Un sondage consacré au dialogue social -réalisé par l'Ipsos pour l'association Dialogues-, montre que la majorité des salariés n'en connait ni les méthodes ni la teneur ni les aboutissements. Il révèle cependant une réelle envie de se fédérer pour mieux lutter afin d'obtenir des améliorations sur le plan des salaires et des conditions de travail. Analyses de ces résultats et réactions du secrétaire général de FO, Frédéric Souillot, qui participait à la soirée de présentation de ce sixième baromètre du dialogue social.
Le dialogue social, c'est plus de 90 000 accords signés chaque année en France dans les entreprises, plus de 1 000 accords de branche, et une dizaine d'accords nationaux interprofessionnels, même si cela dépend des années
, résumait Frédéric Souillot, secrétaire général de FO, lors de la présentation du sixième baromètre du dialogue social, le 15 octobre dernier. Ce sondage est réalisé chaque année par Ipsos pour l'association Dialogues auprès d'un échantillon représentatif de 1 600 personnes salariées (du privé et du secteur public hors fonctionnaires) constitué de 600 cadres et 1 000 non-cadres, 706 employés dans des PME, 555 dans des ETI et 339 dans de grandes entreprises.
Les données de l'enquête confirment un climat global morose. Lorsqu'on interroge les salariés sur leur état d'esprit dans leur activité professionnelle, le premier sentiment exprimé est la confiance (32%), suivi de très près par la lassitude (31%). Si 23% se disent épanouis et 22% enthousiastes, 20% sont inquiets ou désillusionnés et seuls 17% ressentent de l'espoir.
Le dialogue social, une chose méconnue
L'enquête révèle également que les salariés ont une connaissance très moyenne de ce qu'est le dialogue social. 56% disent qu'ils connaissent peu ou pas son fonctionnement en entreprise, même si cela évoque spontanément les syndicats et instances de représentation du personnel pour 32,3% d'entre eux. Ces chiffres sont améliorés par la présence de représentants du personnel. 41% des personnes interrogées dont l'entreprise possède un représentant syndical pensent spontanément aux syndicats lorsqu'on évoque avec eux le dialogue social; 44% lorsqu'il y a un représentant de proximité et 39% en présence d'élus du personnel.
Dans l'ensemble, quel que soit le statut ou la taille de l'entreprise, 63% sont d'accord pour dire que le dialogue social est une chose compliquée
et une affaire de spécialistes
.
Nous devons être plus pédagogues, expliquer un peu mieux ces choses
a reconnu Frédéric Souillot qui a également regretté que les résultats les plus importants du dialogue social ne fassent pas le buzz
dans les médias, ni l'objet de conférences de presse communes : Avant, quand on signait des accords nationaux interprofessionnels (ANI), il y avait une conférence de presse avec les signataires de l'accord, alors que désormais, chacun fait sa communication dans son coin.
Selon le sondage, 51% des salariés considèrent que le dialogue social existe effectivement dans leur entreprise mais qu'il n'est pas efficace (c'est le cas de 63% des personnels syndiqués). Cela relève avant tout pour eux d'un problème de méthode dans l'entreprise (30% des réponses) mais aussi d'un problème de personnes dans une proportion égale. 28% accusent plutôt un problème d'organisation. Il faut que la volonté de dialogue social soit partagée, a précisé Frédéric Souillot. Ainsi que les moyens que l'on se donne pour le faire vivre sans qu'il y ait du rapport de force en permanence. Il n'y a pas grève tous les jours dans les entreprises, il y a du dialogue et du dialogue qui se concrétise par des accords, même s'ils ne sont pas monumentaux.
La priorité : parler salaires et conditions de travail
Sur le plan des sujets qu'ils aimeraient voir abordés dans le cadre du dialogue social, 58% des salariés interrogés considèrent que leur situation économique devrait être prioritaire dans les prochaines années, devant les conditions de travail (48%). Au besoin, 56% des personnes se disent prêtes à manifester pour défendre leurs intérêts (85% des syndiqués).
Sur le plan de la méthode, 59% considèrent que l'amélioration des conditions de travail passe d'abord par les négociations dans l'entreprise, avant les négociations de branche (26%). Or Frédéric Souillot a tenu à rappeler combien la branche est importante et que c'est ensuite que l'on négocie dans les entreprises.
Ce que les salariés syndiqués, eux semblent davantage reconnaître puisque 32% font davantage confiance aux négociations de branche.
Pour exercer plus d'influence sur les décisions prises dans l'entreprise, 42% citent le fait de se fédérer entre collègues, 39% celui de s'adresser individuellement à la hiérarchie immédiate, 23% de faire grève puis 20% de se syndiquer. Mais se fédérer, c'est adhérer, penser collectivement, c'est se syndiquer
, a observé Frédéric Souillot. Et puis, nous n'avons jamais eu 100% de syndiqués dans les entreprises, mais les collègues parlaient entre eux, alors que depuis les ordonnances travail, nous avons moins de délégués du personnel, moins de représentants de proximité et quelque chose a été perdu, même pour l'ambiance qui règne dans les entreprises.
48% des salariés interrogés déclarent ne pas avoir participé aux dernières élections des représentants du personnel (contre 41% en 2024 et 46% en 2022). Les cadres se montrent plus nombreux à voter (65%) ainsi que les salariés des entreprises de taille intermédiaire (62%). Dans l'ensemble, les votes se fondent assez fortement sur l'argument de proximité avec le candidat puisque 50% optent pour la liste dont ils connaissent personnellement un ou plusieurs membres.
L'appréhension de l'impact de l'intelligence artificielle
Enfin une partie de l'enquête concernait cette année l'intelligence artificielle. 26% des salariés ont une image positive de son arrivée dans l'entreprise et 30% une image négative. Les cadres sont plus nombreux à nourrir une image positive (39%) et les salariés syndiqués sont les moins optimistes, seuls 19% d'entre eux ont une image positive. L'opinion négative est très marquée chez les travailleurs sans diplôme (61%), davantage que chez ceux titulaire d'un bac +4 ou sortant d'une grande école (27%). Dans l'ensemble les salariés craignent pour leur emploi (41%), 35% appréhendent une transformation des métiers et des compétences (les cadres sont 52% à le penser). Seules 28% des personnes interrogées voient un risque lié à l'utilisation de leurs données personnelles.
Sujet d'importance, l'IA au travail devrait prochainement faire l'objet d'un accord national interprofessionnel. Elle est également inscrite à l'agenda social autonome fixé par les organisations syndicales et patronales ainsi qu'au programme du parlement européen où nous y travaillons avec la Confédération européenne des syndicats, a rappelé Frédéric Souillot. Il y aura des discussions et des négociations sur comment seront partagés les gains de productivité obtenus, quel impact cela pourra avoir sur le temps de travail, les conditions de travail, la répartition vie professionnelle vie personnelle.