Le Slovène n'a a priori pas de concurrent sérieux pour l'empêcher de remporter un cinquième Tour. Mais les grands débuts du Français sont l'attraction de l'été, dans une lutte pour le podium qui promet d'être acharnée.
Grand ciel bleu pour Pogacar
C'est, normalement, l'année du record : ultra-favori à sa propre succession, Tadej Pogacar peut entrer cet été dans le club très fermé des quintuples vainqueurs de la Grande Boucle, où ne figurent que Jacques Anquetil, Eddy Merckx, Bernard Hinault et Miguel Indurain. Après ses succès de 2020, 2021, 2024 et 2025, le Slovène continue de repousser les limites de ses capacités alors qu'il n'a encore que 27 ans : son printemps de classiques quasi parfait (victoires à Milan-San Remo, au Tour des Flandres et sur Liège-Bastogne-Liège, deuxième de Paris-Roubaix) est venu confirmer, si besoin était, qu'il n'évolue pas sur la même planète que ses adversaires. Dans ces conditions, on voit mal ce qui pourrait l'empêcher d'atteindre cet objectif, tant il domine son sujet.
Le parcours? Grands cols, moyenne montagne, contre-la-montre, c'est lui le plus fort sur tous les terrains. Ses équipiers? Sa formation, UAE Emirates, présente le collectif le plus solide et de loin. Ses adversaires? Moins forts mais aussi, semble-t-il, résignés, prompts à se disputer les autres places sur le podium. Sa fraîcheur mentale? Même s'il parle de plus en plus ouvertement d'une forme de lassitude à toujours courir pour gagner, difficile de trouver motivation plus grande que de devenir corecordman des victoires sur le Tour. Bref, l'affaire semble entendue avant même d'avoir posé les valises à Barcelone…
Seixas, l'élu que la France attendait
Quatre décennies à attendre. Quarante ans à ronger son frein, juillet venu. Quarante Tours de France à jeter son dévolu sur le moindre nouveau talent venu, pour autant de déceptions. Quatre décades d'images de plus en plus vieillies qui tournent en rond, celles de la victoire de Bernard Hinault, la cinquième, sur l'édition 1985 de la Grande Boucle. Depuis, aucun Français n'a plus remporté, à domicile, la plus grande course du monde, et tout un pays désespère de revivre cette émotion dont l'on ne connaît même plus le goût.
L'élu a un nom, et il a déboulé comme une météorite en quelques mois. À 19 ans, Paul Seixas est le plus jeune coureur à prendre le départ du Tour depuis quasiment un siècle. Et il le fait dans la peau d'un candidat logique au podium. Déjà impressionnant en 2025 pour ses débuts professionnels, le coureur de Decathlon-AG2R a tout simplement été le seul à tenir tête à Pogacar sur les premiers mois de 2026 : dauphin du Slovène sur Liège-Bastogne-Liège et les Strade bianche, il a profité de son absence sur le Tour du Pays basque pour écraser l'épreuve, dans un style rappelant fortement son aîné (trois victoires en six étapes). En quelques courses à peine, Paul Seixas a prouvé tout à la fois qu'il appartenait à une classe de coureurs qui se comptent sur les doigts d'une main dans le peloton actuel, et qu'il n'avait pas besoin d'apprivoiser une course pour la dompter. De quoi vraiment croire, malgré la pression médiatique et populaire inévitable, en sa capacité à faire très fort dès sa toute première participation. Même si, bien sûr, il faudra peut-être attendre d'avoir la vingtaine et quelque pour succéder à Hinault. Et que Pogacar se décide à en laisser un peu aux autres…
Vingegaard et Evenepoel y croient-ils seulement?
Depuis plusieurs années maintenant, ce sont les rivaux tout désignés de Pogacar au départ du Tour. Mais en 2024 comme en 2025, aucun des deux n'a ne serait-ce que donné l'illusion de pouvoir contrecarrer les desseins du Slovène. Jonas Vingegaard et Remco Evenepoel ont-ils encore la capacité de rivaliser avec lui? Pour ce dernier, la grand-messe de juillet a des airs de cadeau empoisonné. Vainqueur du Tour d'Espagne à 22 ans, voilà déjà quatre ans, le Belge s'escrime depuis à inscrire la Grande Boucle à son palmarès, quitte à courir contre-nature et sacrifier d'autres objectifs. Un régime qui n'a connu que peu de réussite jusqu'ici –troisième en 2024 – et qui semble voué à l'échec face à ce Pogacar-là. Au point de ne pas y croire lui-même? En dehors des contre-la-montre, où il n'a pas de rival, le coureur de la Red Bull – Bora n'a battu le Slovène sur aucune course depuis 2022.
Le constat est à peu près le même pour Jonas Vingegaard, à ceci près que le Danois peut s'enorgueillir d'avoir dominé «Pogi» à deux reprises sur le Tour, remportant les éditions 2022 et 2023. Depuis, ce n'est pas la même forme et à 29 ans, la tentation est forte de penser qu'il ne retrouvera jamais ce niveau, tant il a paru incapable de rivaliser ces deux derniers étés, terminés sur la deuxième place du podium du Tour, certes, mais si loin du maillot jaune. Pourtant, le coureur de la Visma a signé en 2026 son meilleur début de saison depuis bien longtemps : vainqueur de Paris-Nice puis du Tour de Catalogne avec la manière, en mars, on l'a revu dominateur comme à ses meilleures années. Mais dans les deux cas, Pogacar était bien sûr absent; et en mai dernier, Vingegaard a disputé pour la gagne le Tour d'Italie, un défi qui laisse toujours des traces lorsque l'on prend le départ de la Grande Boucle dans la foulée…
Outsiders en quête d'espoir
Derrière ce quatuor, difficile de laisser la place au rêve pour quiconque. D'abord parce que les coureurs les plus costauds sont souvent des équipiers de ces leaders : Isaac del Toro et Adam Yates chez UAE Emirates, Matteo Jorgenson chez Visma ou encore Florian Lipowitz et Primoz Roglic chez Red Bull-Bora. Ensuite, parce que le reste de la concurrence semble partir de bien trop loin. Ancien équipier de luxe de Pogacar, Juan Ayuso a rejoint Mattias Skjelmose chez Lidl-Trek, mais il serait surprenant de voir l'un des deux faire mieux qu'un top 5; idem pour le Britannique Tom Pidcock, inattendu troisième de la Vuelta l'an passé, ou l'Italien Antonio Tiberi, qui dispute l'épreuve pour la première fois. Quant au quatrième de l'an dernier, Oscar Onley, il semble loin de ses meilleures sensations en 2026.
Et à part Seixas?
L'émergence attendue de Paul Seixas parmi les candidats au podium final devrait avoir un mérite pour les autres coureurs français : avoir un peu plus la paix. Et mieux atteindre leurs objectifs? Ainsi, les deux excellents grimpeurs Lenny Martinez (deuxième du Tour de Catalogne, troisième du Tour de Romandie, cinquième de Paris-Nice au printemps) et Valentin Paret-Peintre (vainqueur au Ventoux l'an dernier) visent tous deux des victoires d'étapes et de ramener le maillot à pois sur les Champs-Élysées. Épatant septième du général l'été dernier, Kévin Vauquelin a rejoint Netcompany Ineos à l'intersaison et vise au moins aussi bien, voire de passer quelques jours en jaune. Également arrivé au sein de l'équipe britannique cet hiver, le champion de France 2025 Dorian Godon visera lui une victoire sur les étapes de transition, fort d'un printemps magnifique (six succès en World Tour). De quoi rêver d'un Tour 2026 très bleu-blanc-rouge!