Fonction publique : un 29 septembre de la colère

Rédigé le 30/09/2026
par Valérie Forgeront, L'inFO militante

Près de 200 cortèges en France, 70 000 manifestants à Paris, tous les secteurs des trois versants de la fonction publique représentés mais aussi, entre autres, des organismes sociaux, de la Sécurité sociale, de France Travail ou de la MSA...

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Près de 200 cortèges en France, 70 000 manifestants à Paris, tous les secteurs des trois versants de la fonction publique représentés mais aussi, entre autres, des organismes sociaux, de la Sécurité sociale, de France Travail ou de la MSA... Mobilisés ce 29 septembre à l'appel de huit organisations syndicales, -dont FO Fonction publique et avec le soutien de la confédération- des dizaines de milliers d'agents publics, fonctionnaires et contractuels, ont particulièrement placé cette journée sous le signe des salaires et du pouvoir d'achat, scandant leur ras le bol d'une situation sans perspective et qui au fil des années conduit les agents à toujours plus de précarité.

Des cortèges denses dans beaucoup de villes sur le territoire, y compris dans des petites villes ou de taille moyenne. La principale raison pour laquelle les agents publics (fonctionnaires et contractuels) des trois versants (État, Hospitalier et territorial) étaient mobilisés ce 29 septembre : les difficultés croissantes qu'ils rencontrent pour faire face aux dépenses du quotidien alors que leur pouvoir d'achat est en berne pour cause de salaires insuffisants.

Au fil des ans, celui-ci s'étiole, ce qui n'a rien d'étonnant, les traitements indiciaires des personnels du publics (5,8 millions de personnes) étant gelés depuis trois ans (sans compter les longues périodes de gel auparavant). Et peut-être bientôt quatre ans, le gouvernement ayant annoncé d'ores et déjà, en amont de la présentation des projets de textes budgétaires, un nouveau gel du point d'indice (base de calcul des traitements/Salaires des agents). Le 8 juillet dernier, face au ministre des Comptes Publics, David Amiel, n'annonçant rien lors d'une réunion dite salariale, hormis de l'austérité à venir et le projet de gel du point, toutes les organisations ont quitté la réunion. Pour sa part l'union interfédérale FO Fonction publique demande, entre autres, la revalorisation immédiate du point d'indice à hauteur de 10%, afin de commencer à rattraper la perte de pouvoir d'achat de la valeur de ce point. Une perte que FO évalue à plus de 30% depuis 2000.

Au cœur encore du mécontentement des agents : des grilles tassées (avec des premiers échelons passant sous le Smic à chaque revalorisation de celui-ci) plombant le déroulé de carrière en le rendant atone. Plombant aussi plus largement l'attractivité de la Fonction publique. A ajouter aussi dans ce mécontentement, la poursuite d'une politique de baisse des moyens budgétaires, toujours au nom des économies sur la dépense publique, qui atteint globalement tous les secteurs ou encore le manque d'effectifs, récurrent depuis des années. Ce qui dégrade toujours plus les conditions de travail des agents, lesquels fulminent aussi de voir leurs arrêts maladie courts (moins de trois) moins indemnisés (à 90% au lieu de 100%).

A l'appel des huit organisations syndicales du public, dont l'Union interfédérale FO Fonction publique, les agents, en grande colère, sont donc descendus dans la rue. On comptait près de 200 cortèges sur le territoire national. A Paris, autour de 70 000 personnes ont défilé, de République à Nation, et ont été rejoints à mi-route par le cortège des pompiers professionnels, organisés en intersyndicale. Des pompiers qui ont rejoint aussi beaucoup de cortèges sur le territoire.

En province, le refus de l'austérité budgétaire sous toutes ses formes a largement mobilisé aussi. 2 000 manifestants à Metz, Nancy, Lorient ou encore Perpignan. 800 à Epinal, à Mont-de-Marsan ou encore Vannes, 1 500 à la Rochelle, 400 à Rochefort, 300 en Haute-Saône, 1300 à Périgueux, 1500 à Cherbourg ou encore à Avignon, 850 à Saint-Lô, 5 000 à Rouen, 6 000 à Grenoble, 2 500 à Angers, 300 à Cholet, 500 à Montauban, un millier à Evreux ou encore à Reims, … Des manifestants aussi en Guyane ou à la Martinique, plus de 10 000 tracts distribués dans l'Oise… Ce 29 septembre, la colère des agents était visible. Elle l'était aussi par les propos tenus.

De plus en plus, la fin de mois arrive bien avant son terme!

En tête du cortège parisien -que rejoindra aussi le secrétaire général de la Confédération, Frédéric Souillot-, Rachèle Barrion, secrétaire confédérale en charge notamment de la Fonction publique et elle-même issue de l'hospitalière, ne mâchait pas ses mots, entourée des représentants de la FGF-FO et des deux branches (hospitalière et territoriale) de la fédération SPS-FO. Il faut cesser de considérer la Fonction publique comme une variable d'ajustement budgétaire. Il n'y a pas que des dépenses dans un budget, il y a aussi les recettes. Et il faut les revoir. De même qu'il faut une conditionnalité aux aides publiques aux entreprises. Il y a aujourd'hui une vraie colère qui est présente dans le public et c'est plus largement aussi la question du pouvoir d'achat qui est posée. Il y a d'ailleurs des salariés du privé qui se joignent aux manifestations. La FEC-FO a appelé à cette journée, les salariés de la Sécu sont là, de France Travail. … Ce qui relie les mécontentements, c'est le pouvoir d'achat et en quelque sorte, avec en point d'orgue, la question des prix des carburants. Se rendre à son travail, en voiture, devient un luxe, donc ça concerne l'ensemble des salariés. De plus en plus, la fin de mois arrive bien avant son terme! FO demande d'ailleurs un prix du litre à 1,50 euro. Le mécontentement actuel touche aussi les retraités, via le projet gouvernemental sur la suppression de l'abattement fiscal de 10% et la désindexation des retraites. Le gouvernement doit entendre toute cette colère.

A Paris, sous les ballons (Urif-FO, Fage et Un1té, de nombreux secteurs FO du public étaient représentés. Agents du secteur de la Justice, policiers, personnels des Finances (dont de la DGFIP), de l'Equipement et de l'Environnement, de la Défense ou encore de l'Education nationale, agents de l'Energie et des mines, personnels des postes et télécoms, salariés de la Sécu, agents de la ville de Paris, agent des préfectures. A eux seuls, les slogans scandés au sein du cortège éclairaient les motivations de cette journée de mobilisation. Parmi eux, «Augmentez les salaires, bloquez les prix», «Augmentation du point d'indice», «Abrogation de la réforme des retraites», «profs en souffrance» …

On est tous concernés!

Dans le cortège, Géraldine et une amie, agentes du ministère de la Justice, travaillant en administration centrale expliquent les raisons de leur présence. Elles sont là pour l'ensemble des revendications, dont salariales, pour faire connaître aussi toutes les problématiques que l'on rencontre au quotidien. Cela ne peut pas continuer comme ça. Il faut entendre les agents! Comment parler de l'attractivité des carrières alors que cette attractivité recule. On le note aussi dans notre secteur. Par ailleurs, tous les salariés, du privé ou du public, sont touchés par la question du pouvoir d'achat. On le voit avec la crise des prix des carburants. On est tous concernés! indique Géraldine, fonctionnaire de catégorie A.

Particulièrement nombreux, les policiers FO d'Un1té ne mâchent pas non plus leurs mots. Angelo Bruno explique les raisons de cette présence massive. Le flic est un fonctionnaire comme les autres. Et il est un citoyen comme les autres! Donc il rencontre lui aussi dans son quotidien toutes les difficultés que les autres rencontrent. Par ailleurs, salariés du public ou du privé, ils peuvent tous avoir à un moment donné les mêmes revendications… Dire que leurs salaires ne suffisent pas. Les policiers quant à eux constatent, comme tous les fonctionnaires, que leur pouvoir d'achat ne cesse de fondre. La récente revalorisation substantielle de la seule grille des commissaires, initiative ministérielle oubliant donc les autres catégories dans la police, a fini de noircir l'humeur des policiers appartenant au CEA (corps d'encadrement et d'application, Catégorie B). C'est créer un fossé entre les corps pointe Angelo, rappelant combien le CEA est sollicité : des manifs aux grands événements, aux cérémonies, ... C'est bien de se servir de nous, mais nous aussi on doit avoir une part du gâteau. Concrètement des revalorisations salariales et de la grille. «On demande une reconnaissance que l'administration nous doit» souligne le militant, rappelant au passage que c'est essentiellement le corps du CEA qui par exemple tient la baraque la nuit, concrètement qui assure la présence dans les commissariats. Or, le salaire n'est pas à la hauteur des efforts fournis, les heures sup' nous sont payées au prix bas, etc…

Les agents se prennent la précarité de plein fouet

Près de là, Sadi, délégué FO dans le versant hospitalier et permanent au bureau central FO AP-HP ne décolère pas concernant l'état des hôpitaux. On se trouve dans la situation de ne plus pouvoir gérer le quotidien. Il y a un manque chronique d'effectifs, les plages horaires des agents s'élargissent et beaucoup sont amenés à travailler douze heures plus les heures supplémentaires… On ne le dit pas aux patients, pour les rassurer, mais c'est la réalité. On est en train de démonter l'hôpital sous le nez des gens. Les lits qui sont rouverts ferment le mois d'après. Quant aux agents, et alors que le point d'indice est gelé, ils se prennent la précarité de plein fouet. Pour beaucoup, ils habitent en banlieue. Ils sont donc touchés par la hausse des prix de l'essence, plus largement par la hausse du coût de la vie. On compte des parents célibataires en grande difficulté et qui sont épuisés, et par leur travail et par les conditions personnelles auxquelles ils doivent faire face.

Dans le cortège FO, quelques salariés d'entreprises privées (Stellantis Poissy, Renault Guyancourt) expliquent être là pour apporter leur soutien à l'initiative du secteur public. Mais pas que... Le pouvoir d'achat qui diminue, cela concerne tout le monde, témoigne ce salarié, et militant FO, de chez Renault. Et on comprend très bien la colère des camarades du public qui voient leur salaire gelé depuis des années. Chez nous, la population de cadres est plus importante, pour autant dans les usines, la problématique du pouvoir d'achat est très présente. Les salariés ont des difficultés, particulièrement ceux aux salaires faibles. En milieu de mois, c'est déjà la catastrophe. Nous avons d'ailleurs interpelé notre directeur général pour des aides aux salariés en difficulté. Mais face à la crise des prix du carburant, il faut qu'il y ait une vraie action de l'État pour soutenir tout le monde .

Et le militant de rappeler aussi au passage qu'il faudrait que l'État entende la revendication de FO concernant la conditionnalité des aides publiques aux entreprise. Aides qui induisent un manque à gagner, en termes de recettes, de plus de 200 milliards par an, dont autour de 80 milliards au titre des exonérations de cotisations sociales patronales. Et alors que les records de dividendes sont battus encore cette année. La France est le deuxième pays sur le podium après les États-Unis avec près de 61 milliards d'euros de dividendes versés par ses sociétés cotées en bourse entre avril et juin 2026.