À l'heure où le futur Plan Santé au Travail 5 (2026 2030) se prépare, Force Ouvrière dresse un constat sans ambiguïté : malgré les engagements affichés depuis plusieurs années, la politique de santé au travail en France stagne, et les conditions de prévention restent très éloignées des besoins réels des salariés.
- Une prévention encore trop théorique
FO reconnaît que les précédents plans nationaux ont permis de structurer le cadre de la prévention, notamment autour de la prévention primaire, du dialogue social et de la lutte contre la désinsertion professionnelle. Mais sur le terrain, les moyens humains et financiers demeurent insuffisants, les retards réglementaires s'accumulent et les initiatives engagées ne produisent pas les effets attendus. Pour FO, les ambitions affichées ne suffisent plus : il faut désormais des actes, des moyens et une véritable stratégie opérationnelle.
- Une sinistralité alarmante : plus de 3,5 morts par jour
Les chiffres parlent d'eux mêmes : plus de 1 200 décès liés au travail sont enregistrés chaque année. Accidents mortels, trajets, maladies professionnelles… Le nombre reste dramatiquement élevé, sans inflexion durable. Les jeunes, les intérimaires et les travailleurs précaires sont les plus touchés, confirmant l'existence d'inégalités massives face à la prévention. FO alerte également sur le manque d'encadrement de la sous traitance et la formation insuffisante des jeunes travailleurs, deux facteurs récurrents d'accidents graves.
- Risques psychosociaux : une détresse en hausse
La transition numérique, l'intensification du travail et l'isolement lié au télétravail contribuent à une hausse inquiétante des risques psychosociaux. Les jeunes salariés et les télétravailleurs à 100% sont particulièrement vulnérables. FO réclame une politique ambitieuse incluant une meilleure prise en charge psychologique, un renforcement des moyens psychiatriques et un véritable plan national de prévention du stress, du harcèlement et de l'isolement au travail.
- La santé des femmes au travail : un angle mort persistant
FO dénonce également la sous reconnaissance des risques professionnels féminins. Les femmes sont sur représentées dans les métiers pénibles et précaires, mais leurs accidents, maladies professionnelles et troubles psychiques restent souvent invisibilisés. FO appelle à adapter les tableaux de maladies professionnelles, à renforcer la prévention des violences sexistes et à améliorer les conditions de travail dans les secteurs les plus féminisés.
- Une réforme encore inachevée
Cinq ans après la loi du 2 août 2021, FO constate des retards persistants : DUERP peu utilisé, SPST sous dotés, télémédecine trop présente au détriment du suivi médical réel, et absence de cadre clair pour la prévention de la désinsertion professionnelle.
FO demande une mise en œuvre complète de la réforme, accompagnée de moyens renforcés et d'un pilotage national cohérent.
Pour FO, la priorité est claire :
Face au changement climatique, à l'essor de l'intelligence artificielle et aux transformations du travail, FO réaffirme que la prévention primaire doit redevenir le cœur des politiques publiques. FO appelle à un sursaut national, estimant que « prévenir coûte toujours moins cher que réparer » et constitue la condition première de la dignité et de la sécurité des travailleurs.


