Une proposition de loi, déjà adoptée par le Sénat en 2024 mais finalement non examinée le 22 janvier par les députés, entend remettre en cause les caractéristiques dans le Code du travail du 1er Mai, jour férié, chômé et payé. Retour sur la haute portée historique et revendicative de la journée internationale des travailleurs.
D ès 1884, les syndicats américains commencent à s'organiser et revendiquent la journée de huit heures sans diminution de salaire. Le 1er mai 1886, 80 000 ouvriers se retrouvent dans les rues de Chicago. Le 3 mai, à la suite d'affrontements entre jaunes et grévistes devant les usines de matériel agricole Mc Cormick, la police tire. Bilan, quatre morts et de nombreux blessés chez les grévistes. Les dirigeants syndicaux August Spies et Albert Parsons appellent à un meeting de protestation le lendemain à Haymarket Square. Quelques milliers d'ouvriers s'y retrouvent pacifiquement. Près de deux cents policiers arrivent sur les lieux pour disperser ce rassemblement. C'est alors qu'une bombe explose dans les rangs des policiers (sept morts, soixante-six blessés). La bombe aurait été lancée par un agent provocateur à la solde du patronat de la viande.
Aussitôt, huit dirigeants syndicaux sont arrêtés et passent en jugement, ils seront tous condamnés à mort, sauf un qui prendra quinze ans. Quatre de ces dirigeants syndicaux seront pendus, trois verront leur condamnation commuée en peine à perpétuité, un se suicidera en prison. Lors de la révision de leur procès en 1893, tous seront innocentés. À la fondation de l'AFL (fédération américaine du travail) en 1886, son président, Samuel Gompers (1850-1924), déclarera : La bombe n'a pas seulement tué les policiers, elle a aussi tué notre mouvement pour les huit heures pour quelques années.
Le 1er mai va devenir le point de ralliement des travailleurs du monde entier pour la réduction du temps de travail sans diminution de salaire, mais aussi en souvenir des martyrs de Haymarket.
C'est le 14 juillet 1889, lors du centenaire de la Révolution française, que l'internationale ouvrière décide de faire du 1er mai 1890 la journée de grève pour obtenir les huit heures : huit heures de travail, huit heures de sommeil et huit heures de loisirs. À Paris, la manifestation n'obtient qu'un succès mitigé. En revanche, pour le 1er mai 1891 la foule est plus importante, venant des Bourses du travail, des syndicats professionnels, de travailleurs indépendants. Toutes les composantes du mouvement ouvrier étaient là.
De sanglants 1er Mai
Les manifestations du 1er Mai furent souvent sanglantes, et ce, même récemment. Le 1er mai 1891 va voir ainsi le sang couler, à Paris mais surtout à Fourmies, dans le Nord. Dans cette ville ouvrière près de la frontière belge, une véritable tragédie va avoir lieu. Les travailleurs rassemblés vont se faire charger dès le matin, par les gendarmes à cheval puis par l'armée qui tirera sur la foule désarmée, tuant cinq femmes et quatre hommes. Ils avaient entre 11 et 30 ans! Trois jours plus tard, ils seront plus de 30 000, travailleurs des manufactures, des mines et des ateliers, à accompagner, drapeaux rouges au vent, les neufs martyrs jusqu'à leur dernière demeure. À l'international aussi, beaucoup de 1er Mai ont connu une répression sanglante. Ce fut le cas par exemple en 1929 à Berlin. Les tirs de la police allemande font 33 morts dans la manifestation interdite. Mais c'est à l'État turc, où des 1er Mai sont organisés dans le pays dès 1909, que revient la palme des répressions sanglantes. Ainsi notamment le 1er mai 1977 à Istanbul, où 500 000 manifestants sont présents, la police tire : 37 morts, 200 blessés. D'autres répressions sanglantes suivront en 1989, 1996, 2007 et 2014.