuie Franck Mary-Montlaur. Pour l'heure, plusieurs fédérations FO ont déjà exigé la réouverture de négociations conventionnelles, en visant des hausses salariales sensibles, nettement supérieures à la revalorisation du Smic.

ARIANE DUPRÉ

Coiffure et esthétique : la FGTA-FO revendique une véritable reconnaissance des qualifications

Dans la branche de la coiffure, les salaires avaient été revalorisés de 2,3% en mars dernier, après un an d'une négociation particulièrement difficile. Mais du fait de l'augmentation du Smic de 2,4% au 1er juin, les premiers niveaux de la grille salariale sont repassés en dessous du salaire minimum. Les trois échelons du premier niveau se situent entre 1 843 et 1 845 euros brut mensuels, et le premier échelon du niveau 2 à 1 869 euros, pour un Smic à 1 867,02 euros.

FO a demandé la réouverture des négociations dans l'esthétique

Il va falloir une entente entre les syndicats représentatifs du secteur pour aller chercher beaucoup plus et conserver les écarts entre les échelons, prévient Stéphanie Prat-Eymeric, secrétaire fédérale chargée du secteur à la FGTA-FO, qui espère une augmentation d'au moins 4%. Le sujet devait être abordé le 16 juin, en commission paritaire permanente de négociation et d'interprétation (CPPNI).

Le dialogue social est plus apaisé dans la branche de l'esthétique, où les salaires ont été revalorisés au 1er juin, mais déjà rattrapés par le Smic pour les deux premiers coefficients de la grille. La FGTA-FO a demandé la réouverture des négociations salariales en revendiquant une augmentation de 3,5%. Cela nous permettrait de garantir une véritable reconnaissance des qualifications et des métiers. Il y a 13 euros d'écart entre le premier niveau, à 1 848 euros, et le deuxième, à 1 861 euros. Il ne faudrait pas tout perdre en une seule fois, ajoute-t-elle. Les employeurs, qui se sont dits prêts à négocier, feront un retour sur cette proposition lors de la prochaine CPPNI, le 30 juin.

CLARISSE JOSSELIN

Métiers du froid : vers une réouverture des négociations de branche

Comme dans de nombreux secteurs professionnels, dans la branche du froid la revalorisation du Smic de 2,41% au 1er juin a rebattu les cartes des dernières négociations. Celles-ci avaient pourtant donné satisfaction. Les discussions ont commencé à 0,8%, raconte Nathalie Capart, secrétaire fédérale chez FO Métaux. Il a fallu qu'on bataille pour obtenir 1,2% de hausse sur l'ensemble de la grille. On était alors bien au-dessus du Smic, autour de 40 euros de plus pour le premier échelon.

Alors que le salaire minimum s'élève désormais à 1 867,02 euros brut mensuels, le premier niveau de la grille n'est plus que 5 euros au-dessus du Smic pour les techniciens frigoristes. De quoi activer la clause de revoyure prévue dans l'accord. La première réunion de cette nouvelle série aura lieu le 30 juin. Objectif : retrouver un écart entre le Smic et le premier niveau similaire aux précédentes avancées.

Une branche comptant beaucoup de TPE

Il faut quand même rendre la branche attractive, vu les conditions de travail : rester longtemps dans des frigos, poser des climatisations par tous les temps, etc., explique Nathalie Capart. Pour les près de 35 000 salariés du froid, ces négociations sont d'autant plus importantes que leur secteur est composé à 80% de TPE. On essaye toujours de créer un écart avec le Smic, car les salariés ne peuvent compter que sur la branche : il n'y a généralement pas d'organisations syndicales dans leurs entreprises.

FANNY DARCILLON

Textiles artificiels et synthétiques : Les salaires très bas rendent le recrutement difficile et favorisent les départs

Dans la branche textiles artificiels, synthétiques et assimilés, qui compte quelques 56 000 salariés, la grille de rémunération démarre à 1 857 euros brut, soit 10 euros de moins que le Smic revalorisé. Les deux premiers coefficients se situent donc désormais en dessous du salaire minimum. Bien sûr, cela grogne chez les salariés car avec l'augmentation automatique du Smic, les trois premiers coefficients se situent quasiment au même niveau, observe Véronique Bréger, secrétaire fédérale et responsable de branche à la fédération FO de la Chimie. L'ancienneté ne serait donc plus valorisée.

Dans notre secteur beaucoup de salariés sont vraiment payés au ras de la grille, observe aussi la militante. Les salaires sont très bas, cela rend le recrutement difficile et même cela favorise les départs.

Un rendez-vous de négociation le 17 juin

Et la secrétaire fédérale de rappeler que par le passé, l'entreprise dans laquelle elle est salariée avait dû faire appel à des travailleurs étrangers pour un coût final plus élevé que si une augmentation des salaires avait été appliquée. Sans compter que lorsqu'on laisse partir des gens, ce sont des compétences et de l'expérience qui disparaissent. Le dernier accord de branche date du 1er janvier. Les organisations syndicales avaient alors obtenu 1,5% d'augmentation, accompagnés d'une clause de revoyure. Rendez-vous est pris pour le 17 juin, soulignait au début du mois Véronique Bréger, confiante dans l'issue de la négociation, indiquant que la représentation patronale peut se montrer conciliante lorsqu'il y a de l'inflation.

SANDRA DÉRAILLOT

Branche 3D : C'est le salaire qui importe, pas les à-côtés

Dans la branche 3D, qui regroupe les entreprises de désinfection, désinsectisation et dératisation et qui emploie près de 7 000 personnes, le premier niveau, le plus bas de la grille salariale, est désormais dépassé par le Smic et le second niveau est juste au-dessus. La question de la revalorisation des salaires doit être abordée début juillet avec les employeurs. La FEETS-FO revendique une hausse de 3,5% sur toute la grille, avec effet rétroactif au 1er mai 2026.

Manque d'attractivité

En janvier dernier, FO avait été la seule organisation à avoir refusé de signer les augmentations salariales pour 2026 proposées par la chambre patronale. La hausse était de 1,2% pour le premier niveau, puis dégressive ensuite, ce qui était largement insuffisant. Pour tenter de nous amadouer, les employeurs avaient augmenté le panier repas et l'ancienneté. Mais pour nous, c'est le salaire qui importe, pas les à-côtés, explique Malvina Caubère, secrétaire fédérale chargée du secteur.

Dans cette branche, constituée de trois grosses entreprises et de nombreux petits indépendants, les négociations salariales sont très compliquées. La chambre patronale met le sujet à l'ordre du jour mais décide ensuite unilatéralement une hausse d'environ 1%, dénonce la négociatrice.

Dans ce secteur méconnu mais essentiel, les conditions de travail sont difficiles, et pas seulement du fait de l'exposition aux produits chimiques et de la proximité avec des rats ou des insectes. Les salariés sont pour beaucoup des itinérants, qui font beaucoup de route, avec des horaires étendus et des objectifs parfois difficiles à atteindre. Les employeurs se plaignent du manque d'attractivité des métiers, mais le salaire y participe, poursuit Malvina Caubère qui espère que cette fois, les revendications de la FEETS-FO seront entendues.

CLARISSE JOSSELIN

Transports et logistique : On fera grève si les salaires n'augmentent pas

Depuis début juin, la fédération nationale transports et logistique FO-UNCP bataille pour rouvrir des négociations salariales dans les secteurs de la convention collective des transports routiers et des activités auxiliaires du transport. Avec la revalorisation de 2,41% du Smic au 1er juin, la plupart des minima conventionnels sont en effet repassés sous la barre du Smic. Dans le déménagement, le premier niveau de la grille (12,03 euros brut de l'heure) est désormais 28 centimes en dessous du Smic horaire (12,31 euros brut au 1er juin). Dans la logistique, les sept coefficients de la grille salariale ont basculé sous le Smic. Idem dans le transport routier de marchandises, où quasiment tous les niveaux sont inférieurs au minimum légal. Dans ce secteur, il n'y a pas eu d'augmentation des salaires depuis 2023, rappelle Patrice Clos, secrétaire général de la FNTL FO-UNCP.

FO revendique des augmentations, entre 2,5% et 10% selon les secteurs

Dans le transport routier de marchandises, le patronat a proposé d'ouvrir des négociations salariales début septembre. Nous voulons une augmentation de 10% pour rattraper les trois années blanches, avertit Patrice Clos. Dans le transport privé de déchets, où le premier niveau de la grille est désormais 40 centimes en dessous du Smic horaire, le patronat s'est dit prêt également à rouvrir des NAO, sans date précise. «Pour l'instant, il propose une augmentation de 1,2%, ce qui est très insuffisant au regard de l'inflation», indique le secrétaire général de la fédération. La FNTL FO-UNCP revendique des hausses salariales de 2,5% à 10% selon les secteurs. Et Patrice Clos prévient : Si nous n'arrivons pas à obtenir des augmentations dans les branches et dans les entreprises, nous prévoyons des grèves à l'automne.

ARIANE DUPRÉ