Suicide de Maxime Chéry : FO salue la condamnation du manager mais déplore la relaxe de l'employeur

Rédigé le 04/06/2026
par Clarisse Josselin, L'inFO militante

En janvier 2020, Maxime Chéry s'était suicidé sur son lieu de travail, l'hypermarché Leclerc de Vandœuvre-lès-Nancy. Dans une lettre trouvée sur lui, le délégué FO évoquait notamment le harcèlement subi de la part d'un cadre. Ce 3 juin, le tribunal correctionnel de Nancy a condamné ce manager à trois ans de prison avec sursis pour homicide involontaire et harcèlement moral. En revanche, l'exploitant du magasin, également poursuivi pour mise en danger de la vie d'autrui, a été relaxé. Pour l'UD FO de Meurthe-et-Moselle, c'est une première victoire dans la reconnaissance de ce que le militant a subi pour en arriver à ce geste fatal mais le combat va se poursuivre, notamment devant les prud'hommes.

Le 11 janvier 2020, Maxime Chéry, 34 ans, a mis fin à ses jours par arme à feu dans les rayons de l'hypermarché Leclerc de Vandœuvre-lès-Nancy dans lequel il était salarié et délégué syndical. Ce camarade, très engagé dans la vie de l'union départementale FO de Meurthe-et-Moselle, avait laissé une lettre dans laquelle il avait notamment fait part de sa souffrance morale, causée par son responsable de secteur. C'est ce qu'a rappelé Frédéric Nicolas, secrétaire général de l'UD, lors d'une prise de parole remplie d'émotion au congrès confédéral de Dijon. Maxime n'aura pas résisté au management toxique et au harcèlement de son manager, a-t-il poursuivi.

L'UD avait porté plainte auprès du parquet de Nancy et s'était portée partie civile dans cette affaire aux côtés de la famille de Maxime. Depuis ce drame et durant six ans, les camarades se sont mobilisés sans relâche pour que l'affaire ne soit pas étouffée ni oubliée et que ces agissements ne restent pas impunis. Ils ont notamment tracté devant l'hypermarché Leclerc à chaque date anniversaire de la mort de Maxime. FO n'oublie pas et n'oubliera pas Maxime Chéry, avait également assuré la confédération FO, à l'occasion du premier anniversaire de la mort du militant.

Il aura fallu attendre plus de deux ans pour qu'un juge d'instruction soit nommé dans ce dossier et aboutisse au renvoi devant le tribunal correctionnel du manager, pour homicide involontaire et harcèlement moral, et de la société exploitant l'hypermarché, pour mise en danger de la vie d'autrui.

Les peines maximales requises par le procureur

Le procès s'est tenu le 8 avril dernier devant le tribunal de Nancy, où l'UD avait organisé un nouveau rassemblement de camarades. Le jugement a été rendu le 3 juin. Le manager a été condamné à trois ans de prison avec sursis, soit la réquisition du procureur et la peine maximale encourue. Il écope également d'une interdiction de travailler dans la grande distribution durant cinq ans et de cinq ans d'inégibilité. Il devra en outre indemniser la famille de Maxime à hauteur de 69 000 euros. L'UD FO a obtenu, comme elle le demandait, un euro symbolique.

Le tribunal a en revanche prononcé la relaxe de la société exploitant le magasin Leclerc de Vandœuvre, contre laquelle le procureur avait également requis la peine maximale, soit une amende de 375 000 euros.

Le manager mis en cause a été reconnu coupable de harcèlement moral, se félicite la FGTA-FO. La fédération, qui regroupe notamment les syndicats des secteurs de la grande distribution, considère néanmoins que l'employeur avait une responsabilité dans cette situation et qu'il n'a pas mis en œuvre toutes les mesures nécessaires pour faire cesser les agissements de harcèlement dénoncés ni pour assurer la protection du salarié. Elle apporte son entier soutien à la famille et à l'ensemble des camarades engagés dans ce dossier.

Un combat de six ans pour l'UD

La réaction de Frédéric Nicolas est également mitigée sur le jugement. Le cadre est condamné, c'est une satisfaction. Il est reconnu coupable de harcèlement et d'homicide involontaire. C'est l'issue d'un combat qui a duré six ans et qui n'était pas gagné au départ, avec les pressions exercées par Leclerc pour que l'affaire soit enterrée, explique le secrétaire de l'union départementale de Meurthe-et-Moselle. Mais ce dernier déplore la relaxe de l'employeur. C'est un message un peu brouillé envoyé aux employeurs qui peuvent se sentir un peu protégés par ce jugement. Si le manager est condamné, eux s'en sortent sans rien, ajoute-t-il.

La procédure va désormais se poursuivre à l'encontre du cadre et de l'employeur devant le conseil de prud'hommes de Nancy. La date de l'audience n'est pas encore connue. Le combat continue devant les prud'hommes mais aussi dans les entreprises, où le harcèlement continue d'être une méthode de gestion du personnel. Donc le combat n'est pas près de s'arrêter, prévient Frédéric Nicolas.