Nadia Ferrante, 50 ans, est responsable paye chez Jules, à Roubaix, et secrétaire du syndicat FO du commerce du Nord. Prise pour cible pour son action syndicale depuis vingt ans, elle fait actuellement l'objet de deux procédures de licenciement. La militante, déterminée à ne rien lâcher, a été ovationnée au congrès confédéral de Dijon.
On peut me suspendre, on peut tenter de me licencier, on peut essayer de m'isoler, mais après vingt-cinq ans de travail et vingt ans de militantisme, on ne fera pas taire une militante FO. Parce que défendre les salariés, ce n'est pas une faute, c'est un engagement.
Par son courage et sa détermination, Nadia Ferrante, montée le 22 avril à la tribune du congrès confédéral de Dijon pour témoigner notamment de sa situation, a déclenché une véritable ovation dans la salle.
Une mise en lumière inattendue pour la militante âgée de 50 ans et habituée à travailler dans l'ombre
. Comptable de formation, elle a été embauchée en 2001chez Jules, enseigne de prêt-à-porter appartenant à l'Association familiale Mulliez, en tant que gestionnaire de paie. Après diverses missions, elle est aujourd'hui responsable de l'équipe de paie au siège, à Roubaix.
Deux ans après s'être syndiquée, la jeune femme décide de s'engager davantage au sein de FO en 2006. J'appréciais le délégué de l'entreprise et le fait que le syndicat ne parle ni de politique, ni de religion
, explique-t-elle. A l'époque, il n'était pas encore question de représentativité syndicale. Elle est désignée déléguée syndicale. Je discutais déjà avec tout le monde. J'avais le contact facile et je désamorçais énormément de situations par le dialogue
, poursuit-elle.
La salariée, jusqu'alors félicitée pour son travail, se retrouve prise pour cible. Ma direction m'a dit que ce mandat n'était pas compatible avec mon poste aux ressources humaines. Dans la semaine qui a suivi ma désignation j'ai été convoquée au tribunal administratif, qui devait statuer sur l'acceptabilité ou pas de mon licenciement. Moi qui sortais de formation syndicale, je ne pensais pas que le premier dossier que j'aurais à défendre serait le mien
, ajoute-t-elle.
Mise à pied depuis fin mars
Son licenciement a été refusé par l'inspection du travail mais, depuis, les attaques n'ont pas cessé, bien qu'entrecoupées de périodes de répit, notamment lors de son congé maternité, en 2012-2013. Depuis plus d'un an, on m'en fait de nouveau voir de toutes les couleurs. FO est accusée de tous les maux dans l'entreprise, car on est revendicatifs, ça gêne. On arrive même à me nommer dans une plainte contre X
, dénonce Nadia Ferrante.
FO est la deuxième force syndicale dans l'entreprise et tous les corps de métiers, dans tous les collèges, sont représentés
, souligne-t-elle. La militante fait actuellement l'objet de deux procédures de licenciement. La première, engagée en septembre dernier, a été refusée par l'inspection du travail. La direction a fait appel auprès du ministère du Travail, dont la réponse est toujours en attente. Sans attendre la fin de la première, une nouvelle procédure de licenciement a été engagée fin mars, assortie d'une nouvelle mise à pied à titre conservatoire, sans rémunération. Il est notamment reproché à la déléguée syndicale d'avoir organisé une grève illicite lors des NAO.
Pourquoi ne pas avoir attaqué aussi les autres syndicats? Selon mon avocat, un tel acharnement, c'est du jamais vu. Même quand le droit protège, on continue de s'acharner
, dénonce Nadia Ferrante, qui salue les messages de soutien apportés par des camarades FO, y compris le secrétaire général de la confédération, Frederic Souillot. La militante a porté plainte pour harcèlement et discrimination, notamment syndicale.
'ai toujours une épée de Damoclès au-dessus de la tête. Je suis irréprochable dans le travail et je fais attention à tout. Mais je crains toujours qu'on m'accuse de quoi que ce soit. Je n'ai pas le temps de m'accabler ni d'avoir des états d'âme alors j'avance, mais je sais que c'est inadmissible. Ce qui dérange, c'est que je fasse partie des RH. Où est-il écrit que ce n'est pas compatible avec le mandat de déléguée syndicale?
, dénonce-t-elle.


