Esquisse de 2026 à l'aune des prévisions statistiques

Rédigé le 20/02/2026
par Ariane Dupré, Valérie Forgeront, Clarisse Josselin

Emploi, salaires, chômage, logement, croissance, inflation… À quoi va ressembler cette année 2026 qui débute? Nulle question de lire dans le marc de café. Il s'agit ici de s'en référer à quelques indicateurs économiques et données statistiques afin d'appréhender, en dix thèmes, la tonalité de l'année en cours. Au vu des différents éléments, et sans surprise, 2026 ne s'annonce pas plus douce aux travailleurs que l'année précédente. Ce qui conforte FO dans sa ténacité à faire aboutir ses revendications en moult domaines.

Croissance, consommation, inflation : des prévisions et des réserves

Du mieux peut-être en 2026 mais la prudence est de mise : ainsi pourraient être résumés les prévisions et
commentaires des différents observateurs économiques. Sur l'année 2025, le produit intérieur brut est en progression de 0,9% (après 1,1% en 2024), mieux que ce que prévoyait le gouvernement (+0,7%).
Pour cette année 2026, la croissance se situerait à ou autour de 1%, mais prudence, donc. Alors que la croissance est tirée traditionnellement, pour plus de la moitié, par la consommation des ménages, reste
à savoir à quel niveau sera cette dernière. Cela avec en toile de fond une inflation attendue à 1,3%, contre 0,9% en 2025 selon la Banque de France. Si au quatrième trimestre de 2025 la consommation des ménages croît de 0,4%, après 0,1% au trimestre précédent, sur l'ensemble de l'année elle progresse de 0,4% contre 1% en
2024, constatait l'Insee dans son enquête du 30 janvier. Signe des difficultés des ménages, en décembre leurs dépenses de consommation étaient en repli de 0,6% en volume, après une baisse de 0,3% en novembre. Au dernier mois de 2025, note l'Insee, la consommation alimentaire a encore baissé, cette fois de 0,9%, celle
des biens fabriqués est en fort recul, à -1%. Les dépenses dans le domaine textile et habillement ont diminué de 2,1%. Seule la consommation d'énergie est en hausse, de 0,8%.

Des salaires toujours à la traîne

Les ménages consomment moins, et lorsqu'ils le peuvent ils se constituent plus que d'habitude une épargne de précaution. Sachant que leur pouvoir d'achat apparaît plus que terne (en hausse de 0,1% par unité de consommation en 2025), du fait principalement de salaires dont la progression limitée n'a toujours pas permis de rattraper les pertes de la période de forte inflation de 2021 à 2023, la consommation des ménages est impactée. Ce pouvoir d'achat en berne est dû notamment au «faible dynamisme des prestations sociales», et «de la masse salariale», analyse l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). En 2026, selon
l'Insee, la consommation serait de 0,7% à l'issue du premier semestre. La Banque de France la voit à 0,8% pour l'ensemble de l'année, tout en mettant des bémols et en s'apprêtant à réviser ses prévisions à la baisse.

Valérie Forgeront

Le chômage toujours en hausse, surtout chez les jeunes

L'objectif du plein-emploi porté par le chef de l'État semble de plus en plus inatteignable. Le taux de chômage au
sens du BIT a de nouveau augmenté au quatrième trimestre 2025 pour atteindre 7,9% de la population active, soit le plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2021, selon les chiffres dévoilés le 10 février par l'Insee. Chez les 15-24 ans, il atteint 21,5%, en hausse de 2,4 points sur un trimestre et de 2,8 points sur un an.

Quant au ministère du Travail (Dares), il estime que le nombre de demandeurs d'emploi sans activité (catégorie A) inscrits à France Travail, hors Mayotte, a augmenté, sur la même période, de 2,6% sur trois mois et de 6,8% sur un an, selon les données publiées le 29 janvier. Compte tenu des chômeurs en activité réduite (catégories B
et C), la hausse est de 1% sur un trimestre et de 4,8% sur un an.

Chez les jeunes, la hausse est de 23,6% sur un an en catégorie A (sans activité) et de 17,1% en catégories A, B et C (avec ou sans activité réduite).

«Retournement» de tendance

Le ministère du Travail apporte un bémol à cette forte progression en rappelant l'inscription automatique, depuis janvier 2025, de l'ensemble des personnes sans emploi, en application de la loi Plein emploi. Il souligne aussi l'impact de la réforme du régime de sanction, qui a réduit le nombre de radiations automatiques depuis juin
dernier.
Mais Éric Heyer, économiste à l'OFCE cité par l'AFP, interprète cette hausse par «une forte dégradation du marché du travail au quatrième trimestre», sans lien avec la loi Plein emploi. Il évoque, après des années de baisse ou de stabilisation du chômage, un «retournement» depuis le troisième trimestre 2024 et pointe notamment la hausse du nombre de demandeurs d'emploi de longue durée (+7,8% en un an). En octobre dernier, l'OFCE anticipait une hausse du taux de chômage de 0,4 point en 2025 et de 0,5 point d'ici fin 2026, pour atteindre 8,2% de la population active.

Clarisse Josselin

Emploi : après une année difficile, une éclaircie très incertaine en 2026

Selon l'Insee, le produit intérieur brut augmenterait sur le premier semestre 2026 au rythme de 0,3% par trimestre, permettant d'espérer une croissance à 1% en milieu d'année. Le gouvernement table lui sur une crois-
sance de 1% pour 2026, contre 0,9% en 2025. La croissance sera-t-elle suffisante, soit au moins égale à 1%, pour induire des créations d'emplois cette année? Rien n'est moins sûr même si quelques signaux positifs apparaissent dans les intentions d'embauche. Après deux années noires, le dernier baromètre de l'Apec
prévoit ainsi une remontée concernant les intentions d'embauche de cadres au premier trimestre 2026 (+3 points par rapport à décembre 2024), surtout dans les grandes entreprises. Le baromètre Manpower sur des perspectives d'emploi au premier trimestre 2026 indique lui que 35% des entreprises prévoient d'embaucher entre janvier et mars. C'est six points de plus qu'au dernier trimestre 2025. Mais il est à noter que le niveau de ces intentions d'embauche est inférieur de deux points à celui du premier trimestre 2025.

Les PSE en hausse de 10,6% sur un an

À l'évidence, la situation de l'emploi demeure très fragile. Au dernier trimestre 2025, note l'Insee, l'emploi salarié a diminué de 0,1%, soit 28700 emplois en moins dans le secteur privé. Sur un an, 40800 emplois ont été détruits. Les annonces de plans sociaux ont particulièrement marqué l'année 2025. Selon la Dares, 156 PSE ont été validés au troisième trimestre, impactant 12278 salariés. Sur un an, le nombre de PSE a augmenté de 10,6%. Les défaillances d'entreprises restent quant à elles inquiétantes, souligne le Conseil national des adminis
trateurs judiciaires et des mandataires judiciaires. Le CNAJMJ a ainsi recensé 68057 entreprises entrées l'an dernier en procédure de liquidation ou de redressement judiciaire, soit une hausse de 3,5% par rapport à 2024. Parmi elles, NovAsco ou encore Arc (4000 salariés), qui, placée en redressement judiciaire en janvier dernier, devait connaître le 17 février les propositions finalisées de deux candidats repreneurs.

Ariane Dupré

Salaires : des augmentations 2026 en net repli

Les négociations salariales pour 2026 s'annoncent tendues. Chez EDF par exemple, les NAO à l'automne n'ont
abouti à aucun accord. La direction a décidé unilatéralement en décembre d'appliquer une augmentation individuelle de 1,65%, suscitant la colère de FO. Plus largement, si la bataille pour les hausses de salaire
revient chaque année, les difficultés de négociation s'accroissent pour les salariés. En cause notamment, le prétexte pour les employeurs d'une inflation prévue à 1,3% (selon la Banque de France) en 2026, ce qui tirerait les revalorisations vers le bas. Une étude du cabinet Alpha, qui a passé en revue huit cents accords de NAO signés fin 2025, montre ainsi un repli concernant les revalorisations déjà obtenues pour 2026. Et cela pour la troisième année consécutive. L'augmentation salariale moyenne s'élève en effet à 1,73% pour 2026, contre 2,27% en 2025 et 3,5% en 2024. Par ailleurs, selon une étude du cabinet Hays, seules 65% des entreprises envisageraient d'accorder des augmentations en 2026. Et près de la moitié prévoient des hausses inférieures à 2%.

Toujours le tassement des grilles

Depuis le choc inflationniste de 2021, la perte de pouvoir d'achat des salaires est loin d'avoir été totalement comblée. Et désormais, la progression des salaires accuse un net ralentissement. Le salaire mensuel de base (SMB) des salariés du privé n'a progressé que de 0,2% au cours du quatrième trimestre 2025, contre +2% au
trimestre précédent, indique la Dares. Sur un an, le SMB a augmenté de 1,7%, mais de moins de 1% en prenant en compte l'inflation (+0,9% sur 2025). Du côté des NAO de branches, les négociations sont âpres pour
faire évoluer les minima salariaux conventionnels. Les employeurs «se contentent de remettre en conformité avec le Smic les minima conventionnels, cela conduisant à un tassement des grilles de salaires», soulignait FO lors du dernier comité de suivi des salaires dans les branches en octobre. Alors qu'au sein des grilles conventionnelles, les écarts entre les échelons se réduisent, FO exige toujours le retour à une échelle mobile des salaires afin de lutter contre ce phénomène de tassement. Et donc contre la Smicardisation des
salaires.

Ariane Dupré

La crise du logement s'aggrave

«2 025, une année noire sur le logement », a alerté début février, en présentant son 31 e rapport annuel, la Fondation pour le logement des défavorisés. Elle estime à 4,2 millions le nombre de personnes sans logement
ou mal logées, hébergées par un tiers, habitant un logement vétuste, surpeuplé…

La liste d'attente pour un logement social atteint un niveau inédit. Fin 2024, on estimait à près de 2,8 millions les demandes non encore pourvues, selon l'Union sociale pour l'habitat (USH) qui fédère les bailleurs sociaux. Avec 385000 logements attribués en 2024, seule une demande sur sept a été honorée. Ce déséquilibre touche tout
le territoire, y compris là où il y a peu de tension sur le logement.

Un nouveau dispositif fiscal type Pinel

Le parc locatif privé est quant à lui victime de pénurie. Fin janvier, pour sortir de la crise, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé un plan global dit «Relance logement». Son objectif, que deux millions de logements soient construits d'ici à 2030, soit 400000 par an (contre 272000 mises en chantier d'octobre 2024 à
septembre 2025). Il prévoit la construction de 125000 logements sociaux dès 2026, grâce à une réduction
des prélèvements sur les bailleurs sociaux.
Un nouveau dispositif d'incitation fiscale à l'investissement locatif à destination des particuliers va aussi
être lancé, du nom de l'actuel ministre du Logement, Vincent Jeanbrun. Il prendra la suite du dispositif Pinel, stoppé fin 2024, notamment en raison de son coût élevé pour les finances publiques : plus de 7 milliards d'euros
cumulés en dix ans, selon la Cour des comptes.

Clarisse Josselin

Au contraire des ménages, les entreprises pleines de confiance dans l'avenir

En janvier 2026, note l'Insee, la confiance des ménages (dans l'économie, leurs possibilités financières, l'em-
ploi…) est restée «stable» sur un mois. Mais à bas niveau. L'indicateur économique, synthétisant différents
paramètres, affiche 90. Il est donc bien inférieur à la moyenne de longue période calculée depuis 1987 et fixée à 100. Cela montre les craintes et la prudence qui perdurent chez les ménages. L'indicateur avait plongé lors de la crise Covid en 2020, puis en 2021 lors de celle de l'énergie. Depuis, il n'est jamais repassé au-dessus de la moyenne.

Le «regain d'optimisme» des patrons

Autre catégorie, autre ambiance... Du côté des entreprises, la confiance reprend des couleurs et renoue avec
des scores oubliés depuis 2022. En janvier, l'indicateur (selon l'enquête de Tradingeconomics auprès de 4000 entreprises) a grimpé à 105,20 contre 102,30 en décembre. Donc au-dessus de la moyenne de 100. Cette confiance, dans l'économie et dans les perspectives pour les entreprises, perdurerait au moins jusqu'en fin d'année. Ce «regain d'optimisme» est aussi la conclusion de la «grande consultation» menée en janvier dernier par le réseau des CCI auprès d'entrepreneurs. Lesquels font part aussi de leurs demandes. Ils pressent ainsi le gouvernement d'agir sur différents thèmes et en priorité sur la fiscalité. Soixante et un pour cent des patrons le souhaitent, note l'enquête, indiquant que «les charges réglementaires sont (…) considérées comme le frein majeur au développement économique». Rappelons que ce que les patrons qualifient de «charges», ce sont en réalité les cotisations sociales employeurs, lesquelles bénéficient – qui plus est sans condition – d'un système d'allègements induisant pour les comptes sociaux un manque à gagner de près de 80 milliards d'euros par an.

Valérie Forgeront

Investissements publics : un moteur qu'il ne faudrait pas gripper

Comment se tiendront les investissements publics en 2026? Une inconnue, accompagnée déjà de
prudence. Alors que le financement global de ces investissements s'est légèrement redressé entre 2024 et 2025 (passant d'un repli de 1,3% en volume à une hausse de 0,2%), celui des administrations publiques a fortement reculé, de +4,7% à -0,5%. Les dépenses d'investissement des ménages sont, elles, passées de -5,6% en 2024 à +0,8% en 2025. Toujours faibles, donc. L'investissement (privé) des entreprises, de son côté, à la faveur d'une
confiance en hausse, se redresse, à 0,5% fin 2025 contre 0,2% fin 2024. En Europe, la France est l'une des championnes du financement de l'investissement public. Il représente 5,5% de son PIB. La France se situait en 2024 au huitième rang européen, mais en tête des pays ayant des économies comparables à elle. Ce finan-
cement représentait 9,6% des dépenses publiques en 2024. L'investissement public, par ses effets en cascade, participe à doper la croissance et donc l'emploi. Par exemple, 200000 emplois salariés marchands peuvent être créés sur deux ans après la décision d'une hausse de l'investissement ayant induit un effet multiplicateur sur le PIB de 1,4 point. «Pour la France, le modèle macroéconomique de l'Insee et de la direction générale du Trésor conduit à estimer cet effet multiplicateur d'un investissement public à 1,3 au bout d'un an puis 1,2 au bout de trois ans (contre 0,4 et 0,9 pour une baisse de la CSG, par exemple)», rap pelait en mai dernier une étude du site économique Fipeco.

Le rôle crucial des collectivités locales

L'investissement public est notamment assuré à 54% par les collectivités locales et à 38% par l'État et ses opérateurs. Signe de l'austérité qui perdure sur les dépenses publiques, la loi de finances pour 2026 a par exemple supprimé 1,1 milliard d'euros au programme France 2030, lancé en 2021 et prévoyant des investissements à hauteur de 54 milliards d'euros sur cinq ans. En matière énergétique, la loi a aussi substitué
des certificats d'économie d'énergie aux crédits budgétaires. De leur côté, après avoir subi des réformes (taxe
d'habitation, CVAE…) qui ont impacté leurs ressources, les collectivités locales, une nouvelle fois soumises à une diète budgétaire en 2026 (pour 2 milliards d'euros d'économies), risquent de diminuer leurs investissements. D'autant plus en cette année d'élections municipales. Or, ces collectivités ont notamment un rôle majeur dans la mise en œuvre de la transition écologique.

Valérie Forgeront