À force de regarder la Sécurité sociale uniquement à travers le prisme de la dépense, le gouvernement finit par oublier l'essentiel : derrière les chiffres, il y a des femmes et des hommes qui travaillent, qui cotisent, qui tombent malades, qui se blessent et qui ont besoin d'être protégés. Les décrets publiés à l'été 2026 et les nouvelles mesures concernant les arrêts de travail s'inscrivent dans une même logique : faire des économies immédiates sans s'attaquer aux véritables causes des difficultés.
D'un côté, l'exécutif réduit progressivement la part de remboursement de l'Assurance maladie sur les soins dentaires, certains médicaments, les dispositifs médicaux et les transports sanitaires, transférant près de 1,5 milliard d'euros de charges vers les organismes complémentaires. De l'autre, il augmente les franchises médicales et les participations forfaitaires, faisant ainsi peser davantage la facture sur les assurés sociaux, le plafond de ces franchises vient tout juste de passer par décret de 100 à 140 euros.
Pour Force Ouvrière, ces choix ne sont pas acceptables et nous nous y sommes opposés au Conseil de la CNAM.
La même logique est à l'œuvre dans le débat sur les arrêts de travail, qui sont instrumentalisés depuis plusieurs mois dans le débat public, notamment les arrêts de courte durée. Pourtant, les données démontrent une réalité bien différente. Les arrêts courts représentent une part importante des arrêts mais une faible part des dépenses. Ce sont les arrêts longs qui concentrent l'essentiel des coûts, et ils interrogent directement les conditions de travail, étant liés à des maladies graves, à des accidents, à des troubles musculo-squelettiques ou à des souffrances psychiques.
La vraie question n'est donc pas de savoir comment faire reprendre plus vite des salariés malades. La question est de comprendre pourquoi autant de travailleurs se retrouvent durablement éloignés de l'emploi. Pourquoi les troubles psychiques progressent-ils? Pourquoi les maladies professionnelles augmentent-elles? Pourquoi la France continue-t-elle d'afficher un niveau d'accidents du travail qui devrait tous nous interpeller?
Les pistes de réponses sont connues : sous-effectifs chroniques, horaires atypiques, pression permanente, perte d'autonomie, pénibilité physique et psychique. Pourtant, au lieu de renforcer la prévention et la santé au travail, le gouvernement privilégie les contrôles et les restrictions. Le risque est grand de faire du salarié malade un suspect permanent et du médecin un simple exécutant de normes administratives.
Pour FO, la lutte légitime contre la fraude ne peut pas servir de prétexte à affaiblir les droits des assurés ni à masquer les responsabilités des employeurs lorsque les conditions de travail dégradent la santé des salariés. De la même manière, limiter l'indemnisation des victimes d'accidents du travail pour réaliser des économies constitue un mauvais signal envoyé à celles et ceux qui paient déjà de leur santé les conséquences de leur activité professionnelle.
Force Ouvrière refuse que les assurés deviennent une variable d'ajustement budgétaire. Nous revendiquons le renforcement de la médecine du travail, une véritable politique de prévention, l'amélioration des conditions de travail, la lutte contre les risques psychosociaux, la reconnaissance effective des maladies professionnelles et la préservation intégrale des droits des victimes d'accidents du travail.
Il faut aussi garder en tête que toute décision politique sur le système de soins et la Sécurité sociale a des répercussions à terme sur la santé des travailleurs et donc sur les dépenses en matière de maladie ou de réparation.
Ainsi, quelles sont les conséquences, dix ans après la réforme du C3P – Compte Personnel de Prévention de la Pénibilité, devenu le C2P –, de ce Compte Professionnel de Prévention qui a invisibilisé l'exposition des travailleurs aux risques professionnels? La réforme du C3P a fait disparaître le terme «pénibilité» sous prétexte d'évaluations de certains facteurs de risque trop complexes. Quatre critères ont ainsi disparu, passant de dix à six, supprimant les manutentions manuelles des charges, les postures pénibles, les vibrations mécaniques et l'exposition aux agents chimiques dangereux.
Dans le même ordre d'idée, l'allongement de la durée du travail avec le report de l'âge de départ à la retraite entraîne mécaniquement une augmentation des problèmes de santé, des arrêts de travail ou des accidents.


