Rapport mondial de l'OIT : les jeunes toujours plus exposés au chômage et au travail informel

Rédigé le 22/09/2026
par Branislav Rugani, Fanny Darcillon, L'inFO militante, Secteur International Europe

Une nouvelle enquête de l'Organisation internationale du travail fait état du manque de perspectives des jeunes adultes à leur entrée dans le monde du travail, partout dans le monde. Les chiffres se dégradent notamment en Europe, traduisant les bouleversements en cours sur le marché du travail. FO se bat pour obtenir des législations protectrices à l'échelle européenne sur la qualité du travail et sur l'intelligence artificielle.

Une nouvelle crise de l'emploi des jeunes : c'est le constat que pose l'Organisation internationale du travail (OIT), agence de l'Organisation des nations unies (ONU), dans son rapport «Tendances mondiales de l'emploi des jeunes 2026 : retours vers le futur» sorti en août. 12,4% des 15-24 ans, soit 67 millions de personnes, étaient au chômage en 2025 – un taux en augmentation dans huit des onze sous-régions du monde par rapport à 2023. L'OIT pointe du doigt le ralentissement de la croissance économique, la faiblesse des créations d'emplois, les tensions géopolitiques et l'accélération des changements technologiques.

Les États arabes et l'Afrique du Nord restent les plus touchés, avec respectivement 26,2% et 22,6% de jeunes chômeurs. Mais les pays à revenu élevé sont loin d'être épargnés. En Europe du Nord, du Sud et de l'Ouest, 20 des 29 pays de la zone voient leur situation se dégrader. En France, le taux de chômage des jeunes s'établissait d'ailleurs à 21,1% en juin 2026, très au-dessus de la moyenne de l'Union européenne (15,5%). Un problème qui ne se résume pas à de simples conséquences économiques : Une génération qui ne parvient pas à accéder à un travail décent ne peut pas construire son avenir avec confiance, déclare en marge du rapport Gilbert F. Houngbo, directeur général de l'OIT.

Des difficultés d'accès à un travail décent

Autre statistique alarmante : la part des jeunes qui ne sont ni en emploi, ni en études, ni en formation (NEET) a elle aussi augmenté, atteignant 20% en 2025 contre 19,7% en 2023, soit 9 millions de personnes supplémentaires dont les perspectives de vie active sont compromises. Beaucoup de métiers qui servaient jusqu'à présent de marchepied aux jeunes lors de leur entrée dans le monde du travail sont en régression, pointe l'OIT : emplois administratifs, de service, de vente ou de l'industrie manufacturière.

Lorsque les jeunes sont exclus des emplois de qualité, les pays perdent des talents, de la productivité et de la cohésion sociale, affirme Gilbert F. Houngbo. Créer des emplois décents pour les jeunes n'est pas seulement un impératif social, c'est aussi l'un des investissements les plus judicieux qu'un pays puisse faire. Dans les pays à faible revenu, dont la population jeune est en forte croissance, c'est bien l'accès à un travail décent qui pose le plus problème : près de 90% des jeunes travailleurs y sont contraints de se tourner vers l'économie informelle, sans protection sociale.

L'impact de l'intelligence artificielle

Le rapport de l'OIT reflète parfaitement ce que notre organisation dénonce depuis longtemps, résume Branislav Rugani, secrétaire confédéral du secteur international chez FO. Différents facteurs entrent en jeu de son point de vue. Les gens partent plus tard en retraite, et les emplois administratifs qui se libèrent sont souvent remplacés par l'intelligence artificielle.. La dévalorisation des métiers manuels, auxquels les jeunes aspirent moins faute de salaires attractifs, achève de créer un décalage entre l'offre et la main d'œuvre. Dans le même temps, précise le rapport, la demande continue de croître pour certaines professions techniques fondées sur les connaissances, notamment dans les domaines des sciences, de la santé et de l'ingénierie, ce qui souligne l'importance de garantir aux jeunes l'accès aux compétences correspondant à l'évolution des besoins du marché du travail.

FO participe actuellement aux négociations de la législation européenne sur les emplois de qualité. Il nous faut aussi une législation qui fasse que l'IA ne nuise pas aux emplois mais aide à travailler mieux, esquisse Branislav Rugani. D'après les estimations de l'OIT, 6,1% des emplois occupés par des jeunes appartiennent à des corps de métier vulnérables face aux bouleversements de l'IA – particulièrement les emplois administratifs. Nous devons renforcer nos investissements dans les compétences, l'apprentissage tout au long de la vie et la protection sociale afin que les jeunes puissent s'adapter aux changements et saisir les nouvelles opportunités, estime en marge du rapport Sukti Dasgupta, directrice du département de l'emploi, des compétences et des entreprises durables de l'OIT. Le progrès technologique, y compris l'IA, doit être au service des jeunes, et non jouer contre eux.

L'OIT préconise ainsi une gouvernance de l'IA centrée sur l'humain, un investissement des pouvoirs publics dans la formation initiale et continue, un meilleur accompagnement des jeunes dans leur insertion professionnelle, de meilleures garanties pour les droits sociaux, et des politiques favorisant les emplois décents. Car l'enjeu ne consiste pas seulement à créer davantage d'emplois pour les jeunes, avertit l'organisation, mais aussi à faire en sorte que ces emplois offrent sécurité, dignité et de réelles perspectives de réussir leur transition vers l'âge adulte.