Ces sanglants 1er Mai

Rédigé le 19/04/2026
par Christophe Chiclet, L'inFO militante

Chicago, Paris, Fourmies... La journée internationale de revendication et de solidarité depuis 1886 reste marquée par le sang des travailleurs.

C'est en 1886 que les syndicalistes américains préparent une grande journée de grève générale interprofessionnelle pour obtenir les 8 heures. Ils choisissent la date du 1er mai. À Chicago, la grève se poursuit et au troisième jour des manifestations une bombe explose dans les rangs de la police à Haymarket. Huit dirigeants syndicalistes seront arrêtés : quatre seront pendus, trois seront condamnés à perpétuité, un se suicidera en prison. Lors de la révision du procès en 1893, tous seront innocentés. Après le drame de Haymarket, le mouvement ouvrier international décide de faire du 1er mai la journée internationale de revendication. À Paris, en juillet 1889, le congrès fondateur de l'Internationale décide de faire du 1er mai la journée de grève pour les 8 heures (huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures pour le loisir).

La tragédie de Fourmies

En 1890 le succès sera mitigé, mais l'année suivante, toutes les composantes qui allaient fusionner pour créer la CGT quatre ans plus tard se retrouvent pour un 1er Mai grandiose. Il sera toutefois tragique car marqué par une répression féroce des manifestations ouvrières. Ainsi, à Paris, à Clichy, ou plus dramatiquement encore à Fourmies, petite ville de 15 000 habitants dans le Nord. Dans cette cité aux trente-sept filatures de textile, secteur en crise depuis 1885, les conditions de travail se sont durcies. Ce 1er Mai 1891, les piquets de grève sont mis en place tôt le matin. Mais dès 9h, les gendarmes à cheval chargent celui de la manufacture «Sans pareille», arrêtant quatre manifestants. Le 84e régiment d'infanterie d'Avesnes est aussi sur place et le sous-préfet fait venir de Maubeuge la moitié du 145e de ligne. En fin de matinée, les délégués des fabriques en grève remettent leurs revendications au maire : la libération des manifestants arrêtés le matin, les 8 heures, la possibilité de créer des bourses du travail et des caisses de retraite, ou encore l'abrogation dans les ateliers des amendes pour retard et malfaçon. Mais le soir, tout bascule. Deux cents jeunes manifestants se retrouvent place de l'église face à trente soldats, jeunes conscrits apeurés sous les ordres du commandant Chapus, lequel ordonne de faire feu sur une foule ni violente, ni armée. Neuf manifestants, cinq femmes et quatre hommes, de 11 à 30 ans, sont fusillés quasiment à bout portant. Neuf blessés sont arrêtés et seront condamnés. Trois jours plus tard, des manufactures, des mines, des ateliers, des boutiques, ils seront plus de 30 000 à accompagner leurs camarades jusqu'à leur dernière demeure. Le 8 mai, à la Chambre, Clemenceau, qui n'est pas encore le «briseur de grèves» dénoncé plus tard par la jeune CGT, rend un vibrant hommage aux victimes de ce 1er Mai sanglant à Fourmies.