[Cinéma] Un thriller dans l'univers du BTP

Rédigé le 24/01/2026
par Sandra Déraillot, L'inFO militante

Tout milieu de travail peut susciter l'inspiration d'un cinéaste. Akihiro Hata, le réalisateur de Grand Ciel, installe son récit sur un grand chantier de l'Est de la France au beau milieu des équipes d'ouvriers par intérim.

Grand ciel, c'est le nom d'un chantier immobilier, une tour, en cours de construction entre Thionville et Hayange. Un important pourvoyeur d'emplois pour une région, la Moselle, désertée par l'industrie sidérurgique qui l'a longtemps fait vivre. Les ouvriers y sont tous des intérimaires. L'un, sans papiers, comme bon nombre des travailleurs du chantier, disparait sans laisser la moindre trace. Seuls Saïd et Vincent, membre de la même équipe de nuit, semblent s'en inquiéter, avant que d'autres disparitions se produisent.

Le film est réalisé par Akihiro Hata, qui vit en France depuis 21 ans et dont c'est le premier long métrage. Il est inspiré d'un fait réel : la mort d'un intérimaire sans papiers, Mamadou Traoré, sur un chantier, en 2015. Le cinéaste s'interroge de longue date sur la place du travail dans la vie et la société. Je viens du Japon, pays où il occupe une place fondamentale dans la vie des gens, explique-t-il. (...) Tout tourne autour du travail. (...) Il faut être un soldat, un pion qui contribue au développement économique de la société et à son harmonie. Particulièrement lorsqu'il s'agit des travailleurs précaires.

Du fantastique dans le réel

Dans Grand ciel il créé une atmosphère pesante, angoissante, autour de ces ouvriers confinés à travailler au 6e sous-sol, matinée d'une touche de fantastique imprimée par des sons étranges et de curieuses volutes de poussières de ciment. Tourné sur de vrais chantiers, on y voit les hommes descendre jusqu'à leur lieu de travail dans un ascenseur comme d'autres, autrefois descendaient dans la mine. Les seuls moments de lumière sont les moments passés en famille, le soir, le week-end.

Le film décrit le travail, ses conditions difficiles, la concurrence pour une promotion, le dilemme entre la morale et l'accès à un poste permanent (ou à une meilleure position), la précarité de travailleurs jamais assurés d'être rappelés pour une mission. On vit dans un monde où tout est fait pour que l'on se divise, résume encore Akihiro Hata. On nous pousse à être de plus en plus individualiste et on se retrouve tous, quel que soit notre métier, face au genre de dilemme moral auquel est confronté l'un de mes protagonistes.

Le film a été sélectionné pour la 82e Mostra de Venise et pour le Festival international du film politique de Carcassonne. Marquant et vivement recommandé, il est interprété avec talent notamment par Samir Guesmi et Damien Bonnard.

Grand Ciel de Akihiro Hata, 91 minutes, Good Fortune films, en salle à partir du 21 janvier.