Que cela soit pour la construction et l'adoption de la loi de finances (le budget de l'État) pour 2026, pour la transposition dans la loi de la directive européenne sur la transparence salariale ou pour la transposition des accords interprofessionnels signés, par FO notamment, en novembre 2024; ou encore, que ce soit par exemple pour le renforcement de la lutte contre la fast-fashion et ses ravages, tant sur l'emploi que sur l'environnement…, le premier semestre 2026 a compté nombre de feuilletons dont certains n'en sont toujours pas à leur épilogue. Alors que vient de s'achever le cycle de réunions de la conférence Travail Emploi Retraites, initiée l'hiver dernier par le gouvernement et à laquelle a participé FO, un flash-back sur les premiers mois de l'année permet par ailleurs, à travers l'évocation d'entreprises telles que Duralex ou Fibre Excellence, de mesurer les difficultés de beaucoup de salariés, aux prises avec la problématique du maintien des sites et de leurs emplois, et devant batailler pour faire entendre et aboutir les revendications, notamment sur les rémunérations. Retour sur sept dossiers qui ont marqué l'actualité de cette première moitié de 2026. Des dossiers qui ont mobilisé FO, toujours engagée avec détermination dans la défense des droits des travailleurs.
Finances publiques : le long feuilleton hivernal des textes budgétaire de 2026
Le budget de l'État doit, constitutionnellement, être adopté avant le 31 décembre de l'année en cours pour son entrée en vigueur dès le 1er janvier de l'année qui suit. Cela n'a pas été le cas pour la loi de finances 2026, dont l'examen du projet (PLF) par le Parlement, après sa présentation le 14 octobre par le deuxième gouvernement de Sébastien Lecornu, a constitué un véritable feuilleton pendant quatre mois l'hiver dernier. Dans un contexte de gouvernement sans majorité à l'Assemblée, le projet a été adopté le 2 février, après l'utilisation (malgré les promesses du gouvernement de ne pas le faire) de trois 49.3. Pour comprendre ce long feuilleton budgétaire (qui comprend aussi celui du projet de loi de financement de la Sécurité sociale, adopté toutefois en décembre), il faut remonter à l'été 2025 avec la présentation par le Premier ministre d'alors, François Bayrou, d'un plan d'économies
à hauteur de 40 milliards d'euros.
Le fantôme d'un plan à l'austérité assommante
Ce plan fait d'une austérité sans pareille, contre laquelle s'est élevée FO, ne sollicitait que très peu les entreprises et les ménages très aisés. Il proposait (sans pour autant rechercher de nouvelles recettes fiscales et sociales conséquentes, et sans non plus toucher aux allègements de cotisations octroyés aux entreprises) le gel
des prestations sociales, des pensions, du barème de l'impôt sur le revenu, des salaires indiciaires des agents publics. À cela s'ajoutait aussi, entre autres, un abaissement drastique des droits en matière de santé, un abaissement des moyens hospitaliers via une trajectoire de dépenses de nouveau sévère, un durcissement de la fiscalité pour les retraités ou encore le projet de suppressions d'emplois dans le public. Initialement très fortement inspirés de ce plan d'économies, les projets de textes budgétaires du gouvernement Lecornu ont vu leurs mesures atténuées au fil des quatre mois d'examen au Parlement. Sans toutefois que certaines ne disparaissent, ainsi le gel des salaires dans le public, la baisse des moyens des opérateurs de l'État, les suppressions de postes, notamment à l'Éducation nationale, la baisse de la dotation au Fonds vert…
ANI transposés dans la loi : la négociation a porté ses fruits
Le 24 octobre dernier, la confédération a enfin obtenu la transposition, fidèle, dans la loi de deux ANI (accord national interprofessionnel) signés, par FO notamment, le 14 novembre 2024. Des accords portant sur l'emploi des salariés expérimentés et sur l'évolution du dialogue social. Ce dernier ANI, obtenu in extremis par FO, acte la fin de la limite des trois mandats successifs des élus des CSE, instaurée par les ordonnances Macron. L'accord prévoit aussi, dans le cadre de l'agenda social autonome, l'ouverture d'une négociation sur la valorisation des parcours syndicaux. Ce sujet a bien été arrêté par les interlocuteurs sociaux, il reste à fixer une date de négociation.
La retraite progressive à partir de 60 ans actée
Concernant l'ANI sur les salariés expérimentés, la loi reprend l'obligation d'ouvrir, tous les trois ans, des négociations de branche sur l'emploi et les aménagements de fin de carrière, notamment sur la retraite progressive. Sur ce point, FO a décroché une avancée majeure : la possibilité d'accéder à la retraite progressive dès 60 ans (et non plus 62 ans), cela avec 150 trimestres cotisés. C'est un coup porté à la réforme des retraites de 2023, dont FO demande toujours l'abrogation. Cette mesure, qui concerne le public et le privé, est applicable depuis le 1er septembre 2025. Le 14 novembre 2024, FO était également signataire d'un accord d'avenant à la convention de l'Assurance chômage de 2023. Cet accord a permis aux interlocuteurs sociaux de reprendre la main sur l'Assurance chômage
, se félicite la confédération. L'agrément de cette convention de l'Assurance chômage a mis fin au régime de carence en vigueur depuis 2019, où les règles étaient définies par l'État.
Conférence TER : une issue favorable par la perspective de négociations
Lancée le 5 décembre par le gouvernement, la conférence Travail, Emploi, Retraites
(TER) aura réuni pendant six mois syndicats et patronat, à l'exception du Medef. Pour le gouvernement, cette conférence, coordonnée par Jean-Denis Combrexelle, ex-conseiller d'État, ne visait pas la négociation. Les ateliers, animés par des experts et encadrés par trois garants
, visaient à établir des diagnostics
utiles pour le débat public. Mais dès l'ouverture de cette conférence, FO a rappelé son refus d'alimenter les programmes de la future élection présidentielle. Et elle a revendiqué l'ouverture de négociations à l'issue des débats, dans le cadre de l'agenda social autonome.
La synthèse des débats attendue pour mi-septembre
La TER s'est achevée le 3 juillet, après une avant-dernière séance sur les retraites le 1er juillet. La conférence n'aura pas été sans tension. Au printemps, FO avait menacé de la quitter faute d'avancées concrètes. La situation s'est débloquée en mai, lorsque le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, s'est dit prêt à accompagner
les interlocuteurs sociaux s'ils souhaitaient ouvrir des négociations autonomes sur l'emploi des jeunes et sur l'intelligence artificielle. Des points satisfaisants pour FO, qui veut avancer en particulier sur l'emploi des jeunes. Autre satisfecit : côté retraites, le système par répartition fait consensus et a été réaffirmé. On a aussi commencé à parler de mettre en œuvre un conditionnement des aides versées aux entreprises. Le principe est établi
, s'est réjouie Patricia Drevon, secrétaire confédérale et chef de file pour FO. La synthèse des débats de la TER est attendue pour mi-septembre.
La transparence salariale renvoyée aux calendes grecques?
Alors que la directive sur la transparence salariale devait être transposée au plus tard le 7 juin 2026, la France est toujours à la traîne. Le ministre du Travail, Jean-Pierre Farandou, a annoncé repousser pour la énième fois l'introduction de ce dispositif dans le droit français.Précédemment, le 5 juin, il avait envisagé de faire voter cette loi avant la fin de l'année
. La procédure est désormais reportée à avant la fin de notre mandature
. Comprendre donc, mai 2027.
La directive, dont l'objectif est de lutter contre les inégalités salariales entre hommes et femmes, prévoit notamment que tout travailleur puisse demander à son employeur des informations sur les niveaux de rémunération moyens, ventilés par sexe, pour les catégories de travailleurs accomplissant le même travail. Les employeurs auront l'obligation d'engager des négociations avec les organisations syndicales pour remédier à tout écart injustifié. Elle impose également que toute offre d'emploi précise le traitement ou le salaire du poste à pourvoir, ou une fourchette de rémunération.
Les organisations patronales en opposition frontale
Si FO, qui a participé aux consultations nécessaires à l'amélioration du projet de loi, et les autres organisations syndicales attendent de pied ferme la transposition de la directive, ce n'est pas le cas des organisations d'employeurs. Le Medef et Business Europe (association patronale européenne) ont ainsi officiellement demandé à la Commission européenne que l'application du texte soit reportée à 2028, dans l'espoir d'obtenir entre-temps une simplification des exigences et de relever le seuil de déclaration obligatoire pour les entreprises à partir de 1 000 salariés au niveau européen.
Fast fashion : un déferlement sans fin?
Fin de l'épopée Shein au BHV à Paris. Le départ (en décembre prochain) de la marque chinoise de fast fashion du grand magasin qui l'avait accueillie en novembre dernier a été annoncé en juin.
Cette présence de l'enseigne de vêtements à très petits prix était une erreur stratégique
, a indiqué l'ancien directeur général du BHV. Cette hyper visibilité de Shein (ce sera encore le cas dans cinq BHV de province) a nourri les critiques tout l'hiver. Cela d'autant plus que nombre de marques historiques de vêtements luttent depuis des années, et souvent en vain, contre la concurrence déloyale de cette production très bas de gamme qui déferle sur l'Europe. Des vêtements (parfois faits de matières toxiques) fabriqués très loin et par milliers de tonnes. Des produits qui, confectionnés à très bas coût, principalement du fait de l'absence de salaires et de conditions de travail décents, symbolisent le dumping social installé dans le secteur textile à la faveur de la mondialisation. Décidée par le gouvernement et entrée en vigueur en mars dernier, la taxe française de 2 euros sur les petits colis
se faisait fort de lutter contre ces plateformes… lesquelles ont trouvé la parade, expédiant leur production dans d'autres pays européens, puis, de là, réexpédiant en France.
Un combat compliqué
À cette taxe suspendue le 1er juillet se substitue un droit de douane européen de 3 euros. Une loi, promulguée le 8 juillet (la proposition de loi avait été déposée en janvier 2024) entend, elle, réduire l'impact environnemental de l'industrie textile
. Sa portée semble modeste. Si est créé, dès septembre, un malus pouvant aller, d'ici 2030, jusqu'à 50% du prix de vente hors taxes dans la limite de vingt euros, l'interdiction de la publicité, l'obligation de notifier le pays de fabrication ou encore d'appeler dans un message au réemploi et à la réparation, le texte, visant l'ultra fast fashion – moins dur que prévu à la suite des critiques de la Commission européenne en 2025 ‒, traduit, malgré lui, les difficultés du combat contre les pratiques de marques, y compris historiquement européennes, fabriquant aux antipodes. Quant à celles aux pratiques ouvertement de fast fashion, elles ont leurs ruses. Ainsi, Shein et Temu ont leurs sièges sociaux en Irlande, donc en Europe. La France doit notifier les décrets d'application de sa loi à la Commission européenne. Reste à la convaincre.
Fibre Excellence : C'est le délai de la dernière chance
Les 660 salariés de Fibre Excellence, qui produit de la pâte à papier et de l'électricité dans ses usines de Tarascon (13) et Saint-Gaudens (31), devraient enfin être fixés sur leur sort le 27 juillet. L'entreprise, confrontée à une hausse de ses coûts de production et au retrait de son actionnaire, a été placée en redressement judiciaire le 27 avril. Mi-juin, la direction, avec le soutien des régions Sud et Occitanie, a déposé une offre de reprise assortie de conditions suspensives à la main du gouvernement, dont une hausse du prix de rachat par l'État de l'électricité produite par le groupe et une sécurisation de son approvisionnement en bois. Mais le ministre de l'Industrie a déploré l'absence d'un réel investisseur industriel dans ce plan de relance. Le syndicat FO dénonçait également le fait que le repreneur soit prêt à geler les salaires pendant trois ans.
FO demande l'intervention de Bpifrance
Le 2 juillet, in extremis, le financier Mathieu Pigasse a déposé à son tour une offre, assortie de conditions suspensives similaires à celles de son prédécesseur. Le 6 juillet, le tribunal lui a accordé trois semaines supplémentaires pour conforter son offre. Ce délai doit permettre à l'homme d'affaires d'obtenir du gouvernement la levée des conditions suspensives.
La confédération FO est investie dans ce dossier. Au-delà du groupe Fibre Excellence, c'est toute la filière bois-papier qui est menacée, soit près de 10 000 emplois indirects, avec un enjeu de souveraineté nationale. Dans un courrier daté du 2 juillet et signé par d'autres leaders syndicaux, mais aussi par Mathieu Pigasse et les présidents des régions Sud et Occitanie, Frédéric Souillot a demandé au chef de l'État, au Premier ministre et au ministre de l'Industrie un ultime effort de l'État pour sécuriser temporairement les premières années d'exploitation
, notamment via l'intervention de Bpifrance.
C'est le délai de la dernière chance. Et si rien ne bouge, le juge demandera la liquidation de Fibre Excellence
, redoute le syndicat FO, qui revendique toujours la nationalisation temporaire du groupe.
La Scop Duralex, en difficulté financière, cherche un repreneur
La verrerie Duralex, reprise en août 2024 par ses salariés sous forme de société coopérative ouvrière de production (Scop), fait face à de nouvelles difficultés financières. L'entreprise, située à La Chapelle-Saint-Mesmin, dans le Loiret, a été placée en redressement judiciaire le 1er juin, pour la cinquième fois de son histoire. Elle cherche désormais un repreneur. Le plan de cession a été validé le 2 juillet par le tribunal de commerce d'Orléans. Les candidats ont jusqu'au 6 août pour déposer leur dossier. Les offres seront examinées lors d'une audience le 17 septembre.
Le tribunal nous a accordé une période d'observation jusqu'en septembre, c'est une décision plutôt favorable. On s'auto-finance. On avait du stock en vrac. On a rassemblé les équipes pour faire du conditionnement et expédier les commandes
, explique Gualter Teixeira, secrétaire du syndicat FO et administrateur, qui a lui aussi investi dans l'entreprise.
Tensions de trésorerie
La production, arrêtée début juin pour faire baisser les charges, a redémarré sur une ligne fin juin. Pas mal de personnes se montrent intéressées par une éventuelle reprise
, souligne le militant, même si aucun nom n'a encore été dévoilé.
L'entreprise, qui emploie 443 salariés, explique ses difficultés par des tensions de trésorerie
, dues notamment à une hausse du stock très importante début 2026, couplée à des ruptures sur des produits emblématiques, ainsi qu'une hausse croissante des coûts de l'énergie et des matières premières.
Des questions se posent aussi concernant la bonne gestion de l'entreprise. Un audit financier commandé par le ministère de l'Industrie a été lancé en mai dernier. L'ancien directeur général et son fils, directeur financier, avaient été licenciés en avril.
Duralex, fondée en 1945, bénéficie d'une très grosse popularité auprès du grand public. À l'automne dernier, elle avait lancé une levée de fonds pour diversifier sa production. Son objectif de lever 5 millions d'euros avait été atteint en six heures.


