Chez Vabel Laboratoire, une toute nouvelle équipe FO remporte les élections

Rédigé le 26/10/2026
par Fanny Darcillon, L'inFO militante

Aucun syndicat n'était implanté au sein du fabricant de cosmétiques Vabel, jusqu'à ce qu'une section FO voie le jour dans le but de peser dans le rapport de force. L'équipe vient de remporter massivement les élections professionnelles et compte changer la donne sur le pouvoir d'achat comme sur les conditions de travail. Des avancées qui passeront aussi par un changement dans les mentalités, car l'employeur s'était bien habitué à prendre toutes les décisions seul.

La direction prend un peu trop d'aisance sur les conditions de travail, et il n'y a personne en face pour remettre l'église au centre du village. Après quelques années passées chez Vabel Laboratoire, véritable désert syndical, Éric Libert n'a plus toléré ce constat. Au sein de l'usine de cosmétiques implantée à Morcourt (Aisne), qui fournit des marques de luxe comme L'Oréal et Chanel mais produit aussi les marques propres du groupe, il a décidé de monter une section syndicale FO puis de présenter une liste aux élections professionnelles.

Ça n'a pas été facile raconte le militant. Mais, avec le soutien de l'union départementale FO, Éric Libert est parvenu à déposer une liste de onze noms. Je me disais : ça va être compliqué. Je ne me faisais pas d'illusion. Mais sur les 126 votants, 114 ont accordé leur confiance à la jeune équipe. C'est à l'UD qu'on m'a dit : Je ne sais pas si tu te rends compte, pour une première élection, c'est énorme ce que vous avez réalisé.

Première revendication : une prime carburant

La victoire de la section FO est d'autant plus importante que l'entreprise est en pleine restructuration. Une autre entité du groupe, Vabel Cosmétique – jusqu'à présent domiciliée à Tergnier, à une trentaine de kilomètres de là – est en train de fusionner avec Vabel Laboratoire et de rejoindre le site de Morcourt, pour un total de 300 salariés. Une section FO y était implantée, mais va souffrir du transfert – car tous les travailleurs et militants ne pourront pas suivre le mouvement.

Gagner une élection c'est une chose, après il faut maintenir l'implantation et faire en sorte que les prochaines élections suivant la fusion confirment la représentativité, souligne David Wlodarczyk, secrétaire général de l'UD de l'Aisne. Le scrutin en question, qui concernera la nouvelle entité unique regroupant Vabel Laboratoire et Vabel Cosmétique, aura lieu courant 2027.

Dans une entreprise d'ordinaire sans rapport de force, la naissance du syndicat suscite beaucoup d'espoir. Le personnel attend beaucoup de nous, on me demande déjà des choses pour Noël, On leur a dit : Laissez-nous le temps de travailler, on ne sait même pas encore ce qu'on peut espérer obtenir! La priorité de l'élu, ce sera des coups de pouce au pouvoir d'achat. Je veux négocier une prime carburant exceptionnelle, puis les augmentations de salaire en début d'année. Les dernières NAO n'ont débouché que sur une dizaine d'augmentations individuelles de salaire et aucune prime significative. Le militant ne veut pas voir ce scénario se répéter : Apparemment, c'était une très bonne année 2026 et on a un beau premier semestre 2027 qui s'annonce.

Des malaises pendant la canicule

Certains enjeux de sécurité et de conditions de travail devraient également se retrouver rapidement sur la table des négociations. Au niveau de la sécurité, il y a plein de choses à revoir pour améliorer les postes de travail, affirme le nouveau délégué syndical. Cet été, la canicule a mis de nombreux employés dans des situations insoutenables. Des personnes ont fait des malaises, on leur amenait un verre d'eau et hop, tu reprends ton poste, Les managers mettaient des points de relevé de températures, mais à des endroits où pratiquement personne ne va!

Le respect des salariés et la valeur du dialogue social sont ainsi appelés à connaître, pour le moins, quelques réajustements. Il faudra faire évoluer un peu les mentalités, revoir la façon dont certaines personnes dialoguent avec les salariés, euphémise Éric Libert. Sans organisation syndicale face à elle, malgré la présence de représentants des salariés au CSE, la direction n'était guère challengée. À présent, ça va être différent, assure le délégué syndical. Il est hors de question qu'on leur dise oui à tout sans concessions.

Du chantage à l'emploi dans un département sinistré

L'attitude de la direction de Vabel n'étonne pas vraiment David Wlodarczyk. Malheureusement, c'est le lot commun dans le département,. Les employeurs cherchent quotidiennement à s'affranchir des droits des salariés. L'avocat avec qui on travaille, qui connaît d'autres départements, nous dit que la situation est particulièrement gratinée dans l'Aisne. Un constat qui laisse perplexe le secrétaire général de l'UD : pourquoi un tel sentiment d'impunité? Ces dernières décennies, de nombreuses fermetures d'usines (textiles, métallurgiques, chimiques) sont venues entacher l'histoire industrielle de l'Aisne, rappelle-t-il. Le département est très sinistré, et le chantage à l'emploi y est particulièrement fort.

Face à ces attitudes déloyales – et parfois illégales – du patronat, l'union départementale FO veille à accompagner au mieux l'ensemble des travailleurs dans leurs combats pour faire respecter leurs droits. Les salariés ne sont pas toujours au courant que l'UD peut être un soutien, pointe David Wlodarczyk. Or, la dimension interprofessionnelle avec les différents secteurs, peut véritablement oxygéner la lutte. Il faut casser le sentiment d'isolement. Chercher des conseils, chercher un appui logistique, ça a une influence réelle.

Fanny Darcillon