La hausse du Smic fait passer 70% des branches dans la non-conformité. L'inflation grimpe à 2,4% en mai sur un an. Les mesures publiques face à la hausse des prix des carburants restent limitées. En parallèle, le gouvernement confirme les gels et annulations de crédits du budget de l'État en 2026... En ce début juin, les salariés rappellent eux leur exigence d'un meilleur partage des richesses produites et donc de hausse des salaires.
Les numéros un des huit organisations syndicales, dont Frédéric Souillot, ont adressé un courrier en ce sens au Premier ministre. Le patronat, lui, se lamente du gel des allègements de cotisations sur les salaires, soit de l'effet de hausse mécaniquement induit par la revalorisation du Smic. Sur fond de croissance en repli, l'emploi, notamment des jeunes, demeure au cœur des visées de négociations de FO, luttant pour les droits et leur respect. L'hypothétique projet de Bercy, visant à surligner les dépenses publiques dédiées aux pensions des fonctionnaires, apparaît dès lors stigmatisant et donc source d'inquiétude, d'autant plus dans un contexte de discours ultra-libéral revigoré sur le coût
des retraites, du privé comme du public.
I l s'agit de protéger l'activité et le pouvoir d'achat
, expliquait le 31 mai le Premier ministre, Sébastien Lecornu, concernant les mesures exposées le 21 mai dans le cadre de la poursuite du plan de soutien face à la hausse des prix des carburants. Des mesures, ni générales ni de blocage des prix, qui restent limitées à certains secteurs (transporteurs, BTP, agriculteurs), avec une extension depuis le 1er juin aux pêcheurs et par ailleurs une revalorisation des indemnités kilométriques des aides à domicile. Le plan cible aussi les foyers dont le revenu fiscal de référence par part n'excède pas 16 880 euros. La prime pour les grands rouleurs
, dans un cadre professionnel, est doublée, passant à 100 euros. Le 31 mai, le gouvernement comptabilisait 439 339 demandes enregistrées sur le site des impôts. En avril, il indiquait que trois millions de personnes pouvaient être concernées. Est annoncé aussi le doublement ― de 300 à 600 euros par an ― du plafond de la prime carburant (défiscalisée et désocialisée) versée par les employeurs. Prime toujours facultative.
L'asymétrie
des efforts
Parallèlement, et sur fond de situation économique inquiétante ― avec un PIB en recul de 0,1% au premier trimestre ―, est annoncée une annulation de crédits budgétaires (au total 847 millions d'euros) avec réactivation de 320 millions pour le financement des mesures grands rouleurs et du chèque énergie. Ont été confirmés et détaillés par ailleurs les gels de crédits, à hauteur de 6 milliards d'euros, annoncés le 21 avril. Le budget de l'État sera impacté, via les moyens ministériels (hors Armée et Justice), pour 3,2 milliards d'euros. Par ailleurs, il a été décidé de ne pas tenir compte de la revalorisation du Smic au 1er juin (+ 2,41%) dans le calcul des exonérations de cotisations sociales patronales (qui représentent désormais autour de 80 milliards par an). Ce manque à gagner supplémentaire évité aux comptes publics (soit 2,2 milliards d'euros) met vent debout le patronat, pestant contre une hausse du coût
du travail. C'est un signe catastrophique
, les entreprises sont les variables d'ajustement budgétaire du gouvernement
, assure-t-il, laissant planer une menace sur l'emploi et les négociations salariales. Alors que l'inflation ― de 2,4% sur un an en mai ― ne peut qu'engloutir les maigres effets de la hausse automatique du Smic, le 27 mai, les numéros un des huit organisations syndicales, dont le secrétaire général de FO, se sont adressés par courrier au Premier ministre. Ils lui rappellent notamment que derrière
les chiffres et les indicateurs économiques il y a des vies. Des travailleurs dont le pouvoir d'achat s'érode, des familles modestes dont le reste à vivre fond à chaque passage en caisse. (…) Là où la fragilité existait déjà, le choc actuel l'aggrave
. La revalorisation du Smic ne suffira pas à répondre à l'augmentation du coût de la vie et il ne peut s'agir d'un solde de tout compte
, appuient les syndicats, rappelant, tacle au patronat, l'asymétrie
des efforts pour les économies depuis des années et soulignant la fragilité
actuelle du pacte social
.
L e Smic, qui concerne environ 2,2 millions de salariés (chiffres de 2024), a enregistré au 1er juin une revalorisation de 2,41%, ce qui le porte à 1 867,02 euros brut par mois. Cette hausse n'a une nouvelle fois rien d'un coup de pouce. Elle n'est due qu'à l'application du mécanisme de revalorisation lorsque l'indice des prix à la consommation augmente d'au moins 2% par rapport à la revalorisation précédente. C'est le cas. La hausse du Smic en juin a pour effet de ramener les minima de 70% des branches professionnelles (126 branches sur 179) sous le Smic (trente branches l'étaient fin mai), indiquait le ministère du Travail le 27 mai lors du Comité national de suivi des salaires. Cette situation illustre, s'il le fallait, la pertinence de la revendication de FO, qui demande une hausse générale des salaires et notamment aussi la remise en place d'une échelle mobile, cela afin de rompre avec le tassement des grilles et donc la Smicardisation des salaires. V. F.


