Laurent Fresno : A Val d'Isère, on peut encore faire du syndicalisme offensif

Rédigé le 15/02/2026
par Clarisse Josselin, L'inFO militante

Laurent Fresno, 45 ans, est conducteur de télésiège à Val d'Isère, en Savoie, et coordinateur FO à la Compagnie des Alpes. Grâce au rapport de force établi par le syndicat, les salaires ont doublé en vingt ans dans les remontées mécaniques de la station et le rythme de travail s'est amélioré.

Pour Laurent Fresno, 45 ans, travailler en montagne était un rêve d'enfant. Après un master de géographie, ce Savoyard s'est octroyé une saison d'hiver dans les remontées mécaniques, à Val d'Isère, avant, pensait-il, de chercher un emploi dans son domaine. Mais il n'en est jamais reparti. Désormais conducteur de remontées mécaniques, il assure le fonctionnement, la surveillance, et la maintenance d'un télésiège débrayable.

Six mois par an, de mi-novembre à fin mai, il monte en station pour un CDD saisonnier renouvelé d'année en année, la convention collective lui assurant une priorité d'embauche, «une vraie sécurité». Chose assez rare dans le secteur, il bénéficie d'un logement mis à disposition par son employeur, la société Val d'Isère Téléphériques. Sinon, je n'aurais pas les moyens de me loger dans la station, poursuit-il. Il ne redescend auprès de sa famille, près d'Albertville, que pour ses jours de repos.

La saison d'hiver terminée, Laurent Fresno s'accorde des congés avant d'attaquer son deuxième emploi saisonnier, chef d'équipe pour la cueillette des pommes et des poires. J'ai dû essayer plusieurs choses avant de trouver deux métiers qui s'accordent au niveau temporel sans se chevaucher, explique-t-il.
Il a adhéré à FO dès sa deuxième saison d'hiver, en 2006. La première année, comme l'employeur déduisait le logement de ma feuille de paie, je touchais moins que le Smic. Avec une marge nette de 20%, l'entreprise pouvait mieux faire sur les salaires. J'ai voulu que les choses s'améliorent, raconte le militant.

Un business très rentable

Il contacte deux syndicats pour s'informer sur la grille des salaires et les classifications. FO a été le premier à me répondre. Le secrétaire général de l'UD de Savoie et son adjoint sont venus me rencontrer et ils m'ont proposé d'être délégué syndical. Même si je ne me sentais pas les épaules pour endosser ce mandat, je n'ai pas dit non. J'étais jeune et motivé et j'avais une culture syndicale par mon père, délégué dans son entreprise, ajoute-t-il.

Peu de temps après, le groupe familial Sofival cède l'exploitation des remontées mécaniques de la station à la Compagnie des Alpes, l'un des leaders du marché. Grâce à un appel à la mobilisation suivi par cent cinquante saisonniers, on a pu négocier un accord avec une avancée majeure sur les salaires, on s'est recalibrés sur les standards des grosses stations française, se félicite Laurent Fresno.

FO est toujours le seul syndicat implanté dans l'entreprise, qui emploie trois cent vingt personnes. Le militant est fier des avancées obtenues en vingt ans. Le salaire des saisonniers a doublé sur cette période. Et il y a trois ans, le rythme de travail est passé de six à quatre jours de travail d'affilée, suivis de deux jours de repos, sans perte de salaire.

Le business est très rentable, le gâteau grossit d'année en année et on a la possibilité d'aller en chercher une part, grâce au rapport de force établi par FO. L'activité n'est pas délocalisable et elle se déroule sur une temporalité très ramassée. Si on bloque tout, l'impact sur le chiffre d'affaires est direct. On n'en abuse pas, mais quand on sent qu'il n'y a pas d'espace de négociation et de progrès social, on remet les pendules à l'heure, explique-t-il.

200 petites stations en survie

Malgré une activité syndicale bien chargée, Laurent Fresno, également coordinateur FO à la Compagnie des Alpes et secrétaire adjoint du syndicat des remontées mécaniques et domaine skiables RMDS-FO, tient à passer un maximum de temps sur son télésiège. J'aime mon métier et je ne veux pas être déconnecté de la réalité du terrain. C'est aussi de là que je tire ma légitimité, je vis la même chose que mes collègues, explique-t-il.

Le militant a bien conscience que la situation n'est pas aussi favorable dans le reste de la branche. Contrairement aux stations d'autres vallées ou de plus basse altitude, Val d'Isère, qui culmine à 3 200 mètres, n'est pas menacée à court terme par le manque de neige et la saison d'hiver est très longue, de fin novembre à début mai. Il y a un énorme écart entre les quelques grosses stations et les 200 autres, qui sont en survie et où les conditions de travail sont à des années-lumière. Selon la météo, elles ouvrent un mois et demi ou deux mois par saison. Comment s'organiser avec de telles incertitudes sur la durée du contrat? Et dans les vallées, quand on enlève les activités de ski, il ne reste plus grand-chose. Il y a plein de massifs où le modèle est à bout de souffle et s'il n'y a rien d'autre, les salariés seront obligés de partir, déplore Laurent Fresno.