A l'occasion des Rencontres internationales du dialogue social, le secrétaire général de FO exprime ses attentes vis-à-vis de l'agenda autonome

Rédigé le 26/06/2026
par Thierry Bouvines, Frédéric Souillot, L'inFO militante, Secrétariat général

Lors des rencontres internationales du dialogue social, le 18 juin, Frédéric Souillot, secrétaire général de FO, a rappelé les chantiers dont discuteront les interlocuteurs sociaux au cours des prochains mois dans le cadre de leur agenda autonome. Et précisé le calendrier.

Le modèle productif de la France, la gouvernance de la protection sociale collective, l'emploi des jeunes. A l'occasion des rencontres internationales du dialogue social qui se sont tenues le 18 juin à Paris, Frédéric Souillot a levé un peu plus le voile sur l'agenda social autonome des interlocuteurs sociaux et ses sujets.

Le secrétaire général de FO s'exprimait au lendemain d'une réunion des cinq organisations syndicales représentatives et de leurs trois homologues, patronales. Malgré un format court imposé par les organisateurs des rencontres un «duel» avec Franck Morel, – avocat et ancien directeur adjoint de plusieurs cabinets de ministres du Travai –, Frédéric Souillot a pu donner des détails sur l'agenda que se choisissent les organisations syndicales et patronales en totale autonomie par rapport au gouvernement.

Pour une gestion totalement paritaire de la protection sociale

Le thème du «modèle productif» recouvre les questions d'industrialisation et de reconversion professionnelle, notamment dans l'automobile, secteur actuellement en plein virage vers l'électrique, explique-t-il. Cela touche aussi «l'aménagement du territoire», avec le souci de la préservation des emplois et de la désindustrialisation. Contrairement aux politiques qui doivent agir sur de courtes périodes entre deux élections, les interlocuteurs sociaux peuvent travailler sur le temps long. Le travail sur le modèle productif devrait s'étirer sur quatre quinquennats, explique Frédéric Souillot.

Autre sujet à l'agenda social autonome : la reprise de la gestion de la protection sociale collective par les interlocuteurs sociaux. Il s'agirait donc de sortir la Sécu de l'intervention de l'État, laquelle va crescendo depuis trente ans. Depuis la réforme de 1996 en effet, une loi de financement de la Sécurité sociale est votée chaque année par le Parlement.

La reprise en main paritaire commencerait par celle du régime général des retraites par répartition. L'idée serait de parvenir à un accord national interprofessionnel (ANI) sur la gestion de la protection sociale d'ici au 31 décembre 2026 afin d'éviter un concours Lépine des mauvaises idées avant l'élection présidentielle, précise Frédéric Souillot. Il signale incidemment aux promoteurs d'une retraite par points ou par capitalisation qu'on ne change pas un système d'un claquement de doigts.

En vue d'aboutir à un accord avant cette l'échéance de fin 2026, dès ce début juillet, il faut cranter l'agenda, précise le secrétaire général de FO. «Dans quelques années», lorsque les interlocuteurs sociaux auront montré leurs compétences dans la gestion du régime de retraite, il s'agira de reprendre la main sur l'Assurance maladie et sur la branche famille.

Le rôle de ANI dans la durabilité d'une réforme

S'agissant de l'emploi, Frédéric Souillot a rappelé le problème en France, ce n'est pas qu'on ne travaille pas assez, c'est que nous ne sommes pas assez nombreux à travailler! Concernant l'emploi des jeunes, il a réaffirmé la nécessité d'orienter ces derniers vers les branches qui se développent plutôt que vers des voies de garage, notamment afin d'éviter une rancœur qui dissout le lien au travail. Pour FO, augmenter massivement le taux d'emploi des jeunes, c'est leur offrir un avenir stable. Le secrétaire général a souligné également ce non-sens consistant à organiser des entretiens de fin de carrière pour des salariés de 45 ans et demande la suppression de ces entretiens. Concernant l'emploi des seniors, Frédéric Souillot a réaffirmé la nécessite de maintenir et valoriser l'emploi des seniors dans les entreprises. L'enjeu, ce n'est pas de travailler plus, c'est de travailler tous! a-t-il rappelé.

Le secrétaire général a rappelé qu'il était urgent de redonner toute sa place à la négociation collective. C'est par le dialogue social de terrain que nous préserverons durablement notre système de retraite et, plus largement, notre modèle de protection sociale collective. Approuvant ces propos, Franck Morel croit à la vertu d'un dialogue social autonome. Celui qui était conseiller du ministre du Travail au moment où a été votée la concertation préalable des interlocuteurs sociaux avant toute réforme du travail (devenue l'article L1 du Code du travail) estime ainsi que la procédure n'empêche pas l'agenda autonome. Autrement dit, les réformes du travail initiées par le Gouvernement dans le cadre de l'article L1 ne s'opposent pas à celles initiées par les organisations syndicales et patronales hors procédure. Quelle que soit la méthode, l'important, selon Franck Morel, est de parvenir à un accord national interprofessionnel, qui donne une légitimité supplémentaire et une durabilité plus importante à une réforme.