L'invalidation du PSE d'Auchan ouvre la voie à des indemnités supplémentaires pour les salariés licenciés et à une reconnaissance du groupe Mulliez. Franck Martinaud, délégué syndical FO d'Auchan Retail et la FGTA FO se félicitent de cette décision de justice, mais anticipent de longues procédures à venir.
Une avancée majeure
. La Fédération générale des travailleurs de l'alimentation, des tabacs et des services annexes (FGTA FO) a salué l'invalidation du plan de sauvegarde de l'emploi d'Auchan Retail, PSE conduisant à 2 389 suppressions d'emplois. Dans un jugement rendu le 7 janvier, la cour administrative d'appel de Douai a estimé en effet que les informations transmises par Auchan aux CSE des huit sociétés concernées par le PSE n'ont pas permis à ces derniers d'émettre un avis éclairé sur l'opération. C'est une double victoire pour FO
, déclare Franck Martinaud, délégué syndical FO d'Auchan Retail.
Une victoire pour les salariés concernés par le PSE. Une victoire aussi contre l'empire Mulliez, premier employeur de France avec 175 000 salariés travaillant à Decathlon, Leroy Merlin, Cultura, Saint-Maclou, Kiabi, Boulanger, Kiloutou, Norauto... Un empire qui refuse d'être considéré comme un groupe. C'est l'un des enjeux de cette décision de justice. Preuve de l'importance du sujet, Auchan a immédiatement saisi le Conseil d'État, l'ultime recours dans les procédures administratives.
Double victoire
Cumulant les difficultés ces dernières années, Auchan avait annoncé un PSE fin 2024, auquel trois syndicats adhèrent alors par un accord largement majoritaire, validé quelques semaines plus tard par l'administration. C'est cet accord qui vient d'être invalidé. FO a refusé de signer ce PSE au rabais et à géométrie variable d'une entreprise à l'autre
, rappelle Franck Martinaud. Un des CSE, de concert avec des syndicats non-signataires, dont la FGTA FO, attaquent alors le PSE en justice. Cette action n'interrompt pas l'opération pour autant. Auchan procède aux premiers licenciements en juin 2025. Actuellement, sur les 2 389 salariés concernés, 200 sont partis dans le cadre de mesures d'âge; 300 ont été reclassés dans Auchan; une centaine travaillent dans des magasins eux-mêmes cédés ensuite à des repreneurs; une autre centaine (congés maternité, arrêts maladie de longue durée, salariés protégés...) restent salariés d'Auchan; les autres ont été licenciés, rappelle Franck Martinaud. Soit autour de 1 700 salariés.
Indemnités complémentaires
L'invalidation du PSE va avoir deux conséquences pour les salariés. La première, immédiate, est que les salariés (une centaine) concernés par le PSE et encore en poste à Auchan «ne pourront plus être licenciés», indique le délégué FO. Pour les salariés déjà licenciés, l'enjeu est d'obtenir des indemnités supplémentaires devant les prud'hommes. Six mois de salaire, estime Franck Martinaud. Mais, à condition qu'ils saisissent les prud'hommes. Or les prud'hommes attendront la décision du Conseil d'État; ils ne rendront pas de jugement avant deux ans
, analyse le militant. Sans présager des éventuels appels de jugement par l'entreprise. Les salariés estimeront-ils que le jeu en vaut la chandelle? Je ne sais pas, indique Franck Martinaud, car ce sera une longue procédure, mais je l'espère, car cela a du sens
. Le PSE n'ayant pas été annulé – mais invalidé –, les salariés licenciés ne seront pas réintégrés dans Auchan.
Un jalon vers la reconnaissance du groupe
La décision du 7 janvier entraîne une autre conséquence : la reconnaissance implicite du groupe, même s'il y a encore du travail
pour aboutir, estime Angélique Bruneau, secrétaire générale adjointe de la FGTA FO. Dans son jugement, la cour administrative d'appel explique en substance qu'Auchan Retail est contrôlé par trois sociétés, qu'Auchan aurait dû mettre à disposition des instances représentatives du personnel consultées sur le PSE les données de ces trois sociétés, et qu'en ne le faisant pas, Auchan n'a pas permis à ces différentes instances d'émettre régulièrement un avis sur
le PSE. D'où l'invalidation.
Communauté de dirigeants
Car quoique distinctes, ces trois sociétés (dénommées Acanthe, Valorest et Cimofat) ont les mêmes instances dirigeantes, des sièges sociaux établis à la même adresse, des objets sociaux similaires et des actionnaires qui ne peuvent être que des descendants de Louis et Marguerite Mulliez-Lestienne. Or ces trois sociétés jouent un rôle important dans l'empire Mulliez. Dès lors, ne faut-il pas demander dès maintenant la reconnaissance du groupe Mulliez? w>s'interroge Franck Martinaud. Socialement, ce serait très intéressant
. Car avant de licencier ses salariés, une entreprise doit les reclasser dans les autres entreprises du groupe auquel elle appartient. Les vendeurs d'équipements à Auchan auraient pu être reclassés chez Boulanger
, qui se porte bien, illustre Angélique Bruneau. Auchan ne veut pas en entendre parler, rappelle Franck Martinaud. Si Mulliez se bat depuis des années pour ne pas être reconnu comme groupe, c'est qu'il y a un intérêt
.
Secteur en difficulté
Quant aux autres salariés d'Auchan, ceux qui ne sont pas concernés par le PSE, il sont inquiets pour l'entreprise; certains se demandent si ce n'est pas le début du démantèlement d'Auchan
, témoigne le délégué FO. Le climat a encore été un peu plus plombé après qu'Auchan a annoncé, en novembre, qu'il mettait en franchise ses 300 supermarchés au profit d'Intermarché et de Netto. Plus généralement, le secteur de la grande distribution ne va pas bien, principalement les groupes intégrés, qui doivent supporter des frais de siège
, constate Angélique Bruneau.
Avant celui d'Auchan, le PSE de Casino en 2024 avait entraîné la destruction de 4 000 emplois, incluses les suppressions d'emplois intervenues dans les magasins transférés à Intermarché, Auchan et Carrefour (lire : Casino : un plan social qui n'en finit pas).