YKK : en Turquie, le droit de s'organiser foulé aux pieds

Rédigé le 01/10/2026
par Fanny Darcillon, L'inFO militante

Le fabricant de fermetures éclair refuse depuis deux ans à ses salariés le droit de se syndiquer et de négocier collectivement leurs droits.

C'est une marque que presque tout le monde en Europe porte sans même le savoir. YKK, groupe japonais spécialisé dans les produits dits d'attache, commercialise notamment les fermetures éclair qui font tenir les pantalons de très nombreuses enseignes de prêt-à-porter. Trois lettres qui cachent une réalité difficile pour les travailleurs de l'entreprise en Turquie. Dans l'usine de Çerkezköy, alors que le syndicat Petrol-İş a reçu du ministère du Travail l'autorisation officielle de s'implanter en mai 2024, 670 ouvriers continuent de se voir privés de leur droit de s'organiser et de négocier collectivement.

Dénonçant des pressions et des intimidations de l'employeur, l'organisation IndustriALL – qui regroupe 550 syndicats à travers le monde – s'est fait l'écho de la lutte des salariés de YKK. Des mesures disciplinaires ont été prises pour empêcher le syndicat de s'implanter, à commencer par la démission forcée de 44 membres au lendemain de l'autorisation de Petrol-İş. Une répression dans laquelle le gouvernement turc joue un rôle trouble, explique Branislav Rugani, secrétaire confédéral du secteur international de FO : Comme de nombreux syndicats turcs, Petrol-İş n'est pas très indépendant du gouvernement. Mais l'attitude de ce dernier est extrêmement paradoxale : d'un côté ils reconnaissent certains syndicats, de l'autre ils incitent les entreprises à casser toute velléité d'organisation.

Un enjeu de vigilance internationale

Dans son indice 2026, la Confédération internationale des syndicats (CSI) classait la Turquie parmi les dix pires pays au monde pour les travailleurs et les travailleuses. Face à cette situation particulièrement dégradée, le secrétaire général d'IndustriALL, Atle Høie, appelle à une réaction forte des entreprises clientes d'YKK : Nous appelons toutes les enseignes concernées à user de leur influence dès à présent pour exiger que YKK engage sans délai un dialogue constructif avec Petrol-İş. H&M, Adidas ou encore Puma ont signé des déclarations en ce sens, sans pour autant peser réellement dans le rapport de force afin d'exiger des changements concrets.