Le dernier film de Rayane Mcirdi, présenté sous la forme d'une exposition, raconte la cassure du départ en retraite, mais aussi l'immigration de travail des années 1960, la délicate intégration des ouvriers d'origine algérienne et la double culture des familles élevées entre les deux rives de la Méditerranée.
J'ai mis longtemps avant de faire ce film pour essayer de comprendre cette génération : l'arrivée en France avant l'indépendance de l'Algérie, l'histoire familiale et le rapport au travail, qui était la seule clef pour sortir de la misère et une manière d'exister.
Ainsi Rayane Mcirdi évoque-t-il son dernier film, Joyeuse retraite papa, actuellement présenté à Paris, sous forme d'exposition. Le réalisateur, habitué à mélanger fiction et documentaire, y puise dans les souvenirs de sa famille franco-algérienne pour esquisser un portrait de son père.
L'exposition se compose d'une dizaine d'extraits vidéo du film, de moins de cinq minutes chacun. Neuf de ces vidéos sont des scènes de fiction tournées autour de l'acteur Zinedine Soualem (l'un des comédiens fétiches de Cédric Klapisch), qui représente pour Rayane Mcirdi l'Algérien dans le cinéma de enfance
. Inspiré par le départ en retraite de son père, le réalisateur a construit un scénario mélange de souvenirs, d'imagination et de cinéma
: le dernier jour de travail à la Snecma, les questionnements sur l'après avec sa famille, un repas avec ses anciens collègues… Le dernier film de l'exposition relève, lui, complètement du documentaire puisque Rayane Mcirdi y interviewe son propre père, attablé en famille, à propos de sa vie professionnelle, de sa jeunesse, du surnom italien adopté.
Le père taiseux vivant pour son travail
La fragmentation du film en séquences, que l'on visionne en déambulant de salle en salle, constitue une succession de chapitres qui permettent de découvrir un peu plus ce père de famille taiseux qui vit pour son travail
et incarne une représentation très universelle d'une génération de pères qui dépasse les origines et les classes sociales. Une plongée pleine d'émotion et de respect dans la trajectoire d'une famille. L'exposition sera également visible à Brest, l'été prochain, à la Passerelle, centre d'art contemporain d'intérêt national.