Alors que le pouvoir d'achat des fonctionnaires affiche une dégringolade d'un tiers depuis le début des années 2000, l'exécutif répond à la demande d'augmentation générale des traitements/salaires indiciaires par une indemnité différentielle dont le seul rôle est de contrer le plongeon mécanique des premiers échelons de certaines grilles sous le Smic revalorisé au 1er juin. La mesure n'a rien à voir avec une revalorisation des grilles indiciaires des trois catégories (A, B et C) et n'est en rien non plus un outil permettant de rendre attractives les carrières de la Fonction publique.
La lettre intersyndicale adressée au Premier ministre le 18 mai pour alerter sur la situation salariale des agents publics a reçu une réponse in extremis. Quelques heures seulement avant la conférence de presse que les huit organisations syndicales représentatives au sein de la fonction publique (dont FO) ont organisé le 3 juin, le ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, a pris la plume pour proposer un rendez-vous salarial au début du mois de juillet
afin de renouer avec le dialogue salarial annuel
. Allusion au départ des syndicats de la revue stratégique 2035-2050 sur la fonction publique annoncé début mai. Nous sommes partis précisément parce que le ministre avait ouvert la rencontre en annonçant qu'il n'y aurait rien sur la table, pas de mesure immédiate relative à l'inflation ou à l'évolution des rémunérations
, précise Christian Grolier, secrétaire général de FO Fonction publique. Alors que FO observe une baisse de pouvoir d'achat de 33% de la valeur du point d'indice depuis 2000 et que ce point est à nouveau gelé depuis 2024. Autant dire que si le «rendez-vous salarial» proposé est placé sous les mêmes auspices, il risque de rapidement tourner court.
L'exécutif mène une politique qui affame le système de rémunération
Dans son courrier, David Amiel considère, lui, que le système de rémunération des fonctionnaires est arrivé en bout de course et devient obsolète
. Il créerait des injustices
et condamnerait à des mesures correctives imparfaites
. Mais l'exécutif mène une politique qui affame le système de rémunération et nous explique aujourd'hui qu'il est obsolète
, s'insurgent ensemble les organisations syndicales. Le ministre rappelle la majoration – publiée le 31 mai – des remboursements des frais de déplacement des agents de l'État et de ceux des établissements hospitaliers utilisant leur véhicule personnel pour les besoins de leur service, à hauteur de 3,2%. Il revient sur l'indemnité différentielle mise en œuvre à l'intention de 862 000 agents publics afin qu'aucun d'entre eux, soit les personnels aux plus bas échelons des grilles, ne voit son salaire indiciaire passer sous le Smic. Il précise encore que la rémunération des agents est formée aussi, à hauteur de 20 à 30%, de primes. C'est la première fois qu'un ministre ose dire que l'indemnitaire permet aux agents d'être rémunérés au-dessus du Smic, Mais dans ce cas, alors il faut aussi que l'indemnitaire soit pris en compte pour le calcul des pensions de retraite.
Exigence d'une revalorisation immédiate
L'intersyndicale maintient plus que jamais sa demande d'une augmentation du point d'indice et FO pour sa part complète en rappelant ses revendications prioritaires. Au-delà ainsi de sa demande de hausse immédiate de la valeur du point d'indice, à hauteur de 10%, l'Union interfédérale FO demande la compensation de la perte subie, par les différents gels, sur la valeur du point d'indice depuis le 1er janvier 2000, l'indexation de la valeur du point d'indice sur l'inflation, des pieds de grille des catégories C, B et A, respectivement à 120, 140 et 160% du Smic. FO Fonction publique demande aussi la suppression de la moindre indemnisation (90% du traitement indiciaire au lieu de 100%) des arrêts maladie courts (moins de trois mois).
Nous souhaitons passer par la négociation mais si l'été passe sans que rien ne bouge, alors il nous faudra construire la mobilisation et établir le rapport de force
, conclut Christian Grolier.