Le tribunal de commerce de Toulouse a rejeté l'offre de reprise du groupe Fibre Excellence portée par le financier Matthieu Pigasse, et prononcé la liquidation judiciaire de l'usine de Tarascon. Le site de fabrication de pâte à papier et d'électricité employait quelque 270 salariés. Le syndicat FO appelle toujours à la nationalisation temporaire de l'entreprise pour sauver l'emploi local, et, au-delà, toute la filière bois-papier.
C'est un coup de massue. Je ne pensais pas qu'on serait lâchés comme ça en plein mois d'août
, reconnaît un élu du syndicat FO de l'usine Fibre Excellence de Tarascon, dans les Bouches-du-Rhône. Le 29 juillet, le tribunal de commerce de Toulouse a prononcé la liquidation de ce site qui produit de la pâte à papier et de l'électricité. Quelques 270 emplois directs et des milliers d'emplois indirects sont supprimés. L'autre usine du groupe, située à Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, pourrait bénéficier d'un sursis, un repreneur potentiel s'étant manifesté.
Multiples réunions au ministère de l'Economie, appels à la mobilisation, occupation de l'usine depuis le 23 juillet… Les syndicats, dont FO, et les salariés se sont battus durant de longs mois pour tenter de sauver leur usine qui avait été placée en redressement judiciaire fin avril, confrontée à une hausse de ses coûts de production et au retrait de son actionnaire.
La confédération FO s'est aussi investie dans ce dossier. Au-delà du groupe Fibre Excellence, c'est toute la filière bois-papier qui est en jeu, soit près de 10 000 emplois indirects, avec un enjeu de souveraineté nationale.
Des conditions de départ à minima
Mi-juin, la direction avait déposé une offre de reprise, assortie de conditions suspensives à la main du gouvernement, dont une hausse du prix de rachat par l'État de l'électricité produite par le groupe et une sécurisation de son approvisionnement en bois. Mais le ministre de l'Industrie avait déploré l'absence d'un réel investisseur industriel dans ce plan de relance. Le syndicat FO dénonçait également le fait que le repreneur soit prêt à geler les salaires pendant trois ans.
Début juillet, l'homme d'affaires Mathieu Pigasse, avec le soutien des régions Sud et Occitanie, avait déposé in extremis une offre de reprise globale du groupe, avec des projets de diversification de la production, mais assortie des mêmes conditions suspensives. Le ministre de l'économie avait estimé que cette offre n'était pas au niveau
et le gouvernement avait refusé de mettre la main à la poche.
Après la liquidation prononcée par le tribunal, les premières lettres de licenciement sont tombées. Ce sont des licenciements économiques, avec des conditions de départ à minima. On se sent abandonnés. On n'a plus de direction. Et en août, beaucoup de services sont fermés
, déplore le syndicat FO.
Des taux de chômage supérieurs à 16% localement
Le syndicat FO demande toujours la nationalisation temporaire du site, pour laisser le temps d'élaborer un projet industriel complet, et sauver les emplois et la filière bois-papier. Cette revendication avait également été portée par Frank Serra, secrétaire général de la fédération FO-Construction, Franck Bergamini, secrétaire général de l'UD FO des Bouches-du-Rhône, Patrice Pauly, son homologue de Haute-Garonne, et les secrétaires des unions locales FO, dans un courrier adressé le 16 juillet au Président de la République. Comment pourrait-on interpréter qu'à l'heure de la réindustrialisation, tant prônée par dans les communications gouvernementales, ces deux usines puissent fermer en entraînant des milliers de licenciements?
, rappelaient-ils, tout en soulignant les enjeux de souveraineté et d'indépendance industrielle.
Fibre excellence est l'un des derniers fabricants en France de pâte à papier. Le groupe consomme 2 millions de tonnes de bois par an en pleine cadence, ce qui permet aussi d'entretenir la forêt
, ajoute le syndicat FO.
Fibre Excellence est également le dernier grand site industriel du bassin d'emploi d'Arles. Or, comme l'ont rappelé les signataires du courrier au chef de l'État, les bassins d'emploi de Saint-Gaudens et Tarascon affichent déjà des taux de chômage supérieurs à 16%.
Se pose aussi une question de sécurité pour le site de Tarascon, classé Seveso. Il reste encore une quarantaine de salariés en poste mais ils partiront à la fin du mois d'août. Une société spécialisée va venir retirer les produits chimiques mais pour notre activité, les procédures de sécurisation ne s'acquièrent pas en trois jours. Et si le site n'est pas sécurisé, quelles seront les conséquences pour la population locale? La nationalisation c'est aussi assurer la sécurité de la population
, poursuit le syndicat FO.


