Alors que les prix de l'énergie explosent du fait du contexte international et que l'inflation à la hausse fait son retour, FO se bat pour des augmentations de salaire, si besoin en créant le rapport de force. Ainsi, dans le secteur Coop et viande, où huit échelons avaient basculé sous le Smic après deux ans d'impasse, un accord a pu être arraché en mars, qui remet la grille en conformité avec le Smic. Dans le textile, deux accords permettront d'assurer une augmentation minimale pour les salariés des petites entreprises. Le bras de fer se déroule aussi en entreprise, comme chez Giron où les salariés, en grève pour la première fois depuis treize ans, ont obtenu 2% de hausse. Dans le remorquage maritime à Rouen, les salariés ont dû faire douze jours de grève en mars avant que le groupe TSM daigne entendre leurs revendications. Par leur détermination, les marins ont obtenu entre autres une mesure générale sur les salaires. La mobilisation pour la feuille de paie touche même l'univers habituellement discret des services funéraires, FO ayant appelé à une action chez Funecap IDF, une première.
FO signe dans les branches du textile
FO a signé, mi-janvier, les accords salariaux dans les deux branches du textile. Dans celle des industries textiles, les 62 000 salariés obtiennent des augmentations de 1,3% sur l'ensemble de la grille. Une avancée mais en demi-teinte pour FO. Nous avions demandé une augmentation significative de 3%, bien au-dessus du niveau du minimum légal, afin de rendre cette grille la plus attractive possible
, commente Véronique Breger, secrétaire fédérale, responsable des branches du textile à la Fédéchimie FO. FO a toutefois signé l'accord, de même qu'un autre syndicat, pour les salariés des entreprises qui n'ont pas de délégués syndicaux et dont les patrons paient au ras de la grille
, explique la militante.
Lors des négociations, les organisations syndicales ont unanimement refusé la proposition patronale de + 1,2%. Devant ce refus, celle-ci a été portée à + 1,3%. Une revalorisation qui intervient dans le contexte d'une inflation moyenne de 0,9% en 2025.
Textiles artificiels : des NAO sur fond de difficultés dans la branche
Dans la branche des textiles artificiels, synthétiques et produits assimilés, qui emploie 2 500 salariés dans des entreprises travaillant en continu, la négociation a mené à un accord finalement unanime. Si FO ― défendant une revalorisation à la hauteur des attentes des salariés
― revendiquait initialement une augmentation salariale de 3% sur l'ensemble de la grille, elle a décidé de parapher l'accord d'une hausse de 1,5%, signature tenant compte du niveau moyen (0,9%) de l'inflation en 2025, ainsi que des difficultés de la branche. Des difficultés soulignées par le patronat au cours de la négociation. Celui-ci, évoquant la situation économique fragile des entreprises de la branche, a campé sur sa proposition plafonnant à 1,5% l'augmentation salariale. Outre l'obtention de cette hausse supérieure à l'inflation, les salariés qui travaillent de nuit ou en horaires décalés ont aussi décroché une revalorisation du montant de l'indemnité journalière de panier de nuit, qui passe de 7,30 à 7,50 euros.
Coop bétail et viande : FO arrache une revalorisation de la grille
Sur la forte impulsion de FO, syndicat majoritaire, un accord sur les minima salariaux a enfin pu être trouvé début mars dans la branche des coopératives bétail et viande. Le dernier accord applicable dans ce secteur, qui compte 13 000 salariés, datait de février 2023. En 2024 et 2025, les négociations salariales n'avaient pas abouti, les employeurs prétextant un contexte économique dégradé et des marges à la baisse. Le dialogue social est tel que depuis 2024, la CPPNI est présidée par un représentant du ministère de l'Agriculture, à la demande des organisations syndicales.
Le 4 mars, une CPPNI s'est réunie, avec comme seul point à l'ordre du jour l'évolution de la grille des minima de branche. Les négociations s'annonçaient de nouveau mal engagées, compte tenu du manque de volonté du patronat de négocier sur la question salariale.
Huit échelons sous le Smic
Dans ce contexte, la FGTA-FO a brandi à plusieurs reprises la menace d'une restructuration des branches, évoquant un rapprochement du secteur avec celui des industries en gros des viandes, dont le socle social est mieux-disant. Le patronat a fini par céder, acceptant, après deux suspensions de séance, la proposition portée par FO.
L'argument d'une possible restructuration des branches était légitime, au motif d'une absence de dialogue social, au point mort depuis 2023. J'avais prévenu le patronat que notre ultime proposition n'était pas négociable. Nous avons réussi à établir un rapport de force d'autant plus fort que la représentativité de FO est de 40% dans la branche
, explique Richard Roze, secrétaire fédéral chargé du secteur à la FGTA-FO.
L'accord, signé par FO et deux autres organisations syndicales, est applicable depuis le 1er mars dernier. Concrètement, les minima de branche sont revalorisés dans une fourchette allant de 6,82% pour le premier échelon de la grille à 2,21% pour le dernier échelon. Nous avons remis les salaires de la grille en conformité avec le Smic
, poursuit le négociateur, précisant qu'avant cet accord, huit échelons avaient basculé sous le montant du salaire minimum légal, provoquant un tassement des rémunérations.
Grève à la Sormar : les remorqueurs de Rouen obtiennent gain de cause
Cette année, les négociations annuelles obligatoires (NAO) ont été pour le moins rugueuses à la Sormar, la Société de remorquage maritime de Rouen (Seine-Maritime). Douze jours de grève auront été nécessaires, du 4 au 16 mars, pour que l'employeur, le groupe Thomas Services Maritimes (TSM), accepte d'entendre les revendications des quarante salariés. Le dialogue social est très mauvais dans cette société familiale, Monsieur Thomas estime qu'il est le seul décideur à bord et a beaucoup de mal à négocier avec les syndicats.
Or, les salariés étaient décidés à obtenir une revalorisation salariale et à faire évoluer leurs conditions de travail sur quelques points clés. Le patron a souvent refusé avant, disant que les chiffres ne le permettaient pas, Mais en 2025, on a fait une super belle année.
La grève a permis d'arriver à un compromis, avec une hausse salariale de 1,1%, certes en deçà des attentes des salariés. Mais les revendications internes sur les primes, les brevets, les formations, ont été entendues, . Ça a permis de remettre de l'ordre dans tout ce qui nous avait été enlevé ces dernières années
.
La justice confirme la légalité de la grève tournante
Par le passé, les salariés ont régulièrement été contraints de brandir une menace de grève, voire de débrayer pour se faire entendre. C'est d'ailleurs à la faveur d'un mouvement de quatre jours en 2023 que le Syndicat Maritime Nord s'est allié à FO-Transports, afin d'avoir l'appui actif d'une fédération. Ce soutien s'est avéré une nouvelle fois important : au milieu du mouvement, le groupe TSM a tenté de faire déclarer la grève illicite. Pour faire tourner le navire, l'équipage doit être au complet. Donc tous les salariés n'ont pas besoin de faire grève en même temps
, explique Étienne Castillo. Le mouvement aura eu le mérite de faire confirmer par la justice que cette pratique de grève tournante
est tout à fait légale.
Funéraire : la mobilisation a créé un rapport de force chez Funecap
C'est une action qui a fait du bruit dans le monde traditionnellement discret des services funéraires. Le 10 mars, des salariés du groupe Funecap Île-de-France se sont mobilisés pour les salaires, à l'appel de la section FO. Un rassemblement, le premier du genre, a été organisé toute la journée devant le siège régional du groupe, situé à proximité immédiate du cimetière du Montparnasse à Paris.
Une mobilisation de ce type, c'est quasiment inédit dans le secteur. Et qu'elle soit organisée à 900 mètres du siège de la holding, ça a généré un trouble
, raconte Bruno Grenier, secrétaire général de l'Union nationale des services funéraires UNSF-FO.
Funecap, qui possède des enseignes telles que Roc Eclerc ou Rebillon, est le deuxième plus gros groupe funéraire national. FO est ultra-majoritaire au niveau de la holding. La toute jeune section régionale, créée il y a un an, revendique notamment une hausse des salaires, à hauteur de 40%, une revalorisation de 50% du montant des astreintes et une augmentation du panier repas, actuellement à 6 euros pour certains salariés.
Un salaire moyen à 1 400 euros
Le salaire moyen est de 1400 euros net. On n'a pas de treizième mois et avec l'annualisation du temps de travail, les heures supplémentaires ne sont quasiment pas payées. Dès qu'on atteint un certain nombre d'heures, on nous met en repos
, dénonce Mickaël Douet, représentant FO, à l'origine de la mobilisation. À cela s'ajoutent de nombreux accidents, des plannings parfois changés au dernier moment… Cette journée était un coup de semonce
, mais d'autres actions pourraient suivre, prévient-il.
En l'absence de la direction, les représentants syndicaux n'ont pas pu être reçus. Mais Bruno Grenier a rencontré la direction centrale une semaine plus tard. Pour la première fois, nous sommes rentrés dans le rapport de force chez Funecap, ce qui a permis d'ouvrir le dialogue social
, se félicite-t-il. Dans la filiale Île-de-France, des élections professionnelles seront organisées à l'automne prochain, avant les NAO en décembre. Le militant espère qu'à l'issue de ces élections, la section FO soit structurée en syndicat. Ainsi nous pourrons activer le rapport de force si besoin
, prévient-il.
Victoire éclair chez Giron avec une augmentation générale des salaires de 2%
Quand une grève salariale paie, par voie de conséquence le travail est mieux rémunéré. Les quatre-vingt-neuf salariés de l'usine Giron à Châtellerault (Vienne) ont pu le constater. Ces derniers ont fait grève pour les salaires le 10 mars et ont obtenu une augmentation le jour même. Giron est l'unique fabricant, en France, de toiles de criblage, tamis posés sur des cribles qui, en vibrant, classifient des matériaux par granulométrie. Ces matériaux sont ensuite utilisés pour réaliser des routes et construire des bâtiments. L'entreprise exporte un tiers de sa production.
Une grève largement suivie
Le matin du 10 mars, la production de l'usine est à l'arrêt, rapporte la presse locale. Pascal Bruneau, délégué syndical FO, explique dans les colonnes de La Nouvelle République
que la proposition de la direction de revaloriser les salaires de 1,2% est insuffisante face au coût de la vie et compte tenu des résultats de l'entreprise. Les deux syndicats du site, dont FO, demandent une augmentation générale de 4%. Le mouvement de grève, porté par une intersyndicale, sera largement suivi. L'entreprise ne manque pas de boulot, les salariés font des efforts et, en retour, ils ne sont pas considérés
, déclare le délégué FO au journal. Et le militant de rappeler que l'entreprise a fêté son centième anniversaire en 2024 et que la direction avait mis beaucoup d'argent sur la table à cette occasion. Alors pourquoi pas pour les salaires? Le choix d'arrêter le travail le 10 mars n'était sans doute pas fortuit. Le lendemain, la direction devait recevoir un gros client. Une manière de mettre la pression, de créer un rapport de force, d'autant qu'une nouvelle réunion de négociation salariale devait se tenir le surlendemain. Le 10 mars à 17h, la grève était levée et le travail reprenait. Un accord a été conclu, a annoncé l'intersyndicale, avec à la clé l'acceptation par l'entreprise d'une augmentation générale de 2%.


