French Bee : après la grève, l'ouverture de négociations

Rédigé le 05/10/2026
par Thierry Bouvines, L'inFO militante

Après une grève dure des hôtesses et des stewards cet été pendant dix jours, les syndicats de la compagnie aérienne French Bee et la direction sont entrés en négociations sur les conditions de travail et les salaires. Déléguée syndicale FO, Priscyllia Lefevre revient sur les causes du mouvement social.

Un salarié affecté au vol pour New York qui apprend à l'aéroport qu'il est basculé sur la Réunion, des plannings qui changent pendant l'escale, des rotations qui devaient durer 24 heures finalement allongées, des salariés sollicités pendant leurs congés… Les personnels navigants commerciaux (PNC : hôtesses, stewards, chefs de cabine) de la compagnie French Bee naviguent à vue et se mobilisent pour que cela cesse. Les conditions de travail se sont fortement dégradées depuis un an, lorsque l'entreprise a ouvert deux nouvelles destinations vers Montréal et Tahiti, explique Priscyllia Lefevre, déléguée syndicale FO, première organisation de cette compagnie employant 580 salariés dont 410 PNC, filiale de Groupe Dubreuil, qui détient également Air Caraïbes.

Constatant la situation de fatigue des salariés qui ne peuvent plus se reposer du fait de leur rythme de travail ainsi que leurs difficultés à préserver leur vie privée et familiale, FO a activé à peu près tous les leviers prévus par le Code du travail : Deux dangers graves et imminents, un droit d'alerte, une expertise, une alerte à la direction générale de l'aviation civile en charge de la sécurité des vols, une lettre de l'inspection du travail à la direction, liste Priscyllia Lefevre. Rien n'y fait. En avril, le syndicat dépose alors un préavis de grève. Sans avoir à cesser effectivement le travail, les salariés obtiennent de la direction que les destinations auxquelles sont affectés les salariés ne changent plus dans les 48 heures qui précèdent le départ.

Revendication d'un planning plus stable

Mais ce délai de 48 heures n'était pas respecté. La direction changeait les plannings en cours d'escale. Un salarié arrivé à New York pouvait devoir y rester 48 heures de plus. Une hôtesse prévue pour partir pendant 24 heures se voyait ajouter un vol. La direction harcelait les salariés pendant leurs congés pour leur demander s'ils étaient disponibles. Les gens n'en pouvaient plus. Malgré un nouveau droit d'alerte posé début août, rien ne changeait, témoigne Priscyllia Lefevre. Les PNC se mettent alors en grève, entre le 27 août et le 6 septembre, demandant à French Bee douze «jours off» par mois, comme les pilotes, explique Priscyllia Lefebvre-, au lieu de dix actuellement, et un planning fixé quatorze jours à l'avance. Les personnels revendiquent également des augmentations de salaire : l'heure de vol revalorisée de 10% afin de compenser la baisse de la durée des rotations, les cabines toujours plus pleines et l'inflation, précise la déléguée FO. Une partie du salaire des PNC dépend en effet du temps qu'ils passent à enchaîner les vols et les escales. Or en plus d'être imprévisibles, les durées des rotations ont été réduites, et donc le salaire des PNC. Parmi leurs revendications, ces derniers demandent en outre que les heures de nuit soient majorées de 35%, comme les pilotes, au lieu de 25% actuellement.

90% des chefs de cabine en grève

Le mouvement social a été fortement suivi. 90% des chefs de cabine ont fait grève; 241 grévistes se sont déclarés, rapporte Priscyllia Lefevre. En réponse, French Bee a affrété 28 vols afin de faire voyager les clients sur d'autres compagnies et dépensé des millions d'euros pour limiter les conséquences de la grève plutôt que d'améliorer les conditions de travail de ses salariés, pointe la militante. Pendant dix jours, la situation est restée bloquée, la direction refusant de négocier tant que la grève se poursuivait.

Le 4 septembre, la direction nous a dit qu'elle acceptait de discuter mais qu'elle n'avait plus de cadres disponibles pour le faire puisque tous étaient sur le pont du fait de la grève; nous avons donc levé la grève tout en maintenant le préavis, explique Priscyllia Lefevre. Après dix jours d'une grève dure, la direction et les syndicats sont entrés finalement en négociations. Les premières propositions de la direction déçoivent toutefois FO, ainsi les huit jours off flottants supplémentaires par an. C'est en dessous de ce que nous demandons et cela ne donne pas de stabilité aux salariés puisqu'ils pourraient par exemple être quatorze jours off un mois et onze le suivant, déclare la déléguée FO.

La dernière réunion de négociation était prévue le 30 septembre. Les gens ont perdu dix jours de salaire dans la grève, nous ne pouvons pas nous contenter de cette proposition. Si les propositions de la direction ne sont pas satisfaisantes, nous entrerons en grève illimitée, prévient Priscyllia Lefevre.