Après son rachat par MH France, Alinea est une simple marque. Secrétaire adjointe de section du Commerce de la fédération FO des employés et cadres (FEC-FO), Audrey Ricci dénonce un repreneur qui veut faire du business sans salariés
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Je suis heureux de vous annoncer que le groupe MH France/Aosom.fr vient d'acquérir la marque Alinea ainsi que ses droits d'exploitation
. C'est par ce post publié mi-juillet sur LinkedIn qu'Emmanuel Bénichou, directeur général de MH France, a annoncé la reprise de l'enseigne d'ameublement Alinea, propriété de la galaxie Mulliez, par la filiale française du groupe chinois Aosom, un site Internet spécialisé dans les produits de la maison et du jardin. Liquidé en mars 2026, ses 36 magasins fermés et ses 1 200 salariés licenciés, Alinea reparaît, mais sans magasins ni salariés. Reste la marque.
Nous aurions pu nous satisfaire de ce genre d'annonce si le repreneur avait dit qu'il contacterait les anciens salariés d'Alinea pour leur proposer de postuler, de reprendre leur ancienneté et leur savoir-faire, et de redémarrer sur une bonne idée, mais a priori, n'est pas à l'ordre du jour. Je pense que ça doit être d'autant plus violent pour les anciens salariés
, regrette Audrey Ricci, secrétaire adjointe de section du Commerce à la fédération FO des employés et cadres (FEC). La dernière fois que j'ai parlé aux anciens salariés d'Alinea, ils en avaient assez
, témoigne de son côté David Malezieux, secrétaire adjoint en charge d'Alinea à la même section fédérale.
Concurrence du e-commerce et erreurs de gestion
Il faut dire que les salariés vivaient leur deuxième procédure judiciaire en quelques années. Alinéa avait déjà été placée en redressement en 2020, avait déposé le bilan pour 17 magasins et s'était délestée de près de 1 000 salariés. L'épisode s'était déroulé en plein covid. Alinea était en outre confronté au e-commerce et à la baisse de la consommation, car le coût de la vie augmente mais les salaires ne suivent pas; les consommateurs doivent donc faire des arbitrages et dans ce cas, le nouveau canapé n'est pas prioritaire
, explique Audrey Ricci. Elle pointe en outre des erreurs de gestion au niveau de la direction, à qui personne ne demande des comptes
. En 2026, devant le tribunal, un repreneur potentiel, la société roumaine SDC Holding, avait promis de limiter la casse sociale et de sauver la marque, faisant renaître l'espoir des salariés, avant de retirer son offre, entraînant la liquidation d'Alinea. SDC voulait reprendre Alinea mais n'avait jamais fait de commerce et voulait conserver le même comité directeur
, rappelle David Malezieux.
Des indemnités multipliées par quatre
Les conditions de licenciement des 1 200 salariés se négocient à cette période-là. La première proposition de l'Association familiale Mulliez, 2,6 millions d'euros, est une injustice insupportable
, avait alors estimé Margaux Palvini, élue FO au CSE du siège d'Alinea, dans l'InFO militante (Fermeture d'Alinéa : grâce à la grève, l'enveloppe des indemnités de départ quadruplée). Il s'en est suivi un mouvement de révolte à l'initiative de FO
, rappelle Audrey Ricci. Le 14 février, les salariés font ainsi grève pendant une journée fortement médiatisée. Le propriétaire propose alors 10 millions d'euros pour payer les licenciements économiques. Presque quatre fois plus que la première proposition. Mulliez a mis la main à la poche pour faire cesser le mouvement et la mauvaise publicité, . C'est toujours comme ça que cela se passe. Les salariés ne font jamais grève de gaîté de cœur mais parce qu'ils ne sont pas entendus. En l'espèce, le dialogue sur les moyens était littéralement fermé jusqu'à ce que les salariés se mobilisent. Quand les patrons disent que cela ne sert à rien de faire grève, c'est faux. C'est dommageable pour le dialogue social, mais si on ne tape pas du poing sur la table, il ne se passe rien
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Business sans salarié
Si je rachète la marque Alinea, ce n'est pas pour la détruire
, promet aujourd'hui Emmanuel Bénichou, dont l'entreprise est désormais propriétaire d'une belle marque patrimoniale que tous les français connaissent
. Le repreneur met en avant les clients qui adorent la marque, cela prêterait à sourire si derrière il n'y avait pas un drame humain, Le problème, c'est qu'aujourd'hui on veut faire du business mais sans salariés, ou en tout cas le moins possible.
Tel était vraisemblablement le projet de MH France dès le départ. Selon Audrey Ricci, au moment même où la situation d'Alinea était étudiée par le tribunal, le projet de reprise par MH France était sans doute déjà dans les tuyaux, car le timing est court
. La liquidation a en effet été prononcée en mars 2026 et la reprise annoncée trois mois plus tard. Mi-juillet sur BFM TV, Emmanuel Bénichou déclarait d'ailleurs qu'il étudiait le dossier depuis le mois de novembre
, date à laquelle Alinea a été placée en redressement judiciaire. Pour autant, je n'ai pas connaissance qu'il se soit présenté comme repreneur devant le tribunal
, témoigne Audrey Ricci. Selon elle, ce monsieur ne voulait simplement pas des salariés
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