Face à « la saignée » infligée à l'hôpital public, organiser la riposte

Rédigé le 05/01/2026
par Chloé Bouvier, L'inFO militante

Pour sauver la situation des établissements publics de santé, il faut des moyens à la hauteur rappelle la SPS-FO, alors que les problèmes se multiplient dans les services. Et les mobilisations aussi.

Le constat de la situation catastrophique est unanime dans les hôpitaux publics, appuie Didier Birig, secrétaire général de la fédération SPS-FO. L'enveloppe fixant l'évolution des dépenses de l'assurance maladie prévue initialement dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale, adopté définitivement le 16 décembre par le parlement, était bien en deçà des besoins, avec une augmentation de l'ONDAM de 1,6%, un niveau historiquement bas. Si les débats parlementaires ont conduit le gouvernement à consentir à une hausse de 3%, ce qui a été adopté, celle-ci demeure inférieure aux besoins sur le terrain. D'autant que l'évolution naturelle des dépenses de santé, prenant en compte le vieillissement de la population ou encore l'augmentation du nombre de malades chroniques, s'établit à plus de 4%. Avec un déficit cumulé à 3,5 milliards pour les hôpitaux en 2024, le pire reste à venir, s'inquiète la fédération FO D'autant que le budget actuel amputera de 4 milliards d'euros les moyens réellement disponibles pour nos structures.

La question des moyens (budgétaires dont en effectifs) ne se limite pas à un combat de chiffres rappelle Didier Birig. Derrière les décisions prises, il y a des conséquences concrètes sur la vie des Français et leur accès au soin, martèle le militant. Ainsi, au CH Nord Mayenne, l'accès aux urgences est limité depuis le 3 novembre : ce service n'est accessible qu'entre 8h30 et 16h30, alors que la fermeture était initialement prévue à 20h30. Cette fermeture nocturne, présentée comme un moyen de renforcer les urgences de Laval, se fait au détriment de l'activité globale du CHNM : tous les services sont fragilisés par cette baisse d'activité organisée, la pénurie chronique de médecins et l'absence de stratégie médicale durable sur le territoire, dénonce le syndicat FO

À l'hôpital de Riom (Puy-de-Dôme), c'est le service de cardiologie qui est au bord de la fermeture. Face à la dégradation, le CHU de Clermont-Ferrand a mis en place un dispositif d'urgence (fermeture temporaire de l'unité de soins continus, présence partielle de cardiologues à Riom…) mais celui-ci est extrêmement fragile et largement insuffisant, reposant principalement sur des docteurs juniors envoyés cinq demi-journées par semaine. Et la fédération FO de souligner que l'unité de soins continue, fermée, accueillait près de 580 personnes par an.

Amplifier la mobilisation

Ces fermetures, et plus globalement la dégradation des moyens des services publics de santé, sans parler de la perte d'attractivité des carrières, ont un impact lourd sur les conditions de travail des soignants. Et cela ne concerne pas seulement les hôpitaux. Le 5 décembre dernier, les agents de l'Ehpad de Viré (71) se sont mobilisés pour se faire entendre dans un contexte social tendu au sein de l'établissement. Dans cet Ehpad, les remontées du terrain décrivent un climat professionnel fortement dégradé, marqué par des suspensions, des arrêts maladie en hausse et un turn-over inhabituel. Plusieurs agents évoquent une organisation instable, des consignes changeantes et un mode de pilotage ressenti comme particulièrement contraignant, parfois déroutant. Si les points de vue diffèrent, une réalité s'impose pourtant : la situation s'est considérablement détériorée et fragilise le collectif de travail, indique FO.

Plus largement, dans ce contexte général de pénurie de moyens dans les services de santé, certains personnels jettent l'éponge. Désormais, certains préfèrent partir en silence, quitter le service public et la profession. Et ce parfois avant même la fin de leurs études..., indique Didier Birig. Ce sont autant de personnes qui manquent dans les services, encore plus lorsque les directions décident, pour limiter les coûts, de ne pas remplacer les départs. Pour les soignants qui restent, cela se traduit par une augmentation considérable de la charge de travail. Pour les patients, par une prise en charge dégradée où l'attente est la règle.

On va vers un service public où la norme sera d'attendre 17 heures aux urgences. Où les personnes âgées devront attendre deux heures pour aller aux toilettes car il n'y aura pas assez de soignants pour les accompagner, s'alarme Didier Birig s'élevant contre une telle éventualité. Pour sauver l'hôpital, il ne faut pas faire des choix budgétaires qui l'asphyxient souligne le militant. La SPS-FO participera bien sûr au meeting du 13 janvier initié par FO-Fonction publique afin d'amplifier la mobilisation et décider de la suite à donner à nos actions. Car, explique le secrétaire général de la fédération, celles-ci n'en sont qu'à leur début. On va voir se multiplier des mobilisations locales dans l'ensemble des structures de santé publique. Nous devons réfléchir ensemble sur ce sujet qui nous concerne tous.