Alors que l'hôpital ne s'est jamais aussi mal porté, que les mobilisations locales de personnels se multiplient et que des patients renoncent aux soins, n'est pour l'instant prônée qu'une énième réforme. Mais pas davantage de moyens.
Le 27 mars, les agents du centre hospitalier Émile-Roux du Puy-en-Velay (Haute-Loire) manifestaient en intersyndicale (comptant FO) pour dénoncer le manque de moyens dans leur établissement. À Laval (Mayenne), tous les agents techniques de l'hôpital ont participé, à l'initiative de FO, à une grève démarrée dans la nuit du 19 mars et poursuivie le 20 afin d'obtenir une rémunération plus juste des astreintes (nuit et week-end). Le 19 mars encore, un préavis de grève illimitée était déposé par FO à l'hôpital du Neubourg, en Normandie, les agents dénonçant les réorganisations successives, les suppressions de postes et la dégradation continue des conditions de travail et de la qualité de la prise en soins
. Au centre hospitalier spécialisé de l'Yonne (Auxerre), les agents manifestaient eux le 6 mars, alertant sur la situation extrêmement préoccupante des effectifs médicaux. Les hôpitaux semblent sur le point de craquer. Or, nombre de patients se tournent vers eux faute de trouver le soin dont ils ont besoin en médecine de ville. D'autres, de plus en plus nombreux, renoncent à se faire soigner. Selon le dernier baromètre de l'accès aux soins (FHF/Ipsos BVA), un Français sur deux se serait déjà rendu aux urgences alors qu'il n'était pas en situation d'urgence médicale. Et près de trois sur quatre (73% contre 63% en 2024) auraient renoncé à un soin ces cinq dernières années. Plus de la moitié des renoncements sont dus aux délais d'attente et 40% sont liés à des difficultés financières. Face à cette situation, quelles sont les propositions? L'exécutif a missionné l'Inspection générale des affaires sanitaires (IGAS) et l'Inspection générale des finances (IGF) pour objectiver (...) la dégradation massive du déficit des hôpitaux publics, (...) identifier les leviers d'efficience qui peuvent relever de la gestion des hôpitaux, (...) proposer de nouvelles modalités de pilotage du système hospitalier public
. Dans leur rapport rendu public en février, ces inspections alertent sur la situation inédite à laquelle les établissements publics de santé seront prochainement confrontés. Cela en lien direct avec un déficit toujours plus creusé ― 2,9 milliards d'euros en 2024 ― dont l'État est en grande partie responsable, notamment par sa compensation financière insuffisante des mesures salariales du Ségur de la santé décidées en 2020. Des mesures qui depuis, et sur fond de gel des traitements/salaires, n'ont pu empêcher le pouvoir d'achat des hospitaliers de reprendre sa course vers le bas.
Une offre hospitalière territorialisée
L'IGAS et l'IGF demandent aux pouvoirs publics d'assumer une politique de transformation territoriale de l'offre hospitalière
. Elles prônent des mesures urgentes, telles que réinterroger les projets d'investissement du Ségur ou maîtriser les recrutements médicaux, le recours au travail additionnel et l'organisation de la permanence des soins afin de modérer l'évolution des dépenses en personnel médical
. Est aussi prôné d'accélérer le développement de l'ambulatoire, de l'hospitalisation à domicile, de mutualiser les fonctions support et médico-techniques, de réorganiser l'offre de soins au niveau territorial (prise en charge des patients chroniques par des filières de proximité, organisation des établissements dans une logique de groupe à l'échelle territoriale...). FO, quant à elle, demande toujours des moyens pour l'hôpital et pour les soignants. En somme, des bras et des lits.