Chef opérateur son sur le plateau d'une série de France 3, Sébastien Lebailly décrit un quotidien éloigné du siège du groupe public et est à la manœuvre dans la défense des droits des salariés.
J'ai toujours été sensible à la défense des droits des travailleurs. Si c'était à refaire, je m'engagerais à nouveau dans le syndicalisme. Lorsque j'étais intermittent du spectacle je ne pouvais pas trop m'exprimer. Mais depuis que je suis en CDI, je peux me le permettre.
Sébastien est chef opérateur son chez France Télévisions. Depuis 2018, il travaille à Vendargues (Hérault), sur la série quotidienne Un si grand soleil. Il a été désigné représentant de proximité par le CSE de la chaîne dès sa première année de prise de poste. Au lancement de la série, il y a eu beaucoup de recrutements,et comme nous sommes loin du siège, les syndicats voulaient un relai sur place. Un collègue qui milite chez FO me l'a proposé et j'ai accepté.
Au quotidien, le rôle de Sébastien – devenu délégué syndical en 2023, et élu au CSE de France Télévisions en décembre dernier – consiste surtout à répondre à des questions pratiques pour les 250 salariés du site : précisions sur les congés, les arrêts de travail, les horaires, les primes versées ou non... Car nous n'avons pas de service du personnel sur place.
La santé au travail au cœur des préoccupations
Les questions amenées devant le CSE portent quant à elles souvent sur des sujets relatifs à la santé et à la sécurité au travail. Il peut y avoir des mises en danger, des droits d'alerte, notamment quand nous tournons en décor naturel, dans des lieux qui ne sont pas faits pour cela
, observe Sébastien. Les élus travaillent actuellement sur le port des équipements de protection individuels. Le délégué attire aussi l'attention sur les nombreux accidents de trajet. Certaines journées peuvent faire jusqu'à dix heures et les techniciens repartent fatigués avec parfois pas mal de route à faire.
La problématique du bien-être au travail est aussi très présente dans une entreprise en cours de transformation. Nous allons vers le tout numérique et les nouveaux outils de travail ne sont pas toujours faciles à faire accepter
, explique Sébastien. L'arrivée de l'intelligence artificielle, elle, n'est pas encore au cœur des préoccupations du militant. Quand on regarde les génériques des superproductions qui utilisent déjà l'IA, de type Marvel ou autre, ils ne sont pas plus courts que ceux du cinéma classique. Mais cette technologie fera évoluer les métiers, c'est certain.
Des essais ont d'ailleurs déjà été réalisés sur Un si grand soleil. Les résultats sont peu convaincants, sauf à utiliser des moyens très onéreux
, observe-t-il. Or chez France Télévisions, l'heure est plutôt aux économies. Le budget de la série n'a presque pas changé en huit ans, malgré l'inflation, . Alors forcément il faut faire attention à la moindre dépense et travailler toujours plus vite, et pas toujours bien.
Parmi les avancées auxquelles il a contribué, celui qui dédie deux semaines par mois à ses mandats cite ses premières négociations salariales, en 2022, avec de belles augmentations à la clé
. Il signale au passage que trois organisations syndicales étaient ensemble à la manœuvre. Et FO-France Télévisions m'a beaucoup aidé.
Il évoque aussi, sur un plan plus personnel, la fierté d'avoir pu accompagner dans ses démarches pour accéder à une retraite progressive l'un de ses mentors, un professionnel qui m'a beaucoup appris du métier
. Pour l'avenir, Sébastien Lebailly projette de se former davantage à la négociation, grâce à un stage auprès de son UD. Car de toute façon, quel que soit le sujet abordé avec la direction, même s'il ne s'agit pas de signer un accord, cela tourne presque toujours à la négociation.


