Des emplois en danger

Rédigé le 24/03/2026
par Clarisse Josselin, Fanny Darcillon, L'inFO militante

Fibre Excellence : FO exige le maintien de tous les emplois

La menace d'un placement en redressement judiciaire plane sur le groupe Fibre Excellence, fabricant de pâte à papier qui emploie 700 salariés dans le sud de la France. FO, premier syndicat à l'usine de Tarascon, revendique le maintien de tous les emplois et de tous les sites.

On ne sait pas ce qu'il va se passer, on est vraiment dans le flou, cette situation ne peut pas durer, prévient Florian Berthon, délégué à l'usine Fibre Excellence de Tarascon, dans les Bouches-du Rhône, où FO est la première force syndicale.

Le 11 mars, le militant était encore à Bercy pour une cinquième réunion avec le Comité interministériel de restructuration industrielle (CIRI), suivie d'une rencontre avec le ministre de l'Industrie. Le militant en est ressorti sans être rassuré sur l'avenir de l'entreprise, qui emploie quelque 700 salariés et génère plusieurs milliers d'emplois indirects.

Silence du côté de l'actionnaire

Fibre Excellence, dernier fabricant de pâte à papier vierge en France, est confronté à de graves difficultés financières, liées notamment à la hausse du prix du bois et à la chute du prix de vente de la pâte. À Tarascon, la production a été stoppée du 2 au 16 mars, faute de matière première. Désormais, c'est l'usine de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, qui est à l'arrêt.

Jusqu'à présent, l'énergie produite par la chaudière à biomasse, brûlant copeaux et déchets de bois, permettait d'équilibrer les comptes dans les mauvaises passes. Mais le prix du rachat du mégawatt par EDF n'a pas été revalorisé et ne couvre pas la hausse des coûts.

Fin février, le ministre de l'Industrie a proposé un plan de sauvetage du groupe à hauteur de 150 millions d'euros, notamment via un étalement des dettes sociales et publiques, mais conditionné à un effort financier de l'actionnaire. Le gouvernement serait également prêt à débloquer quelques millions d'euros pour soutenir la trésorerie. Les discussions se poursuivent mais nous n'avons toujours aucune information du côté de l'actionnaire, déplore Florian Berthon.

Le 6 mars, à l'appel notamment de FO, plusieurs centaines de salariés des deux sites ont manifesté à Toulouse, siège du groupe, pour exiger le maintien de tous les sites et de tous les emplois. C'est aussi un enjeu de souveraineté nationale. Si Fibre Excellence ferme, le marché sera repris par la pâte à papier brésilienne, produit pour lequel l'accord UE-Mercosur réduit drastiquement les droits de douane à l'importation.

Clarisse Josselin

Dordogne : 90% des emplois supprimés aux Papeteries de Condat

On est désolés de vous dire que malheureusement, Condat, c'est terminé, a annoncé Patricia Canto, secrétaire FO du CSE des Papeteries de Condat, aux salariés réunis devant l'usine le 2 mars. Sur décision du tribunal de commerce de Bordeaux, cet ancien fleuron industriel situé au Lardin-Saint-Lazare, en Dordogne, et placé en redressement judiciaire depuis octobre, a été cédé pour un million d'euros au groupe français SPB, porteur d'un projet de reconversion industrielle.

Le nouvel acquéreur, qui reprendra le site au 1er avril, ne conservera que 21 des 200 salariés actuels. Un drame social pour une entreprise qui a employé jusqu'à 1 200 employés et faisait vivre tout le bassin d'emploi.

Enrichissement des actionnaires

Le déclin de Condat, propriété du groupe Lecta, s'est accéléré en 2023 avec l'arrêt de la ligne de fabrication de beau papier. Chaque plan social, tout en laissant croire aux salariés en des lendemains qui chanteraient, n'était que prétexte à capter davantage d'aides financières pour organiser la liquidation et enrichir des actionnaires, et imposer de la régression sociale au personnel, dénonce Pierre Courrege-Clercq, secrétaire de l'UD FO de Dordogne. Il déplore que les alertes lancées alors par les représentants du personnel jusqu'au plus haut sommet de l'État soient restées sans effet.

Clarisse Josselin

Groupe SEB : FO vigilante face aux 500 suppressions de postes sur la base du volontariat

Un nouveau coup porté à l'industrie hexagonale, s'inquiétait la fédération FO Métaux fin février : le groupe français SEB, champion du petit électroménager, a annoncé vouloir supprimer jusqu'à 2 100 postes dans le monde, dont 500 en France, afin d'opérer un retour à une croissance rentable, selon les mots de la direction. Regroupant notamment les marques Tefal, Rowenta ou encore Moulinex, SEB emploie 6 200 personnes en France et se porte bien sur le plan économique. Mais la baisse de la marge opérationnelle, qui s'établit à 7,4% en 2025 contre 9,7% en 2024, a déplu aux actionnaires, dans un contexte où la concurrence chinoise fait rage et où la politique douanière américaine rebat sans cesse les cartes.

Un projet de délocalisation de la R&D

Si les suppressions de postes sont une mauvaise nouvelle pour les salariés, celles-ci se feraient a priori exclusivement sur la base du volontariat (retraite anticipée, ruptures conventionnelles). Les emplois industriels et les sites de production devraient en outre être préservés : sont surtout visés le marketing, les fonctions support, la logistique ou encore les ressources humaines. Le groupe SEB envisage également de délocaliser une partie de sa recherche et développement en Asie. Nos pouvoirs publics ne peuvent plus rester inactifs, Chaque emploi détruit est la conséquence de nos manques d'ambition et de courage pour notre industrie.

Fanny Darcillon