Discriminations au travail : une décennie loin de les avoir éradiquées

Rédigé le 09/01/2026
par Ariane Dupré, L'inFO militante

Les discriminations au travail restent toujours aussi préoccupantes, alerte le Défenseur des droits dans son «18e baromètre des discriminations dans l'emploi», paru le 10 décembre. L'enquête, qui dresse une comparaison entre 2016 et 2024, montre que neuf actifs sur dix estiment qu'il existe toujours des discriminations dans l'emploi. En 2024, 35% des personnes sondées déclarent avoir été discriminées au cours des cinq dernières années sur des critères pourtant prohibés par la loi, comme l'âge, le sexe, l'origine ou la religion. Cette proportion ne faiblit guère puisqu'elle était de 39% en 2016. Le baromètre montre toutefois des améliorations : en 2024, 14% des personnes disent avoir été discriminées dans le cadre de leur recherche d'emploi, contre 18% en 2016. Sur ce point, l'âge reste le premier motif cité (42%), en particulier chez les seniors, suivi de l'origine et de la couleur de la peau (21%). Les discriminations liées à la carrière sont aussi à la baisse (21% en 2024, contre 29% en 2016). Elles touchent en majorité les femmes : plus de la moitié (56%) se disent discriminées dans le cadre de leur évolution professionnelle. À noter aussi que les discriminations syndicales perdurent : une personne sur dix affirme être entravée dans sa carrière en raison de son activité syndicale.

Les jeunes et les femmes surexposés

Le Défenseur des droits attire l'attention sur la surexposition de certaines catégories de personnes aux risques de discrimination, en particulier les femmes et les jeunes. En matière de carrière, le fait d'être une femme multiplie par deux le risque de subir une discrimination par rapport aux hommes. Ce risque était de 1,6 en 2016, pointe l'instance, qui souligne que les stéréotypes autour de la maternité […] pèsent lourdement sur la carrière des femmes. La situation des jeunes n'est guère plus enviable : Dans la recherche d'emploi comme dans le déroulement de carrière, les 18-24 ans ont deux fois plus de risque de rapporter l'expérience d'une discrimination que les 45-54 ans. La bonne nouvelle est que les personnes visées réagissent beaucoup plus qu'auparavant : par rapport à 2016, elles sont trois fois plus nombreuses à entreprendre des démarches pour faire reconnaître leur discrimination, surtout si elle est liée à leur carrière (46%), nettement moins lors d'une recherche d'emploi (15%). Si les salariés discriminés dans leur évolution professionnelle n'hésitent pas à en parler aux syndicats ou à la médecine du travail, seule une poignée d'entre eux (12%) entreprennent une action juridique. Face à ce faible recours, le Défenseur des droits appelle à instaurer une véritable politique de lutte contre les discriminations à long terme dans les organisations, et à renforcer les politiques d'égalité professionnelle femmes-hommes au sein des entreprises et des administrations.