Mobilisation dans la santé privé et l'action sociale : FO rappelle l'urgence salariale

Rédigé le 10/06/2026
par Chloé Bouvier, L'inFO militante

La petite enfance, le sanitaire, le social et le médico-social, l'insertion ou encore l'aide à domicile… Dans ces secteurs, les premiers niveaux de salaires sont dépassés par le Smic revalorisé. Avec l'intersyndicale, FO a lancé une mobilisation et a porté ses revendications au ministère. Les premières réponses sont plus que partielles.

Pour les métiers essentiels tels que ceux de la petite enfance, de l'aide à domicile, de l'insertion… L'urgence est plus que jamais salariale, alertent FO santé privé et la Fnas-FO. Le 28 mai, au troisième jour de la mobilisation initiée par l'intersyndicale à laquelle participe FO, une conférence de presse s'est tenue dans les locaux de la confédération à Paris. L'occasion de faire le point sur la mobilisation qui a débuté le 26 mai. On n'a pas encore toutes les informations pour dresser un bilan complet, Selon les premiers chiffres, une trentaine de départements se sont mobilisés sous les couleurs de l'intersyndicale. Il y a eu des rassemblements devant les conseils départementaux et les ARS.

Le ministère joue la sourde oreille

Si les syndicats ont été reçus le 27 mai au ministère de la Santé, le conseiller a opposé un «blocage total», constatent-ils, à l'ensemble des demandes. On nous a dit qu'il n'y avait de l'argent pour personne, En revanche, le ministère indique avoir plein de propositions de réorganisation. Car le vrai problème, nous explique-t-on, que nous sommes mal organisés!, ironise le militant.

Le ministère a renvoyé les revendications à d'hypothétiques arbitrages après 2027, indique la Fnas-FO. Une aberration pour la fédération FO qui rappelle que l'argent existe, citant par exemple les 107 milliards d'euros versés en 2025 au titre de dividendes aux actionnaires d'entreprises du CAC 40. C'est une question de répartition de la richesse et donc de choix politiques, souligne David Legrand de la Fnas, rappelant que c'est à l'État de prendre ses responsabilités.

Quatorze milliards d'euros pour le rattrapage des salaires

Les syndicats chiffrent à près de 14 milliards d'euros le montant que représenterait le rattrapage des salaires dans les secteurs. Mais une grande partie de cet argent sera récupéré via les cotisations sociales, l'impôt sur le revenu ou encore, via le pouvoir d'achat, par la consommation, l'argent sera donc réinjecté dans l'économie, souligne Franck Houlgatte.

L'urgence salariale se fait encore plus pressante du fait de la récente revalorisation automatique du Smic, au 1er juin, à hauteur de 2,41%, cela face à une inflation de plus en plus forte depuis la guerre au Moyen-Orient. Une grande partie des métiers relevant des conventions collectives des secteurs de l'Action sociale et de la Santé privée se retrouvent avec des grilles salariales dont les premiers niveaux passent en deçà du Smic, souligne Michel Poulet. Selon les calculs de FO, cela concerne 32 grilles dans la CCNT 66, 29 métiers dans la CCNT 51 et 25 coefficients dans la CCNT 65. Certains salariés vont ainsi passer 20 ans au Smic, s'indigne Franck Houlgatte.

Le cas des aides à domicile

FO insiste également sur l'urgence absolue pour les aides à domicile en matière de soutien au pouvoir d'achat et de salaire. Ces professionnelles qui parcourent plusieurs dizaines de kilomètres en voiture chaque jour pour se rendre chez les patients ont vu en effet leur frais de route exploser en même temps que la hausse des prix du carburant. Première réponse, le gouvernement – via le ministère de la Santé, des Familles, de l'Autonomie et des Personnes handicapées – a annoncé qu'était agréé l'avenant (76) portant sur une revalorisation de l'indemnité kilométrique, au 1er juin, pour les aides à domicile du secteur associatif (200 000 salariés environ, en grande majorité des femmes). L'indemnité passe de 38 à 40 centimes du kilomètre, soit une hausse de deux centimes. Un soutien plus qu'insuffisant pour le syndicat. Dans une lettre ouverte envoyée à la ministre Stéphanie Rist en avril, FO exigeait une compensation réelle à la hausse du carburant via une indemnité kilométrique remontée à 0,55 euros par km, ainsi qu'une prise en charge de tous les trajets et déplacements au réel des frais engagés par les professionnelles de l'aide à domicile.

Autre réponse, annoncée le 29 mai, et après trois années de refus (le dernier en mars) d'agréer l'avenant 75 sur les salaires, le ministère acte la revalorisation, à hauteur de onze points, de tous les coefficients de la branche. Les Départements, exigeant une plus grande compensation de la part de l'État, sont depuis vent debout contre sa décision.

Le 27 mai, reçue au ministère avec l'Union FO de la Santé privée, la Fnas-FO avait dénoncé la politique de refus d'agrément et souligné que la valeur du point dans la branche de l'aide à domicile (BAD) demeure gelée à 5,77 € depuis 2022, alors que l'inflation moyenne a atteint 13,6%. FO exigeait le passage immédiat du point à 7,40 € (+248 € brut par mois) et une indemnité kilométrique à 0,55 €/km minimum pour cesser de payer pour travailler. Le ministère conseillait aux aides à domicile d'utiliser des voitures électriques. Sans préciser, s'insurgeait la fédération, comment des salariés payés sous le Smic pourront les financer.