En Argentine, la déréglementation progresse malgré des mobilisations d'ampleur

Rédigé le 12/03/2026
par Fanny Darcillon, L'inFO militante

La réforme du travail votée fin février instaure notamment la journée de travail de douze heures. Une nouvelle salve de projets de loi inquiète déjà les syndicats.

Pour les travailleurs argentins, un combat succède à un autre. Alors que la loi dite de «modernisation du travail» – qui fera reculer drastiquement les droits des travailleurs, selon les syndicats – vient d'être votée par les députés puis par les sénateurs fin février, le président Javier Milei a annoncé le 1er mars, lors de son discours sur l'état de la nation, un nouveau train de réformes tous azimuts pour 2026. L'homme politique se targue d'avoir obtenu durant ses deux premières années de mandat des résultats macroéconomiques inespérés. Porté par l'élan d'une croissance qui s'établit à 4,4% en 2025, il rêve désormais de toujours plus de déréglementation pour l'Argentine. Celui qui veut faire de l'alliance avec les États-Unis une politique d'État a ainsi évoqué la perspective de pas moins de quatre-vingt-dix réformes, portant notamment sur les systèmes électoral, fiscal, sur l'éducation ou encore sur le Code pénal.

Un pouvoir d'achat en berne

La volonté de reprendre en main l'économie argentine s'est pourtant soldée par un coût important, payé entièrement par les travailleurs. Près de 300 000 emplois ont été supprimés dans le public et le privé en deux ans. Les Argentins sont souvent contraints de cumuler plusieurs jobs pour boucler leurs fins de mois. Selon un rapport de l'Institut de la statistique, 80% des entreprises industrielles n'ont aucun projet d'embauche dans les mois à venir, et la principale préoccupation des entreprises reste la demande intérieure, plombée par un pouvoir d'achat au plus bas.

En réponse à ces déboires, les salariés ont décidé de la quatrième grève générale depuis le début de mandat de Javier Milei et ont mis le pays à l'arrêt le 19 février. Malgré la mobilisation d'ampleur, la très décriée réforme du travail a été adoptée par les parlementaires, ouvrant notamment la voie à une flexibilisation des modalités de licenciement, à un allongement de la journée de travail jusqu'à douze heures quotidiennes (contre huit auparavant) et à une limitation du droit de grève via l'extension des services considérés comme essentiels. La Confédération générale des travailleurs argentins entend d'ores et déjà faire reconnaître l'inconstitutionnalité de ce texte devant la justice.