Salaires et conditions de travail au cœur des attentes

Rédigé le 08/07/2026
par Valérie Forgeront, L'inFO militante

En ce début d'été, les nerfs des travailleurs sont mis à rude épreuve. Ainsi, une situation de conditions de travail très dégradées du fait de la canicule vient s'ajouter au mécontentement salarial qui perdure.

Demandant une prime canicule et de déplacement pour les agents, la fédération FO des services publics et de Santé (SPS-FO), indique clairement : les hospitaliers n'attendent pas de nouveaux remerciements, ils attendent une rémunération à la hauteur de leur engagement. Comme lors de la canicule de 2003, les personnels de la fonction publique hospitalière sont aujourd'hui en première ligne. Et la SPS-FO, qui a déposé un préavis de grève courant du 2 juillet au 15 octobre, rappelle les revendications, entre autres, l'abandon immédiat des politiques d'austérité et la nécessité d'améliorer les rémunérations et les carrières.

Canicule : la nécessité d'anticiper

FO Fonction publique dans une lettre adressée le 25 juin au ministre de l'Action et des Comptes publics, David Amiel, a de son côté demandé le respect immédiat des obligations des employeurs publics dans le cadre de la canicule. Et de préciser : D'une manière générale, les conditions de travail ont été particulièrement dégradées par la politique austéritaire du gouvernement : réformes, restructurations et coupes budgétaires imposées par la loi de finances pour 2026.

La FGTA-FO, qui tenait son 15e congrès fin juin à Montpellier, a alerté quant à elle le 29 juin sur la situation des salariés de ses secteurs, particulièrement exposés aux risques liés à la canicule, notamment dans l'agriculture, mais aussi dans l'agroalimentaire, le commerce, la logistique, la restauration et les activités saisonnières. A noter que dans ces secteurs, nombre de salariés perçoivent des rémunérations autour du Smic.

Travail dans les champs, récoltes, serres, conditionnement, entrepôts, quais, cuisines, surfaces de vente : dans de nombreux secteurs de la FGTA-FO, les salariés continuent de travailler dans des conditions rendues extrêmement pénibles par les températures élevées indique la fédération qui demande aux employeurs et aux pouvoirs publics de passer des constats aux actes pour protéger les salariés et prévenir durablement les risques liés aux fortes chaleurs.

Plus largement, la confédération a demandé lors d'une réunion le 24 juin au ministère du Travail avec les organisations syndicales et patronales, entre autres de l'anticipation quant aux mesures à prendre lors de canicules et à ce que soit renforcé le dialogue social dans les branches.

Pouvoir d'achat : l'humeur maussade des ménages

Tout comme la question des conditions de travail, celle portant sur les salaires et le pouvoir d'achat occupe aussi les premiers rangs de l'actualité sociale en ce début d'été. D'autant que les travailleurs, actifs et retraités, préoccupés par ce pouvoir d'achat, souffrent qu'il soit en berne. Si l'indice de confiance des ménages a gagné deux points en juin, il est très bas (à 84), toujours bien en dessous de sa moyenne de longue période, soit 100, entre janvier 1987 et décembre 2025, note l'Insee. L'institut indique que le climat de l'épargne est dégradé. Quant aux soldes d'opinion sur la situation financière personnelle à venir ainsi que celle du niveau de vie à venir, si elles s'améliorent légèrement, elles sont, elles aussi, toujours sous la moyenne de longue durée.

Comment s'en étonner. En effet, les salaires n'augmentant pas massivement (alors que les entreprises perçoivent des exonérations massives de cotisations et autres aides publiques, ce qui représente au total 270 milliards d'euros par an de manque à gagner pour les finances publiques), tout comme les pensions. Récemment, l'Insee indiquait que le pouvoir d'achat des ménages reculerait de 0,3% en 2026.

C'est dans ce contexte qu'un rapport de la Cour des comptes propose, pour l'objectif de 300 millions d'euros d'économies, de revisiter la prime d'activité (financée par l'État et s'adressant notamment au travailleurs pauvres) en écartant de son octroi les apprentis et certains retraités (cumulant emploi et retraite), et en l'accordant aux seuls salariés payés pas plus de 0,5 Smic. En l'absence de hausses substantielles des salaires et des pensions, l'insécurité financière des plus modestes pourrait se renforcer.

Sortir de la tendance à la Smicardisation

Le conseil d'analyse économique, rappelant la nécessité de soutenabilité des finances publiques et pointant l'ampleur des allègements de cotisations sociales accordés aux employeurs (74 milliards d'euros cette année) propose, lui, dans une récente note (d'Antoine Bozio et Étienne Wasmer, auteurs d'un rapport pointant en 2024 l'efficacité du système des exonérations), de revisiter les aides à l'emploi en ciblant des «publics prioritaire». On comprend, les jeunes et les séniors. Est ainsi proposé de désindexer les allègements généraux du Smic pour réduire les taux marginaux implicites et de réviser conjointement l'indexation du Smic et des allègements. Cela réduirait le manque à gagner qu'induisent les allègements sur les comptes publics, dont sociaux, et donc dégagerait des marges d'actions, analysent les auteurs qui parient sur une possibilité augmentée de hausse des salaires, pour ainsi sortir de la tendance à leur Smicardisation.

Mais si le «coût» du travail est actuellement fortement réduit au niveau du Smic rappelle le CAE, le patronat accepterait-il sans sourciller une légère hausse mécanique de ce «coût» alors qu'il a peu digéré en juin le gel de l'effet de la revalorisation du Smic sur le calcul des exonérations? En 2023, souligne le CAE, si le revenu disponible est relativement élevé pour les salariés concernés par le Smic, le coût annuel du travail au salaire minimum est particulièrement faible. Il est d'environ 22 000 € en France, contre près de 30 000 € en Allemagne et aux Pays-Bas, et environ 24 000 € aux États-Unis rappelle la note d'Antoine Bozio et Étienne Wasmer.

Plus largement, toutes ces propositions renvoient surtout à la problématique de la hausse des salaires. La récente étude de la Dares sur l'épargne salariale (participation, intéressement, abondement des plans d'épargne d'entreprise), certes en progression, montre qu'une majorité de salariés en sont exclus. Les bénéficiaires d'une prime représentent 46,0% des salariés du secteur privé non agricole en 2024, soient neuf millions. Ils ne sont que 14,8% dans les entreprises de moins de dix salariés. Rien ne remplace donc la hausse du salaire brut. Ce que ne cesse de revendiquer FO…