Loi Travail en Argentine, augmentation du Smic en Espagne, taux d'emploi des seniors en Allemagne, étude du système de retraite britannique…, l'IRES se penche sur les récentes évolutions législatives et réglementaires de plusieurs pays. Quatre travaux de recherche très instructifs à découvrir.
Le dernier numéro de la Chronique internationale de l'IRES (Institut de recherches économiques et sociales) * s'intéresse aux récentes évolutions du travail en Argentine, Espagne, Allemagne et au Royaume-Uni. Les réformes et débats y sont replacés dans le contexte politique et économique propre à chacun.
L'Argentine présente l'évolution la plus frappante avec l'arrivée au pouvoir en 2023 du libertarien
Javier Milei, élu sur la promesse de mettre fin à l'inflation, de déréguler l'économie et d'en finir avec le déficit budgétaire. Un article très complet de Virginia Mellado discute des premiers résultats économiques de son programme, chronique l'implantation progressive du parti présidentiel et revient sur la réforme visant à moderniser le travail
, votée en février 2026. Ce dispositif affiche l'objectif d'encourager la création d'emplois déclarés. Il diminue pour cela globalement le montant des cotisations salariales, ainsi que celui des indemnités de licenciement et restreint sévèrement le droit syndical (heures de délégation plafonnées à dix, autorisation patronale nécessaire pour toute réunion, droit de grève très limité...).
Le succès économique espagnol
L'Espagne est l'objet d'un second article signé Catherine Vincent. Le pays connaît en effet une situation économique dynamique malgré l'absence de budget voté depuis trois ans. Depuis 2018, l'exécutif s'est fixé comme priorité la lutte contre la précarité et a engagé une politique de réformes sociales : allongement du congé de naissance, création d'un revenu minimum vital, forte hausse du salaire minimum. Ce dernier a été augmenté de 66% en huit ans. De nouveaux impôts ont été créés sur les multinationales, les banques et les énergéticiens, cela contribuant à diminuer le déficit public. La lutte contre les contrats courts semble porter ses fruits même si celle-ci résulte surtout, indique l'auteure, du développement de contrats fixes discontinus
(sorte de CDI saisonniers) soumis à critique. En revanche, la perspective d'une loi sur la réduction du temps de travail s'éloigne au fil du détricotage des coalitions politiques (le pays ne disposant pas d'une majorité parlementaire).
Jeanne Fagnani s'est quant à elle intéressée à l'emploi des seniors en Allemagne et au travail des retraités. Si le taux d'emploi des plus de 55 ans y est supérieur à celui de la France (75,2% contre 60,4%), c'est notamment car les conditions de travail y apparaissent meilleures et que la discrimination par l'âge y est moins fréquente. Ces deux facteurs influent également sur le cumul emploi/retraite qui concerne environ 10% des retraités allemands, combinés avec des incitations fiscales et… la faiblesse des pensions de retraite (le taux de pauvreté des retraités outre-Rhin flirte avec les 20%).
Enfin, le dernier article du numéro plonge dans la complexité du système de retraite britannique, déjà maintes fois réformé et que le gouvernement actuel envisage à nouveau de modifier. Il repose sur une pension d'État (issue des cotisations au système de sécurité sociale) et des régimes complémentaires. Ceux-ci sont généralement basés sur des fonds de pension et la capitalisation. 80% des salariés cotisent à un tel système. Ces régimes, auxquels l'inscription n'est pas obligatoire, défavorisent les bas salaires et les travailleurs qui changent souvent d'emploi. Le gouvernement ambitionne de les fusionner et de mobiliser leurs réserves pour favoriser les investissements dans les infrastructures et les secteurs économiques en croissance.
* Chronique internationale de l'IRES, n° 193, mars 2026.