Le 26e congrès confédéral de FO s'est ouvert à 10 heures tapantes ce lundi 20 avril. Une ouverture dans l'émotion par la présence dans la salle de Cécile Kohler et Jacques Paris, militants FO du secteur de l'Education et ex-otages en Iran pendant plus de trois ans. Ils seront longuement et chaleureusement ovationnés par les plus de 3500 congressistes. Nous sommes tous particulièrement heureux d'accueillir
ces deux camarades soulignait dès le début de son exposé du rapport d'activité de la confédération, le secrétaire général de FO, Frédéric Souillot. Nous ne les avons jamais oubliés, nous sommes intervenus à tous les niveaux. Comme ils le disent eux-mêmes, ils peuvent enfin voir l'horizon
. Saluant elle aussi ces deux militants, la maire de Dijon (première femme à la tête de la ville depuis 1800), Nathalie Koenders, indiquera ils ont fait preuve d'une résilience qui force le respect
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Dès son ouverture, à travers le slogan La paix pour la justice sociale
, le congrès confédéral a aussi donné le ton du positionnement de FO alors que le contexte international redouble actuellement de tensions et de conflits meurtriers, notamment au Moyen-Orient. Comme en 2022, on ouvre le congrès dans un contexte de guerre dans le monde
, avec des attaques qui bafouent le droit international
soulignait ainsi Frédéric Souillot rappelant que les premières victimes (de ces guerres, Ndlr) ce sont les travailleurs
, plus que jamais, l'OIT a son importance
. Les va-t'en guerre s'en donnent à cœur joie
déplorait le secrétaire général rappelant une phrase célèbre de Léon Jouhaux, président de la CGT-FO et prix Nobel de la Paix : L'unité des travailleurs fera la paix dans le monde
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Libres nous sommes, libres nous resterons
Dans cette matinée d'ouverture du congrès faite d'une intervention technique du Trésorier confédéral, Patrick Privat, pour la constitution de la commission de vérification des mandats et des litiges, pour celle aussi relative à l'article 39 des statuts, pour l'inscription des délégués souhaitant s'exprimer à la tribunes (242 s'inscriront) ou encore pour la présentation des stands et partenaires présents au congrès -dont Duralex, entreprise invitée que FO a ainsi décidé d'aider
précisera Patrick Privat- les 3500 congressistes, en grande majorité des délégués porteurs de mandats, ont souligné d'emblée l'ADN de FO
, soit une organisation libre et indépendante
. Cette année on célèbre les 120 ans de la Charte d'Amiens
précisera dans la matinée Frédéric Souillot. Libres nous sommes, libres nous resterons. On ne se laissera pas instrumentaliser. La seule politique que nous faisons, c'est de la politique syndicale
. Cela sera ainsi souligné dès le lundi matin par Jean-Pierre De Oliveira, secrétaire général de l'UD de la Côte d'Or, union départementale recevant le congrès. Nathalie Koenders, maire de Dijon, rappelait, elle, que le travail syndical de FO participait lui à pouvoir concilier progrès économique et justice sociale
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Gilbert Houngbo : FO est liée à l'OIT qui a un engagement constant pour la liberté
Invités de ce congrès FO, des militants internationaux exprimeront ô combien la nécessité de justice sociale. FO est liée à l'OIT qui a un engagement constant pour la liberté
appuyait Gilbert Houngbo, directeur général de l'Organisation internationale du Travail. Il faut renforcer la négociation collective, la protection des travailleurs
soulignait-il. Il faut aussi que la transition écologique se fasse de manière équitable et inclusive
. Plus largement, il faut réaffirmer nos valeurs fondamentales
appuyait-il.
Luc Triangle, secrétaire général de la confédération syndicale internationale (CSI qui regroupe 220 millions de travailleurs), emploiera lui aussi des mots forts pour définir les menaces et attaques que subissent les travailleurs. Ce que vous allez défendre pendant ce congrès, c'est plus large que le cadre national : c'est dans un cadre international défendre l'espace démocratique dans le monde, sur le lieu de travail
. Et le secrétaire général de la CSI de souligner la tendance inquiétante dans le monde, soit entre autres, la criminalisation de l'action syndicale
. Il y a un signal d'alarme
pointait-il, ce que vient rappeler l'indice CSI (qui mesure annuellement le degré de répression syndicale dans le monde). Ainsi, dans 87% des pays, le droit de grève a été interdit, dans 71 pays, on a à déplorer des arrestations de syndicalistes. On déplore aussi le décès de militants, lesquels paient donc de leur vie leur engagement syndical.
Luc Triangle : il y a un coup d'État des milliardaires
Plus largement encore, indiquait Luc Triangle, il y a dans le monde une stratégie globale
avec un coup d'État des milliardaires
qui contrôlent de manière croissante une grande partie de l'économie mondiale. Des milliardaires qui ne sont soumis à aucun contrôle démocratique. Or, poursuivait le secrétaire général de la CSI la démocratie ne s'arrête pas aux portes de l'entreprise. Et nous refusons une société qui est réservée aux plus riches
. Un monde relevait-il qui est marqué par des inégalités croissante
. Pour Luc Triangle plus que jamais nous devons promouvoir la paix. Le faire c'est promouvoir les conditions mêmes qui permettent aux travailleurs de travailler
. Il faut lutter pour des emplois décents, pour un monde plus solidaire, plus humain appuyait-il encore. Car quand les syndicats luttent, la démocratie vit
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Esther Lynch : ensemble, nous sommes plus forts
Même tonalité dans les propos d'Esther Lynch, secrétaire générale de la confédération européenne des syndicats (CES) qui regroupe 45 millions de travailleurs. Ensemble, nous sommes plus forts. Il faut notamment lutter contre la flexibilité. Les emplois, les salaires et de meilleures conditions de travail : c'est le principal
lançait la militante soulignant que personne, aucun salarié ne doit être traité comme un kleenex
. En Europe, les problèmes dans le monde du travail sont nombreux : la question de la santé mentale des salariés, l'exploitation dans le cadre de la sous-traitance, la question des conditions de production en Europe, le problème de la dérégulation déguisée en progrès
… Ainsi rappelait Esther Lynch, le 1er Mai, c'est une question de respect des travailleurs!
. Et la secrétaire générale de la CES d'indiquer qui a le pouvoir? La question nous renvoie à la solidarité, ensemble
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Cyril Cosme : La paix par la justice sociale, cela fait écho au sein du BIT
Des propos auxquels adhéraient aussi Cyril Cosme, directeur du bureau du BIT en France. Votre slogan
déclarait-il à l'intention de la confédération, rappelant la paix par la justice sociale
, cela fait écho au sein du BIT l'histoire partagée entre FO et l'OIT
, la portée du message et de l'action de Léon Jouhaux, la nécessité du respect des droits fondamentaux. Le tripartisme et le dialogue social doivent représenter une force
appuyait-il.
Frédéric Souillot : Le modèle social que nous portons doit être synonyme d'espoir
Déroulant le rapport d'activité de la confédération depuis 2022, le secrétaire général de FO évoquera lui aussi la nécessité de solidarité, celle aussi du dialogue social, de la négociation collective, d'autant en ces temps compliqués du fait des retombées économiques des guerres. Le modèle social que nous portons doit être synonyme d'espoir. Nous ne pouvons pas nous résoudre à céder à la course mondiale du moins-disant social, fiscal ou encore environnemental, au nom d'une prétendue compétitivité qui fait des travailleurs une simple variable d'ajustement.
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La détermination de FO à revendiquer, à faire entendre sa voix et à pouvoir négocier est d'autant plus importante au vu de la situation nationale prise dans la tourmente de la hausse des prix des carburants, de l'inflation générale en forte hausse. Cette situation pèse sur les ménages. L'emploi est directement exposé
soulignait le secrétaire général. De nombreuses activités, quasiment toutes, se retrouvent sous compression, réduction d'investissement, restructuration ou plans sociaux, APLD (activité partielle de longue durée), y compris dans le transport
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La demande d'un litre de carburant à 1,50 euro
FO, rappelait Frédéric Souillot a notamment demandé au gouvernement de plafonner à 1,50 euro le prix du litre de carburant. Le gouvernement entend toutefois maintenir le cap des finances publiques, quoi qu'il arrive
. Il est en effet toujours visé de réduire au plus vite le déficit public en le ramenant cette année à 5% du PIB, voire moins. L'exécutif en est réduit à attendre que les prix baissent d'eux-mêmes
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Le 1er Mai a été aussi récemment visé par une attaque. A l'Assemblée, une motion de rejet d'une proposition de loi, visant à déréglementer le 1er Mai, par ceux mêmes qui défendaient le texte, menaçait de renvoyer celui-ci (déjà adopté par le Sénat) en commission mixte paritaire (CMP), donc en contournant tout débat. En gros, c'est un 49.3 parlementaire
résumait Frédéric Souillot. Le gouvernement a assuré que le texte n'ira pas en CMP et la question du 1er Mai fera l'objet de négociations dans les branches. Indiquant que FO sera présente le 1er Mai à Chicago (cette ville fut le lieu le 1er Mai 1886 du massacre de Haymarket, la police ayant tiré sur les manifestants), le secrétaire général de FO réaffirmait : Le 1er Mai, on le défendra jusqu'au bout
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Attaques à répétition des droits des demandeurs d'emploi
Depuis 2022, les attaques des droits des travailleurs se multiplient notait-il encore. Des attaques notamment sur les demandeurs d'emploi. Chaque année ou presque, nous sommes revenus à la table de négociation. Avec un cadrage, parfois contraint, moins contraint. Systématiquement, les gouvernements successifs ont cherché à réduire les droits des demandeurs d'emploi
retraçait le secrétaire général. Le feuilleton se répète : décret, recours, victoire, nouveau décret, nouvelle concertation
. En septembre 2025, nouveau recours, mais aussi nouveau gouvernement et nouvel épisode du feuilleton, avec l'introduction d'une lettre de cadrage, poursuivait Frédéric Souillot. Nous avons obtenu le retrait
de celle-ci, se félicitait-il.
Depuis, il y a eu une négociation sur les ruptures conventionnelles (FO a paraphé l'accord) et une autre, sur les contrats courts, s'est soldée par un échec. Nous avons signé l'avenant sur les ruptures conventionnelles, car nous ne souhaitions ni ouvrir une négociation globale de la convention d'assurance chômage, ni remettre en cause l'équilibre du régime et ses droits annexes. En l'absence d'accord, nous prenions le risque que le gouvernement reprenne la main et tente de nouveau de réduire de façon drastique les droits des demandeurs d'emploi
a expliqué le secrétaire général.
La négociation et le paritarisme au centre du jeu
On n'a pas cessé de remettre la négociation et le paritarisme au centre du jeu
, a-t-il encore précisé. Le premier accord signé après le congrès (de 2022, Ndlr), c'était un accord national interpro sur le paritarisme. Depuis, on en a négocié et signé plusieurs : sur le partage de la valeur, les accidents du travail et maladies professionnelles, sur l'emploi des séniors, bien sûr, ou sur la fin du plafonnement des trois mandats au CSE
. Nombre de revendications demeurent soulignait-il encore. Ainsi, la demande d'abrogation des ordonnances Macron ou encore prioritairement
l'abrogation de la réforme des retraites. Réforme que FO a combattue en 2022/2023. Une réforme qui a porté l'âge légal de départ à 64 ans et a accéléré le calendrier Touraine (allongement de la durée de cotisation pour un départ à taux plein).
Toujours la demande d'une conditionnalité des aides publiques
Cette réforme qui notamment renvoie aux moyens de la Sécurité sociale, renvoie, en conséquences, aux aides publiques (estimées à 211 milliards d'euros par an) dont les allègements de cotisations sociales induisant un manque à gagner pour les comptes sociaux. Elles sont accordées aux employeurs sans conditionnalité
, pointait Frédéric Souillot rappelant l'exigence de FO : que ces exonérations fassent l'objet d'une conditionnalité, sur l'emploi les salaires, …
Autre revendication en forme de refus : celui d'un système de retraites par capitalisation. Un système qui est de nouveau sporadiquement évoqué. Celui-ci s'adresserait à ceux qui ont les moyens
tranchait le secrétaire général.
La question du modèle productif
La Conférence Travail-Emploi-Retraites, à laquelle FO participe et qui devrait s'étirer jusqu'à l'été, occupe aussi l'actualité de 2026. Ne pas y être, c'est ne pas porter la contradiction
. L'agenda social autonome, soit les rencontres prévues entre le patronat et les syndicats sur différents sujets, notamment le modèle productif, et en visant des négociations, est lui aussi dans l'actualité. Les victoires de demain, nous devons les construire d'abord par la discussion et la négociation
analyse Frédéric Souillot. Dans le cadre de l'agenda social autonome, il s'agit de définir ce que l'on veut comme modèle productif. Construire, prévoir à horizon de vingt ans, c'est faire de l'industrie une priorité nationale. FO demande ainsi une véritable politique industrielle, c'est un enjeu national et de cohésion sociale
. Or, pour l'instant, il y a un empilement de dispositifs, faute de ciblage et d'associations d'acteurs. Rien n'aboutit. Tout le monde dit que la politique industrielle est une urgence
, mais on voit toujours que des usines ferment.
Le secrétaire général soulignait aussi le rôle primordial en termes de cohésion sociale de la Fonction publique sur le territoire. Réindustrialiser signifie aussi protéger les emplois induits dans le public. Mais le secteur public pour tenir son rôle a besoin de moyens et d'effectifs protégés. Et, alors que les dividendes versés aux actionnaires ne cessent d'augmenter, l'austérité budgétaire ne doit pas conduire à remettre en cause l'enseignement, la santé, les droits sociaux, …
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La Sécu est à nous, on doit reprendre la gouvernance
L'actualité revendicative de la confédération concerne aussi l'emploi des jeunes, à améliorer grandement insistait Frédéric Souillot puisque en France, on est les plus mauvais au niveau de l'OCDE en termes de taux d'emploi des jeunes
. Plus largement insistait-il, il ne s'agit pas en France de travailler plus
mais d'être plus nombreux en emploi
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L'actualité, c'est aussi, dans le cadre de l'agenda autonome, une volonté de revenir sur les ordonnances Juppé de 1996
. On est tous d'accord
indiquait Frédéric Souillot. Il s'agit de gérer paritairement notre système de retraite par répartition. Et en 2030, se projeter pour reprendre la gestion paritaire de l'assurance maladie. Et après cela, la gestion paritaire de notre politique familiale. La Sécu est à nous, on doit reprendre la gouvernance
. Sur les retraites, le Medef (patronat) verrait bien un recul de l'âge légal de départ à 70 ans… or, il est déjà possible de ne partir qu'à 70 ans. Le problème est plutôt de ne pas licencier les 55-64 ans!
appuyait-il.
Les revendications toujours d'actualité c'est encore la demande de remise en vigueur des CHSCT, ce qui participerait à l'amélioration des conditions de travail alors qu'un certain nombre d'actifs jugent aujourd'hui leur travail intenable
. Par ailleurs, on doit parler plus de prévention
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2026 : une grande année d'élections
L'actualité de 2026 compte aussi des élections : à la CNRACL et à la SNCF. Mais d'autres aussi. Des élections professionnelles concernent ainsi le privé avec un nouveau cycle qui démarre pour les élections aux CSE. Dans le public, où FO est depuis 2022 la deuxième organisation (trois versants compris), la confédération et FO Fonction publique préparent déjà la campagne pour les élections professionnelles de décembre prochain. Elle démarrera le 7 septembre devant la confédération. FO Fonction publique a prévu un périple de trois mois, en car, en 33 villes-étapes. Un tour de France pour aller à la rencontre des agents public…. Lesquels considérés comme une richesse à chaque crise, ne doivent pas être perçus ensuite comme une dépense et servir de variable d'ajustement budgétaire, insistait Frédéric Souillot. Et le secrétaire général de rappeler que moins de fonctionnaires, ça veut dire, moins de services. Et moins d'État, cela veut dire plus d'inégalités
. Une philosophie dangereuse que combat FO.


